‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 4 sur 70 · LE NID · texte numérisé non relu

LE NID

Lorsqu’un gai soleil la traverse Avec des éclats inouïs,

Aux feux d’émeraude qu’il verse Vous souriez tout éblouis.

Dès que l’aurore vous arrose Et vient mouiller votre chevet, S’agite votre tête rose Que couronne un léger duvet.

Des torrents de lumière blonde Caressent vos petits cous nus;

La gaîté folle vous inonde De tressaillements ingénus.

Du haut de l’arbre que balance Le vent frais, un son argentin Se fait entendre : c’est la stance Que chante le père au matin.

Dans votre nid, ce petit monde,

Que de beautés frappent vos yeux !

Le bois dans sa voûte profonde Ouvre à l’infini des trous bleus.

Et qu’il vous parait chose énorme, Ce tronc de velours tacheté ;

Pour qui commence, un petit orme Représente l’immensité.

Petits, lorsque votre bec s’ouvre Sur cet orme voisin, guettant,

De peur que l’on ne vous découvre, La mère impatiente attend.

LES CHAMPS ET LA MER

Elle attend le moment propice.

L’ayant de la prudence appris;

Et l’infatigable nourrice

S’en vient d’un bond calmer vos cris.

Puis, la nuit, elle étend son aile Pour vous couvrir de sa chaleur;

Et sous la plume maternelle Vous écoutez battre son coeur.

Innocents aux paupières closes,

Rien ne peut encor vous troubler; Mais la mère, qui voit les choses,

Sait qu’elle doit toujours trembler.

Courtières , 1870.

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