‹ Œuvres poétiquesChapitre 135 sur 145 · LETTRES A M. DE PEIRESC · texte numérisé non relu

LETTRES A M. DE PEIRESC

faire un pont de bois à Surène, pour aller à Saint-Germain sans passer plus de bac ; le bois en est presque tout amassé. M. de Sully a été à Rouen pour y faire un pont neuf, pource que nul n*a voulu entreprendre de rebâtir le vieil. Il y a à cette heure un grand ordre à ^aris pour les boues, pource que les maisons sont taxées à deux fois plus qu'elles ne l'étoient; mais j'ai peur que cette grande furie ne durera pas, et qu'insensiblement nous retournerons au premier désordre, et qu'il y fera crotté comme devant.

11 janvier 1610.

Vendredi dernier, M. le Dauphin jouant aux échecs avec la Luzerne, qui est un de ses enfants d'honneur, la Luzerne lui donna échec et mat; M. le Dauphin en fut si fort piqué, qu'il lui jeta les échecs à la tête. La reine le sut, qui le fit fouetter par M. de Sommeray, et lui commanda de le nourrir à être plus gracieux : elle l'a jugé nécessaire pour ce que ce prince, extrêmement généreux, ne veut rien souffrir qui ne cède. Il fut à l'Arsenac il y a trois ou quatre jours; j'ai ouï dire à un gentilhomme qui étoit présent que M. de Sully lui fit un grand accueil; mais que, quoi qu'il lui fît, jamais il ne s'arrêta à lui et ne le regarda presque point. Il y a, depuis huit ou dix jours, au grand cabinet de la reine, un tableau où l'infante d'Kspagne est peinte de son long, avec cette inscription : Dona Anna Maurïc.ia d'Austria; l'autre soir, M. le Dauphin la montroit à quelques-uns de ces petits qui sont nourris auprès de lui, et leur disoit : Voilà ma femme. M. de Sommeray lui dit que peut-être les Espagnols ne la lui voudroient pas bailler; et il répondit tout aussitôt : Eh! il la faudra aller prendre. Ce prince est pot donner de la besogne à la jeunesse qui sera de son siècle :

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