‹ Œuvres poétiquesChapitre 47 sur 54 · SUR LA CHUTE DU TYBAN · texte numérisé non relu

SUR LA CHUTE DU TYBAN

• Sed magis

Pugnas et exactos tyrannoê Dcruurn humeriâ bihit ore vulgui»

HotLAT,, Ub. od« ]lS.

Tlml qu'un torrent^grossi dans le sein des montagnes. Se précipite, entraîne , au travers des campagnes ,

Les moissons, les troupeau^i :

Le pasteur , du sommet d'un roc inaccessible ,^ Écoute avec effiroi le bruit sourd et terrible

Des magissaptes eaiix.

Ou tel qu un feu caché sous d'arides feuillages ,

Glisse au fond des forêts , trouve dans ses ravages

Un nouvel aliment ; Et tout a coup , gagnant les cimes verdoyantes , Elève dans la nue, en flammes ondoyantes ,

Son vaste embrasement.

Tel , du sein de nos mœurs et de nos lois antiques , On a vu s'danccr des discordes publiques

Le Démon odieux ; Pour la première fois affrontant la lumière.

Près de lui l'Athéisme éleva sa bannière

A la face des cieuit.

Contre le trône alors les deux monstres s'unissent : L'autel tombe avec lui. Les peuples applaudissent

Par de stupidcs cris; Et le couple exécrable , avec un ris farouche , S'assied , le glaive en main, le blasphème a la bouche ,

Sur ces tristes débris.

SUK LA RÉVOLUTION. 299

L'enfer a partagé cette joie insolente':

De ses plus noirs esprits la fbole tnrbvloite

Vole aux portes du four $ Et du ciime étalant les impudentes marques , Accourt avec fureur de ees hideux monarques . Former Thorrible cour,

Vn spectre les précède , effrayant et bizarre ; Tek ces mSànes jadis échappés au Tartare

Erroient sur les tombeaux ; Ce spectre, c'est la Peur, conseillère des crimes : La peur qui de nos jours a fait tant de victimes ,

Fit aussi des bourreaux.

O France , ô doux pays ! terre heureuse et chérie , Où rétranger jaloux venoit de sa patrie

Oublier les douceurs :

Quel bras tV donc frappée, et d!oik vient, noble France, Qu*a tes chants de bonheur succèdent le silence ,

Et le deuil et les pleurs ?

3oo ODE

Un appareil de morl parlout s*ofijre à ma vue : Cruek I où trainez-vous cette troupe éperdue»

Femmes, enfants ^ \ieiUards?

Est-ce tm sang ennemi dont yos mains sont avides? Pour qpd pr^are2-Y0US ces haches homicides ^

Ces torches , ces poignards ?

Hais h tronpe innocente à peine est moissonnée , Qtt*une autre lui succède à mourir condamnée ;

Ils vont , ces malheureux , Dans un tombeau creusé pour des races entières. Rejoindre des époux , et des fils» et des frères p

Immolés ayant eux,

C*est pen : ce fer sanglant , de sang insatiable , K*asfonyit point encor la rage impitoyable

De nos lâches tyrans j En supplices nouveaux leur cruauté féconde Appelle à son secours les abtmes de Fondé

Et les feux dévorants.

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SUR LA RÉVOLUTION. 3oï Ah ! quel crayon rendra ces scèntt exécrables » Ces juges assassins > ces meurtres innombrables

Chaque jour commandés , L'airain tonnant au sein de nos cités tremblantes > Et sous l'horrible poids des dépouilles sanglantes

Les fleuves débordés.

France! qn*ett devenu ton antique courage?

Polir sauver tes enfiints de ce commun naufragé

N'estril plus de moyens?

Sont*ils tous dévoués à Tempire des ombres ?

Veiras-til donc périr sur tes derniers décombres

Tes derniers citoyens ?

Savantr dans les combats et guerriers intr^dis. Devant ces vils brigands » tels que des £u)ns timides,

Vous fuyez ^ éperdus!

Ah ! eoUIre nn tel opprobre, en des temps plus prospères, Français! vos lois, vos mœurs , et la foi de Vos pète^

Vous ^uroient défendus.

3oa ODE

Vous voila donc sans chefs, sans appui, sans défense

Eh bien ! Dieu veut sauver un peuple qui rofTensc

Et frappant ces méchants , Du souffle impétueux de sa juste colère Il les disperse ainsi que la paille légère

Abandonnée aux vents.

Que tardez-vous ! émus par de si grands exemples. Allez baigner de pleurs les pavés de vos temples ,

Le ciel est apaisé y Et, prenant désormais un conseil salutaire , Redemandez le joug auguste , héréditaire ,

Que vos mains ont brisé.

Tu ne me réponds point, race séditieuse !

Vers ses systèmes vains ta pensée orgueilleuse

A repris son essor :

Vieillards sans souvenirs , inhabile jeunesse , Des rêves insensés d'une fausse sagesse

Vous vous bercez encor !

SUR LA RÉVOLUTION. 3o3 Le tonnerre a grondé j des voûtes étemelles Les Vents rat apporté sur lettrs rapides ailes '

La voix du Dieu jaloux :

a Peuple endurci! (tels sont s^ accents formidables) i> Penses-tu donc avoir par tesmaùxeâioyables

» Epuisé mon courroux ?

w Des maux cncor plus grands , de plus crueld outrages t i> Des fléaux inconnus aux plus inalheureux âges ,

i> S'en vont fondre sur toi \ i> Et par les mêmes coups mes vengeances terribles » Atteindront tous ces rois trop long-temps iXisensibles

j» Au désastre d'un roi. »

Il dît , et va choisir, pour Venger son injure , Un fils deTétranger , jq[ui dans la foule obscure

A jamais dut ramper ; Remplit ce vil mortel d'une incroyable audace , Le conduit par la main» et lui marque la place • Qu il peut seul usurper.

AuMitAt, oubliant sa bassesse profonde.

Le Protée insolent rar la scène du monde ^

Vient répandre Fliorreiir:

Cett un, reptile impur qui se glisse sous Therbe» Ccst uni feu dévoranr, c'e»t un lion supçrbe ,

Cest un tigre en foreur»

Brillant du faux éclat que donne la Tictoire, Il éblouit d*abord de sa fiiTole gloire

Tout un peuple abusé ; Et , lui tendant alors une main protectrice , Offre de Tarracber au nouveau précipice

Qu*il t*eBt déjà creusé.

Avec un art profond à.sa suite il convie L'ambition , Torgueil, ravarice, Fenvie^

L^égoEsme efionté ; Et^ pénétrant du cœur les plus scmibres abtmes , Au traître , au meurtrier , pour prix de nouveaux crimes.

Promet Timpunité.

SUR LA RÉVOLUTION. 3o5

Lautd est relevé pai; ses mains sacrilèges ^

Il nous rend de nos lois les pins samU privUéges ^

Mail c'est on jeu craèl :

Tout te prépare au sein de .ses conseils einistres ^ . Et déjà le tyran à ses dignes ministres

Fait on funeste iqppdi...

Allez donc» malheureux! soumis à sa parole»

Endialnez la patrie aus .pieds de votre idele.

Allez , \ils oppresseurs I Montez au premier rang» sans sortir de la fange. Il vous prodigue Tor : vous rendrez en échange

Et du San;; .et des pleurs.

Et toi 1 fatal fléau 1 va » que rien ne t^arrétç : .

Cours plus prompt que les vents qui portent la tempête ;

Un liras fort te soutient.

Aveugle exécuteur des célestes justices , .

Tu peux tout ordonner au gré de tes caprices : . ^ Ce peuple t'appartient. .

3o6 ODE

Peuple esclave! obéis à ses ordres atroces :

Qoe d^imtraniens de mort et de soldat» féroeet

Tous nos champs soient couverts ; Que la France^ à sa voix» de carnage affamée , Devienne tout entière une effroyable armée ^ Menaçant l*ali{vefs«

Elle avance : la mort la contçmple avec joie; Dans nos' siècles de fer, jamais si riche proie Ne grossit son trésor ; ^ Et rhydre, fatiguant sa faux infsitigable p De son sang répandu renaît plus redoutable Pour le répandre encor*

Des astres de la nuit la foule est moins nombreuse ; Moins presses sont les flots de la mer orageuse ;

Elle avance à grands pas : • Dans ses rangs immortels le fils succède au père ; Et sès propres enfans » sur le sein de leur mère>

Croissent pour les combats.

SUR LA RÉVOLUTION. So?

Que peut contre un tel choc TEurope consternée? Qui pourra retarder» en ieur^course effrénée»

Tant d'alTreux bataillons?

If oins terriUes les vents que la trombe emprisônne Absorbent dans ses flancs tout ce qu'elle environne

De ses noirs tourbillons.

Les peuples à servir lâchement se préparetit ; Dans leurs foibles conseils se confondent , s égarent

Les rois épouvantés ; , On s'isole au milieu des communes alarmes; Tel qui croit se sauver en déposant les armes ,

Se perd par les traités.

OnUik courbé leurs fronts» pour les vaincus tout change: Le vainqueur au milieu de Thorrible phalange -

A désigné leur rang ; Ainsi s*accroit toujours le flot qui les entraine :

Du nouvel Attila le char roule avec peii|e Dans des fleuves de sang.

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3o8 ODE .

Couronnés , malgré .tous , de palmes triomphales ,

En vain vous détestez vos victoires fatales

Comme autant de revers : .

Français! accomplissez vos tristes destinées ; Esdayes et tyrans^ que vos mains enchaînées

Enchaînent Tunivers.

Combattez, triomphez et mourez pour détruire : C'est le comble d'opprobre où vous a su réduire

Un despote insensé ; Qu*aus cris des vils flatteurs dont la foule FaccaUcy Se mêle à chaque instant le bruit épouvantable

D'un trône renversé. ,

Il n est plus de fiuniUe > il n'est plus de patrie : Il peut tout demander , les biens, l'honneur^ la^ic.

Fort de nos lâchetés ^ Et TEurope , jadis si puissante et si fière , Aux genoux d'un seul homme , attend dans la pousstèie

Ses folles volontés.

SUR LA RÉVOLUTION. 3o9

Grand DieuT! si nos forfaits ont comblé h mesure^. De Yingt peuples captlft les maux wecttsare*

Ont payé les erreurs | .

Us reyieunent à toi : sois moins juge que père ir^uise pasksnr enxla coupe trop amère

De tes justes fureurs.

Par un mi repentir k ses yeua tout n'esfie ^ Cest pour le,renTermr qu'il élève Timpie :

Ce Dieu nous entendra*.

Il veut finir nos maux par un dernier prodige ; Et le tyran qu'il livre à Tesprit de vertige

Lui-même se perdra.

Dn.tropîque brftlant 9 vers les glaces de l'ourse» Ce iléau.des humains précipite sa course ,

Plus terrible > plus fort Ses redoutables mains jusqu'au p61e s'étendent ; U l'atteint , il le touche : et c'est là que lattendent .

Les filets de la mort

O céleste colère ! 6 nuit épouvantable !

Dieu va domptar le monstre aux mortela indomptable; ■

11 parle aux éléments :

Soudain à la lueur d'une ville embrasée Tombe une arm^ entière » immobile > glacée

Par le souffle des vents.

Te voilà seul , héros qu on disoit invincible! Te voilà seul ! cotirbé sons là verge inflexiUe

Qui vient de te pumri Tu fuis comme uh esclave échappé de ses chaîne^ A travers vingt états dont les immenses plaines

ITont pu te contenir.

Tu fois, lâche! tu fuis!... ton heure est arrivée : Peuples, Rois , c'est par vous que doit être achevée

L'œuvré de r£teniel.

Secondez tous le bras qui vous sauve et vous venge ^ Marchez , volez ^ frappez : périsse dans la fange

Ce demi-dieu mortel!

SUR LA RÉVOLUTlOjy. 3u

Vous qu*attachoient à lui desi^œuds inégitimes , Abjures vos sermens» vos sermens font des crimes :

Combattes avec eux.

Au|i derniers mouvemens d*une impuissau^ rage Qu Oft oppose la foi , rhonneur , le vrai couragç ,

Les desseins généreux.)

£pargQez les vaincus : notre erreur est commune ; Si nos crimes du monde opt cau9é l'infortune ,

Vous les avez soufferts.

Que le glaive, altéré de notre sang coupable» S'apaise en immolant la victime exécrable

Qii*attendent le« enfers.

Et loi , mon seul espoir , viens , famille adorée , Viens nous, rendre les jours de Saturne et d'Astrée>

Viens tarir tant de pleurs.

Des pèreile plus tendre et des rois le plus juste , A force de bienfaits , puisse ton chef auguste

Oublier ses malheurs!

il» ODE SUR LA RÉVOLUTION.

Trompant de mes argus la soupçonneuse adresse , Ainsi , dans ma prison > je charmois la tristesse

De mes jours menacés (i) ; Et > toiHouif plus touché des misères pttUiq[ae8^ J'essayois ces tableaux et ces chants prophétiques

Avec art cadencés.

Ah! pmssent41s» goûtés des filles de Mémoire » De nos tyrans fameux éterniser Thistoire ,

D'âge en âge vantés !

Puissé-je rendre ainsi ma haine héréditaire i J'ai droit de les flétrir : ma lyre mercenaire

Ne les a point chantés.

(i) L'autior ètoit alors tenbmé dans un» frison d'étit*

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