SUR LA CHUTE DU TYBAN
• Sed magis
Pugnas et exactos tyrannoê Dcruurn humeriâ bihit ore vulgui»
HotLAT,, Ub. od« ]lS.
Tlml qu'un torrent^grossi dans le sein des montagnes. Se précipite, entraîne , au travers des campagnes ,
Les moissons, les troupeau^i :
Le pasteur , du sommet d'un roc inaccessible ,^ Écoute avec effiroi le bruit sourd et terrible
Des magissaptes eaiix.
Ou tel qu un feu caché sous d'arides feuillages ,
Glisse au fond des forêts , trouve dans ses ravages
Un nouvel aliment ; Et tout a coup , gagnant les cimes verdoyantes , Elève dans la nue, en flammes ondoyantes ,
Son vaste embrasement.
Tel , du sein de nos mœurs et de nos lois antiques , On a vu s'danccr des discordes publiques
Le Démon odieux ; Pour la première fois affrontant la lumière.
Près de lui l'Athéisme éleva sa bannière
A la face des cieuit.
Contre le trône alors les deux monstres s'unissent : L'autel tombe avec lui. Les peuples applaudissent
Par de stupidcs cris; Et le couple exécrable , avec un ris farouche , S'assied , le glaive en main, le blasphème a la bouche ,
Sur ces tristes débris.
SUK LA RÉVOLUTION. 299
L'enfer a partagé cette joie insolente':
De ses plus noirs esprits la fbole tnrbvloite
Vole aux portes du four $ Et du ciime étalant les impudentes marques , Accourt avec fureur de ees hideux monarques . Former Thorrible cour,
Vn spectre les précède , effrayant et bizarre ; Tek ces mSànes jadis échappés au Tartare
Erroient sur les tombeaux ; Ce spectre, c'est la Peur, conseillère des crimes : La peur qui de nos jours a fait tant de victimes ,
Fit aussi des bourreaux.
O France , ô doux pays ! terre heureuse et chérie , Où rétranger jaloux venoit de sa patrie
Oublier les douceurs :
Quel bras tV donc frappée, et d!oik vient, noble France, Qu*a tes chants de bonheur succèdent le silence ,
Et le deuil et les pleurs ?
3oo ODE
Un appareil de morl parlout s*ofijre à ma vue : Cruek I où trainez-vous cette troupe éperdue»
Femmes, enfants ^ \ieiUards?
Est-ce tm sang ennemi dont yos mains sont avides? Pour qpd pr^are2-Y0US ces haches homicides ^
Ces torches , ces poignards ?
Hais h tronpe innocente à peine est moissonnée , Qtt*une autre lui succède à mourir condamnée ;
Ils vont , ces malheureux , Dans un tombeau creusé pour des races entières. Rejoindre des époux , et des fils» et des frères p
Immolés ayant eux,
C*est pen : ce fer sanglant , de sang insatiable , K*asfonyit point encor la rage impitoyable
De nos lâches tyrans j En supplices nouveaux leur cruauté féconde Appelle à son secours les abtmes de Fondé
Et les feux dévorants.
uiyiiized by GoogI
SUR LA RÉVOLUTION. 3oï Ah ! quel crayon rendra ces scèntt exécrables » Ces juges assassins > ces meurtres innombrables
Chaque jour commandés , L'airain tonnant au sein de nos cités tremblantes > Et sous l'horrible poids des dépouilles sanglantes
Les fleuves débordés.
France! qn*ett devenu ton antique courage?
Polir sauver tes enfiints de ce commun naufragé
N'estril plus de moyens?
Sont*ils tous dévoués à Tempire des ombres ?
Veiras-til donc périr sur tes derniers décombres
Tes derniers citoyens ?
Savantr dans les combats et guerriers intr^dis. Devant ces vils brigands » tels que des £u)ns timides,
Vous fuyez ^ éperdus!
Ah ! eoUIre nn tel opprobre, en des temps plus prospères, Français! vos lois, vos mœurs , et la foi de Vos pète^
Vous ^uroient défendus.
3oa ODE
Vous voila donc sans chefs, sans appui, sans défense
Eh bien ! Dieu veut sauver un peuple qui rofTensc
Et frappant ces méchants , Du souffle impétueux de sa juste colère Il les disperse ainsi que la paille légère
Abandonnée aux vents.
Que tardez-vous ! émus par de si grands exemples. Allez baigner de pleurs les pavés de vos temples ,
Le ciel est apaisé y Et, prenant désormais un conseil salutaire , Redemandez le joug auguste , héréditaire ,
Que vos mains ont brisé.
Tu ne me réponds point, race séditieuse !
Vers ses systèmes vains ta pensée orgueilleuse
A repris son essor :
Vieillards sans souvenirs , inhabile jeunesse , Des rêves insensés d'une fausse sagesse
Vous vous bercez encor !
SUR LA RÉVOLUTION. 3o3 Le tonnerre a grondé j des voûtes étemelles Les Vents rat apporté sur lettrs rapides ailes '
La voix du Dieu jaloux :
a Peuple endurci! (tels sont s^ accents formidables) i> Penses-tu donc avoir par tesmaùxeâioyables
» Epuisé mon courroux ?
w Des maux cncor plus grands , de plus crueld outrages t i> Des fléaux inconnus aux plus inalheureux âges ,
i> S'en vont fondre sur toi \ i> Et par les mêmes coups mes vengeances terribles » Atteindront tous ces rois trop long-temps iXisensibles
j» Au désastre d'un roi. »
Il dît , et va choisir, pour Venger son injure , Un fils deTétranger , jq[ui dans la foule obscure
A jamais dut ramper ; Remplit ce vil mortel d'une incroyable audace , Le conduit par la main» et lui marque la place • Qu il peut seul usurper.
AuMitAt, oubliant sa bassesse profonde.
Le Protée insolent rar la scène du monde ^
Vient répandre Fliorreiir:
Cett un, reptile impur qui se glisse sous Therbe» Ccst uni feu dévoranr, c'e»t un lion supçrbe ,
Cest un tigre en foreur»
Brillant du faux éclat que donne la Tictoire, Il éblouit d*abord de sa fiiTole gloire
Tout un peuple abusé ; Et , lui tendant alors une main protectrice , Offre de Tarracber au nouveau précipice
Qu*il t*eBt déjà creusé.
Avec un art profond à.sa suite il convie L'ambition , Torgueil, ravarice, Fenvie^
L^égoEsme efionté ; Et^ pénétrant du cœur les plus scmibres abtmes , Au traître , au meurtrier , pour prix de nouveaux crimes.
Promet Timpunité.
SUR LA RÉVOLUTION. 3o5
Lautd est relevé pai; ses mains sacrilèges ^
Il nous rend de nos lois les pins samU privUéges ^
Mail c'est on jeu craèl :
Tout te prépare au sein de .ses conseils einistres ^ . Et déjà le tyran à ses dignes ministres
Fait on funeste iqppdi...
Allez donc» malheureux! soumis à sa parole»
Endialnez la patrie aus .pieds de votre idele.
Allez , \ils oppresseurs I Montez au premier rang» sans sortir de la fange. Il vous prodigue Tor : vous rendrez en échange
Et du San;; .et des pleurs.
Et toi 1 fatal fléau 1 va » que rien ne t^arrétç : .
Cours plus prompt que les vents qui portent la tempête ;
Un liras fort te soutient.
Aveugle exécuteur des célestes justices , .
Tu peux tout ordonner au gré de tes caprices : . ^ Ce peuple t'appartient. .
3o6 ODE
Peuple esclave! obéis à ses ordres atroces :
Qoe d^imtraniens de mort et de soldat» féroeet
Tous nos champs soient couverts ; Que la France^ à sa voix» de carnage affamée , Devienne tout entière une effroyable armée ^ Menaçant l*ali{vefs«
Elle avance : la mort la contçmple avec joie; Dans nos' siècles de fer, jamais si riche proie Ne grossit son trésor ; ^ Et rhydre, fatiguant sa faux infsitigable p De son sang répandu renaît plus redoutable Pour le répandre encor*
Des astres de la nuit la foule est moins nombreuse ; Moins presses sont les flots de la mer orageuse ;
Elle avance à grands pas : • Dans ses rangs immortels le fils succède au père ; Et sès propres enfans » sur le sein de leur mère>
Croissent pour les combats.
SUR LA RÉVOLUTION. So?
Que peut contre un tel choc TEurope consternée? Qui pourra retarder» en ieur^course effrénée»
Tant d'alTreux bataillons?
If oins terriUes les vents que la trombe emprisônne Absorbent dans ses flancs tout ce qu'elle environne
De ses noirs tourbillons.
Les peuples à servir lâchement se préparetit ; Dans leurs foibles conseils se confondent , s égarent
Les rois épouvantés ; , On s'isole au milieu des communes alarmes; Tel qui croit se sauver en déposant les armes ,
Se perd par les traités.
OnUik courbé leurs fronts» pour les vaincus tout change: Le vainqueur au milieu de Thorrible phalange -
A désigné leur rang ; Ainsi s*accroit toujours le flot qui les entraine :
Du nouvel Attila le char roule avec peii|e Dans des fleuves de sang.
uiyiiized by
3o8 ODE .
Couronnés , malgré .tous , de palmes triomphales ,
En vain vous détestez vos victoires fatales
Comme autant de revers : .
Français! accomplissez vos tristes destinées ; Esdayes et tyrans^ que vos mains enchaînées
Enchaînent Tunivers.
Combattez, triomphez et mourez pour détruire : C'est le comble d'opprobre où vous a su réduire
Un despote insensé ; Qu*aus cris des vils flatteurs dont la foule FaccaUcy Se mêle à chaque instant le bruit épouvantable
D'un trône renversé. ,
Il n est plus de fiuniUe > il n'est plus de patrie : Il peut tout demander , les biens, l'honneur^ la^ic.
Fort de nos lâchetés ^ Et TEurope , jadis si puissante et si fière , Aux genoux d'un seul homme , attend dans la pousstèie
Ses folles volontés.
SUR LA RÉVOLUTION. 3o9
Grand DieuT! si nos forfaits ont comblé h mesure^. De Yingt peuples captlft les maux wecttsare*
Ont payé les erreurs | .
Us reyieunent à toi : sois moins juge que père ir^uise pasksnr enxla coupe trop amère
De tes justes fureurs.
Par un mi repentir k ses yeua tout n'esfie ^ Cest pour le,renTermr qu'il élève Timpie :
Ce Dieu nous entendra*.
Il veut finir nos maux par un dernier prodige ; Et le tyran qu'il livre à Tesprit de vertige
Lui-même se perdra.
Dn.tropîque brftlant 9 vers les glaces de l'ourse» Ce iléau.des humains précipite sa course ,
Plus terrible > plus fort Ses redoutables mains jusqu'au p61e s'étendent ; U l'atteint , il le touche : et c'est là que lattendent .
Les filets de la mort
O céleste colère ! 6 nuit épouvantable !
Dieu va domptar le monstre aux mortela indomptable; ■
11 parle aux éléments :
Soudain à la lueur d'une ville embrasée Tombe une arm^ entière » immobile > glacée
Par le souffle des vents.
Te voilà seul , héros qu on disoit invincible! Te voilà seul ! cotirbé sons là verge inflexiUe
Qui vient de te pumri Tu fuis comme uh esclave échappé de ses chaîne^ A travers vingt états dont les immenses plaines
ITont pu te contenir.
Tu fois, lâche! tu fuis!... ton heure est arrivée : Peuples, Rois , c'est par vous que doit être achevée
L'œuvré de r£teniel.
Secondez tous le bras qui vous sauve et vous venge ^ Marchez , volez ^ frappez : périsse dans la fange
Ce demi-dieu mortel!
SUR LA RÉVOLUTlOjy. 3u
Vous qu*attachoient à lui desi^œuds inégitimes , Abjures vos sermens» vos sermens font des crimes :
Combattes avec eux.
Au|i derniers mouvemens d*une impuissau^ rage Qu Oft oppose la foi , rhonneur , le vrai couragç ,
Les desseins généreux.)
£pargQez les vaincus : notre erreur est commune ; Si nos crimes du monde opt cau9é l'infortune ,
Vous les avez soufferts.
Que le glaive, altéré de notre sang coupable» S'apaise en immolant la victime exécrable
Qii*attendent le« enfers.
Et loi , mon seul espoir , viens , famille adorée , Viens nous, rendre les jours de Saturne et d'Astrée>
Viens tarir tant de pleurs.
Des pèreile plus tendre et des rois le plus juste , A force de bienfaits , puisse ton chef auguste
Oublier ses malheurs!
il» ODE SUR LA RÉVOLUTION.
Trompant de mes argus la soupçonneuse adresse , Ainsi , dans ma prison > je charmois la tristesse
De mes jours menacés (i) ; Et > toiHouif plus touché des misères pttUiq[ae8^ J'essayois ces tableaux et ces chants prophétiques
Avec art cadencés.
Ah! pmssent41s» goûtés des filles de Mémoire » De nos tyrans fameux éterniser Thistoire ,
D'âge en âge vantés !
Puissé-je rendre ainsi ma haine héréditaire i J'ai droit de les flétrir : ma lyre mercenaire
Ne les a point chantés.
(i) L'autior ètoit alors tenbmé dans un» frison d'étit*