LES CHEVALIERS DE L'AIGLE
Nous ne publirons point nous mesmes nos louanges ; Ny nous faignants yssus de nations estranges, Ou conceuz et nourris sur la voûte des cieux, Nous ne nous tiltrerons ny dieux ny demy-dieux. Nous sommes nez François; habitons par la France; Viuons François de cœur non moins que de naissance; Et comme non appris à suiure d'autres loix Que celles de l'Amour et du sceptre François, Nostre plus glorieuse et plus illustre marque, C'est l'honneur d'en seruir l'inuincible Monarque, Et la beauté des yeux tout le monde y charmants ; Non moins loyaux sugets que fidelles amants.
Et c'est ce seul honneur qui nous fait entreprendre (Nous voliez à sa gloire, et nez pour la défendre) De venir terracer l'arrogante valeur Dont quelque Thraciens , conduits par leur mal-heur. Sont venuz deffier à la lutte des armes Les Caualiers François plus nourris aux allarmes.
Non que nostre vertu présume de passer Tous ceux qu'on voit contre eux sur les rangs s'auancer : Mais quand nul prix d'honneur acquis par la victoire N'auroit encor iamais signalé nostre gloire. Le seul iuste courroux de voir quelque estranger Auecques les François en valeur s'arranger, Nous armeroit les mains de cent pointes de foudre Pour rendre leur orgueil estendu sur la poudre ; Nous que d'vne faueur égalle à mille biens. Le lupiter de France aduoùe à tous les siens; Nous qui portons son aigle, vmbre de son courage, Et de qui nostre épee est la foudre et l'orage.
498 ŒVVRES POÉTIQVES DE M. BERTAVT.
Aduicnnc seulement qu'élançant dessur nous Les desirez rayons d'vn œil propice et doux, Il verse autant d'ardeur et d'audace en nos âmes, Qu'il s'y verse de feux des beaux yeux de nos Dames. Car si ce double cffect nous anime les cœurs, Rien ne nous sçaura voir qu'inuincibles vaiiKjueurs ; Quand bien nous darderions les fureurs de la guerre Non sur la seule Thrace ains sur toute la terre; Eux seuls nous pouuants rendre heureux ou mal-heureux, Luy, l'Astre des vaillants, elles, des amoureux.
A L'AVTHEVR