Les Délices, etc., p
2. Bertaut oppose au brûlant Etna les monts Riphées, montagnes aux neiges éternelles, que les Grecs plaçaient vaguement dans des parages septentrionaux, et qui ont pu correspondre successivement au Tschardagh , aux Balkans, aux Carpathes.
Appendice. 51^
Comme loin quelquefois de péril et de peine, Vn Roy void d'vne tour en la voisine plaine Ses soldats combattans l'ennemy surmonter, Et rheur d'vn nouueau Sceptre à son Sceptre adiouster. Ainsi sans coup ferir, ou perdre vne Saçette, Tu te verras par eux toute ame estre subiette. Et tomber à tes pieds tes ennemis deffaits. Par leurs simples conseils plus que par tes effets, Tu seras comme Pirrhe, eux ainsi que Cinée, Cinée à qui la gloire est encore donnée, D'avoir plus fait tomber de Couronnes à bas, Par le vent du parler que luy par les combats. Que tu vis en ton ame heureuse, et glorieuse Ou si non glorieuse, à tout le moins heureuse, Toy, Quiconque tu sois, mémorable Beauté Dont 1 immortel honneur en ces vers est chanté ! Si c'est quelque plaisir à l'ambitieuse ame, rielle comme l'on dit qu'est celle de la femme) De voir voiler son nom iusques au firmament, Nul plaisir ne s'égalle à ton contentement. Tu vois comme Narcisse en l'amoureuse peine Qui peinte en ces escrits te sert d'une fontaine, Combien tes yeux sont beaux, et lors en l'admirant, Peut-estre tu t'en vas toy-mesme énamourant. Puis voyant quels lauriers couronnent la Mémoire, Qui met entre les Dieux ce Chantre de ta gloire. Si tant d'honneur se doit (ce dis-tu dans ton cœur) Aux soupirs du vaincu, que doit-on au vaincœur? Le Héraut publiant aux Olympiques festes. Ceux de qui le Laurier deuoit ceindre les testes, Estoit-il plus vanté pour l'honneur de sa voix. Qu'eux pour la gloire acquise au milieu des tournois ? Seule ie l'inspiray quand i'en eus la victoire. Cest ouurage est à moy, i'en mérite la gloire, S'il est vrai que la céise est mère de l'effect. Et que ce qui fait faire égale ce qui fait. Ainsy dis-tu muette et coulpable en ton âme Du vif embrasement d'vne si belle flame, Tu te plais de causer ces agréables cris,
516 Appendice.
Et d'cstrc le suiect de tant de beaux escrits :
Mais ne te flatte point, ni toy ni les doigts mesmes
Qui se disent autneur de ces diuins Poëmes.
Ne les avez point fait; cet œuure est plus qu'humain,
Ces traits ne sentent point vne mortelle main,
Amour pour y conter ses douces amertumes,
Les a luy mesme escrits de l'vne de ses plumes,
Se souuenant du iour que son cœur fut touché
De ses traits plus aigus, pour la belle Psyché.
Ce fut au mesme temps, où l'on dit qu'esploree
L'alloit cherchant par tout la belle Cythéree,
Et lors que le troupeau des neuf scauantes Sœurs
L'arresta prisonnier d'vne chesne de fleurs.
Pendant qu'il fust captif il beut en leur fontaine,
Apprist leurs doux mestiers, et souspirant la peine
chanta si doucement, que les bois d'alentour
Vont encor racontant les amours de l'Amour.
le disois vne fois à celle que i'adore :
Maistresse, i'envoiray iusqu'au lict de. l'Aurore
Sur l'aisle de mes vers l'honneur de ta beauté.
Et rien onc icy bas ne fust si bien chanté ;
Tes soleils éclairans mes ténèbres passées
Font fermer en mon cœur tant de belles pensées,
Que si ces fleurs d'espoir ne poussent pomt en vain,
Mes vers ne tiendront rien d'vn mortel Escriuain,
Seconde seulement le dessein que i'embrasse.
Aidant de ta faueur le vol de mon audace,
le monteray si haut sur l'aisle de ma foy.
Que les plus haut volants se verront dessus moy.
Ainsy plein de l'ardeur qui bouïlloit en mon âme
Un lour en me vantant le disois à Madame
A la rare Beauté dont esclave ie suis
Et pour qui tout osant l'impossible ie puis,
Mais Madame, à ce coup ie dédis ma promesse,
le ne chanteray plus, non, libre ie confesse
Que ie n'ay plus de cœur, ny d'esprit, ny de voix.
Mon audace première est morte à ceste fois.
Ces beaux mots amoureux, ces traits inimitables,
Qui fléchiroient l'acier des cœurs plus indomptables
Appendice. 517
Et qui mesme pourroient les rochers allumer, M'ont du tout ravy Famé au lieu de m'animer. Ils m'ont fait eux et toy sentir mesme dommage, Tu m'as osté le cœur, ils m'ostent le courage, Non celuy qui m'enflamme a seruir tes beaux yeux, Mais celuy qui vouloit pousser ton nom aux Cieux. Pourquoy, ce diras-tu : pour ce que tant de gloire Fait bruire leur louange au Temple de Mémoire Que qui presumptueux les espère imiter, Ressemble a Salmonée imitant lupiter.
Ainsi troublé de honte et de regret et d'ire. Rompit son flageolet l'audacieux Satire, Après qu'il eust oiiy sur les tapis herbus Des prez Arcadiens la lire de Phœbus.
Ainsy dedans vn bois se taist comme charmée Des autres oyselets la brigade emplumée Quand quelque Rossignol fait redire aux buissons Les amoureux accens de ses douces chansons : Qu'vne autre te promette vne immortelle vie. Quant à moy, despouillé d'Espérance et d'enuie, le pends icy mon Luth et iurant ie promets Par celuy d'Apollon de n'en iouer iamais.
Lorsque nous disputons le prix d'une carrière. Et que nos concurrents nous laissent peu derrière, L'espoir de les passer, encor en nous viuant, Nous sert d'vn éguillon qui nous pousse en auant : Mais quand nous deuançans d'vne trop longue espace Ils voisinent le but, nous deuenons de glace, Nostre labeur n'est plus par l'attente adoucy. Et nous manquant l'espoir, le cœur nous manque aussi.
Que ferois-ie aussi bien digne de ma promesse? Trahirois-ie, et cet œil, et ce port de Déesse, Et les autres beautez que reuerent les Cieux, Peignant d'vn trait comun les merueilles des Dieux? le suis seur mon espoir que pesant ton mérite. Celle de qui la gloire en ces vers est descrite Ne te surpasse en rien, fors en ce seul bonheur De se voir célébrer par vn rare sonneur.
^i8 Appendice.
Ces flatteuses couleurs donnant à sa peinture
Ce que peut estre au vif a nié la Nature,
En ont fait vn miracle à qui rien n'est pareil,
Que l'éternelle Idée ou toy, mon beau Soleil.
Ainsi l'vn célébrant vne feinte Gassandre,
Et l'autre vers Francine, ont presque fait descendre
lupiter de son ciel, pour voir si leurs beautez
S'égalloient aux beaux vers qu'ils en auoient chantez.
Et toy qui sans flatter n'a point d'égalle au monde,
Pour la première place aurois-tu la seconde?
Et le faux éloquent t'ostant ce qui t'est deu,
Vaincroit-il en mes vers le vray mal deffendu?
Ah ! taisons-nous plus tost que ceste honte aduienne,
Contraire à ton attente, aussi bien qu'à la mienne,
Soyons comme Pompée, ou rien, ou les premiers,
Et braves desdaignons les vulgaires Lauriers.
Tout beau, mon cœur, tout beau : d'oii te vient ceste audac De désirer ou rien, ou la première place? Quoy? ne voudrois-tu pomt dans le Ciel habiter, Si tu n'esperois estre au Ciel un lupiter?- Tu veux des mains d'Hercule arracher la massue, Meurs, ô folle espérance, auant qu'estre conçue Et ne ressemble point ces écheleurs des Cieux Qui tendans aux plus hauts sontcheuz aux plus bas lieux. Ce n'est point aauiourd'huy que ie devois deffendre A ta ieune fureur d'oser rien entreprendre. Long temps a que la Muse et l'Apollon François Ont fait naistre icy-bas ce qu'encor tu conçois, Tant de diuins Esprits dont France est glorieuse Te deuoient bien couper ceste aisle ambitieuse, Car qui s'attend à mieux qu'à ce qu'ils ont chanté, Se forme vn rien plus beau que la mesme beauté.
Donc adore leurs pas et content de les suiure, Fay que ce vin d'orgueil iamais plus ne tenyure. Connoy toi désormais, ô mon entendement, Et comme estant humain, espère humainement ; Nos neueux qui scauront combien ta Dame passe Les charmes de ces vers avec ceux de sa grâce.
Appendice. ^19
Diront en t'excusant : Cestuy-cy fut vn jour Plus fidelle amoureux que bon chantre d'amour, Seruant vne Beauté des beautés la merveille, II voulut voir sa gloire à ses grâces pareilles, Mais le sort enuieux à ses vœux s'opposa, Cependant s'il ne peut, on voit bien qu'il osa.