DV PSEAUME CXLVII
Heureux hostes du ciel, sainctes légions d'Anges, Guerriers qui triomphez du vice surmonté. Célébrez à iamais du Seigneur les louanges. Et d'vn hymne éternel honorez sa bonté.
Soleil dont la chaleur rend la terre féconde, Lune qui de ses rais emprunte ta splendeur. Lumière, l'ornement et la beauté du monde, Loiiez, bien que muets, sa gloire et sa grandeur.
Tesmoigne sa puissance, ô toy voûte azurée, Qui de mille yeux ardans as le front esclaircy : Et vous grands arrousoirs de la terre altérée, Vapeurs dont le corps rare est en pluye épaissy.
Car d'vn si sainct ouurier le dire 'estant le faire ', Sa parole d'vn rien ce grand monde forma : Et tout ce qui s'enferme en l'vne et l'autre sphère Est l'œuure d'vn seul mot que sa bouche anima.
eresse par la terminaison eusCj prise aux adjectifs en eux, euse.
On trouve cependant encore au xvi*^ siècle des traces nombreuses de eresse; BevlRut dit, par exemple, charmeresse, dompteresse, etc. — Cf. Darmesteter, etc., p. 225. I . Var. :
Car d'un si grand ouvrier...
{Délices de la poésie, etc. Cf. note i de la p. i.) J
24 ŒVVRES POÉTIQ^VES
Il a prescrit des loix à la nature mesme, Qu'en tremblant elle obserue et craint d'outrepasser : Le ciel ne voit grandeur, sceptre, ny diadème, Immortel, ny mortel, qui s'en peust dispenser.
Chantez-le donc aussi vous enfans de la terre Qui composez de cendre en cendre retournez. Soit vous que l'Océan dans ses vagues enserre, Soit vous qui librement par l'air vous promenez.
Beny son sainct pouuoir en tes caues profondes, Monstre dé qui le sein peut cent flots abysmer : Et faittes retentir son nom parmy vos ondes Gouffres qui vomissez mille mers en la mer.
Foudroyans traits de feu que son ire décoche, Quand faisant icy bas mille flammes plouuoir Elle tranche en fureur la teste à quelque roche, D'vne tonnante voix haut louez son pouuoir.
Fay-le bruire aux torrens des valons que tu laues. Neige qui vests les monts d'vn blanc et froid manteau : Et toy gresle polie, et toy glace qui paues Au pesant chariot les sentiers du bateau.
Orageux tourbillons qui portez les naufrages Aux vagabonds vaisseaux des tremblants matelots. Témoignez son pouuoir à ses moindres ouurages, Semant par l'vniuers la grandeur de son los.
Faittes-la dire aux bois dont vos fronts se couronnent Grands monts, qui comme Rois les plaines maistrisez : Et vous humbles coustaux ou les pampres foisonnent, Et vous ombreux vallons, de sources arrousez.
Féconds arbres fruitiers, l'ornement des collines. Cèdres qu'on peut nommer geans entre les bois, Sapins dont le sommet fuit loin de ses racines. Chantez-le sur les vents qui vous seruent de voix.
Animaux qui paissez la plaine verdoyante. Et vous que l'air supporte, et vous qui serpentans
DE M. BERTAVT. 2$
Vous trainez après vous d'vne échine ondoyante, Naissez, viuez, mourez, sa louange exaltans.
Chantez-la d'vne voix, que nul soin n'interrompe. Grands Rois parmy son peuple assis comme en son lieu : Et vous fiers potentats qui pleins de vaine pompe Estes dieux sur la terre, et terre deuant Dieu.
Peuples nez entre nous, peuples de terre estrahge, Faittes ouyr son nom aux rochers les plus sourds : Homme^, femmes, enfans, donnez à sa louange Le matin, le midy, le soir de vos beaux iours.
Vous que la fleur de l'âge aux voluptez conuie, Vous qui chassez du monde, et ja prests d'en sortir Touchez d'vn pied tremblant les bornes de la vie. Faites son nom sans cesse en vos chants retentir.
Bref, que tout genre d'estre, et tout sexe, et tout âge. Bénisse le Seigneur ses biensfaits racontant, D'vn parler si conforme aux pensers du courage Que se taisant la voix le cœur l'aille chantant.
Car il est l'esprit seul en qui vit et respire Tout estre ou non visible, ou visible à nos yeux. Et le seul Roy qui tient, d'vn éternel empire Le throsne de sa gloire eleué sur les cieux.
Alors que tout flambant d'vne lumière sainte Il s'y sied en triomphe, et pompe, et maiesté, L'vniuers se prosterne en reuerence et crainte, Et nul Ange n'en peut supporter la clarté.
De là sont enuoyez deuers sa troupe £leuë Ces merueilleux secours qui la sauuent des fers : De là partent ces loix de puissance absolue. Qui font trembler le ciel, la terre, et les enfers.
« Soit à iamais sa gloire en nostre ame adorée Soit à iamais son nom par nos chants célébré