ACTE V
Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avoit sur tous les yeux mis son bandeau fatal, Et donné du combat le funeste signal.
De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyoit pour elle Achille, et contre elle l'armée; Mais , quoique seul pour elle , Achille furieux Épouvantoit l'armée, et partageoit les dieux. Déjà de traits en l'air s'élevoil un nuage; Déjà couloit le sang , prémices du carnage :
Entre les deux partis Calchas s'est avancé , L'œil farouche , l'air sombre , et le poil hérissé , Terrible , et plein du dieu qui l'agitoit sans doute : « Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute: « Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix « M'explique son oracle, et m'instruit de son choix. « Un autre sang d'Hélène , une autre Iphigénie m Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie.
u Thésée avec Hélène uni secrètement m Fit succéder l'hymen à son enlèvement : / « Une fille en sortit, que sa mère a celée; \ m Du nom d'Iphigénie elle fut appelée. x ■ - 1. ^ •
m Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours : « D'un sinistre avenir je menaçai ses jours.
« Sous un nom emprunté sa noire destinée « Et ses propres fureurs ici l'ont amenée.
m Elle me voit, m'entend , elle est devant vos yeux ; « Et c'est elle , en un mot , que demandent les dieux. <
196 IPHIGÉNIE
Ainsi parle Calchas. Tout le camp inuBLobik L'écoute ftvec frayeur, et regarde Ériphile.
Elle étoit k l'autel; et peut-être en son cœur Du fatal sacrifice accusoil la lenteur.
Elle-même tant6t, d'une course subite, Étoit venue aux Grecs annoncer votre fuite« On admire en secret sa naissance et son sort. Mais , puisque Troie enfin est le prix de sa moH , L'armée à haute voix se déclare contre elle , Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.
Déjà pour la saisir Calchas lève le bras :
« Arrête , a-t-elle dit , et ne m'approche pas. . « Le sang de ces héros dont tu me fais descendre « Sans tes profanes mains saura bien se répandre. ■ Furieuse, elle vole, et, sur Tautel prochain. Prend le sacré couteau , le plonge dans son sein. A peine son sang coule et fait rougir la terre, Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre; Les vents agitent l'air d'heureux frémissements. Et la mer leur répond par des mugissements ; La rive au loin gémit, blanchissante d'écume; La flamme du bûcher d'elle-même s'allume; Le ciel brille d'éclairs , s'entr'ouvre , et pami nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous. Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue; Et croit que , s'élevant au travers de ses feox ,