‹ Œuvres poétiquesChapitre 120 sur 168 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

THÉRAMÈNE

J'entends : de vos douleurs la cause m'est connue. Ph^re ici vous chagrine , et blesse votre vue. ^ Dangereuse marâtre , à peine elle vous vit , Qne votre exil d'abord signala son crédit.

Mais s^ haine sur vous autrefois attachée , Ou s'est évanouie , on s'est bien relâchée.

Et d'ailleurs quels périls vous peut faire courir Une femme mourante, et qui cherche à mourir?

Phèdre , atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire , Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclairé , Peut-elle contre vous former quelques desseins?

HIPPOLTTE.

Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains. Hippolyte en partant fuit une autre ennemie : Je fuis , je l'avouerai , cette jeune Aricie , Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THBRAMÊNE.

Quoi ! vous-même , seigneur, la persécutez-vous ? Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides Trempa- t-elle aux complots de ses frères perfides ? Et devez- vous haïr ses innocents appas ?

HIPPOLYTE

Si je la haïssois , je ne la fuirois pas.

THÉRAMÊNE.

Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite? Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte

ai2 PHÈDRE.

Implacable ennemi des amoureuses lois , Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ? Vénus , par votre orgueil si long-temps mépris^ , Voudroil-elle à la fin justifier Thésée?

Ct, vous mettant au rang du reste des mortels. Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels?

Aimeriez-vous , seigneur?

HIPPOLTTE.

Ami , qu'oses-tu dire ?

Toi , qui connois mon cœur depuis que je respire. Des sentiments d'un cœur si fier, si dédaigneux , Penz-tu me demander le désaveu honteux?

C'est peu qu'avec son lait une mère amazone M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne; pans un âge plus mûr moi-même parvenu , Je me suis applaudi quand je me suis connu.

Attaché près de moi par un zélé sincère , T^. me contois alors l'histoire de mon père.

Tu sais combien mon ame , attentive à ta voix , S'échauffoit aux récits de ses nobles exploits; Quand tu me dépeignois ce héros intrépide Consolant les mortels de l'absence d'Alcide, Les monstres étouffés , et les brigands punis , Procuste , Cercyon , et Sciron , et Sinis , Et les os dispersés du géant d'Épidaure»

Et la Crète fumant du sang du Minotaure. Mais, quand tu récitois des faits moins glorieux,

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