‹ Œuvres poétiquesChapitre 135 sur 168 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Vous-même , en ma faveur, vous voulez vous trahir ! N'éloit-ce pas assez de ne me point hair, Et d'avoir si long-temps pu défendre votre aœe De cette inimitié...

HIPPOLYTE

Moi , vous haïr, madame l Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté , Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté? Quelles sauvages mœurs , quelle haine endurcie Pourroit , en vous voyant , n'être point adoucie ? Ai-je pu résister au charme décevant. . .

ARICIE

Quoi, seigneur!

^ HIPPOLYTE

Je me suis engagé trop avant.

Je vois que la raison cède à la violence :

Puisque j'ai commencé de rompre le silence, Madame , il faut poursuivre ; il faut vous informer D'un secret'que mon gœur ne peut plus renfermer. "Vous voyez* devant vous un prfcce déplorable, D'un téméraire orgueil exempl» mémorable.

Moi qui , cqptre l'amour fièrement révolté , Aux fers de ses captifs ai long-temps insulté ; Qui, des Cibles mortels déplorant les naufrages, Pensois toujours du bdrd contempler les orages; Asservi maintenant sous la commune loi , ' Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi !

236 PHÈDRE

Un moment a vaincu mon audace imprudente :

Cette ame si superbe est enfin dépendante.

Depuis près de six mois , bonteux , désespéré , Portant par-tout le trait dont je suis déchiré , Contre vous , contre moi , yainement je m'éprouve ; Présente , je vous fuis ; absente , je vous trouve ; Dans le fond des forêts votre image me suit; La lumière du jour, les ombres de la nuit.

Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite ; Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même , pour tout fruit de mes soins superflus , Maintenant je me cherche , et ne me trouve plus ; Mon arc, mes javelots , mon char, tout m'importune; Je ne me souviens plus des leçons de I^ptune : Mes seuls gémissements font retentir les bois , Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait, en m'écoutant, rougir de votre ouvrage. D'un cœur qui s'offre à vons^uel farouche entrelien ! Quel étran^ captiff»onr un si beau Uen !

Mais l'offrande à v*s yeux en doit être plus chère : Songez que je vous parle une langue étrangère : Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés , Qu'Hippolyte sans vous n'auroit jamais formés.

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