‹ Œuvres poétiquesChapitre 142 sur 168 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

PHÈDRE, OENONE

phevrbT Ah! q^e l'on porte ailleurs les honneurs qu (ffi m'envoie: Importune , peux-tu souhaiter qu'on v| voie?

De quoi\iens-tu flatter mon esprit désolé? ^

• Cache-oyi bien plutôt: je n'aide tK>p parlé. *, 'lUe^fureurs au-dehors ont osé se répandre :

• J'ai dit ce que jamais on ne devoit enteddre.m Gîèl ! comme fl m'écontgit ! Par combien de détours L'insensible a long-temps éludé mes discours! Comme il ne reipiroit qu'une retraite prompte T • Et coml^en sa rougeur a redoublé ^na^on te !

Pourquoi dél^|irnois-tu mOn funes'teaessein? **^ Hélas ! quand^y épée alloit ch^^er mon sein , ' 4 Â-^il pâli pour moi? ly l'a-t-il arrachée? ■ 1

Il^sufBt que ma main 1 ait une fois touchée , «

Je l'ai rendue horrible à ses yeux inhumains ; » tTt ee fer malheureux profaneroit ses mains.

PHÈDH^. 247

OBNONE.

Ainsi, dans vos malheurs ue songeant qu'à Yoas plaindre, Vous nourrissez un feu qu'il tous faudroit éteindre^ Ne vaudro!t-il pas mieux , digne sang de Minos , Dans'^db^lus uobles soins chercher votre repos; Contra un ingrat qui plaît recofirir à la fuite , Bégner, et de l'état embrasser la conduite?

•* PHEDRE

Moi, régner! Moi, ranger un état sous ma loi ^and ma foible raison ne régne plus sur moi ! Lorsqi^ j'ai de mes^ens abandonné l'empire !

Quand sous un joug honteux à peine je respire ! Quand je me meurs !

OENONE

Fuyez.

» PHEDRE

Je ne le puis cpiitter.

OEMQNE.

VonsTosâtes bannir, vous n'osez l'éviter?

PHÈDRE

11 n'esbplus temps : il sait mes ardeurs insensées.

De l'austèr» pudeur les bornes sont passées :

J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,

Et l'espoir malgré moi s'est glissé dans mon cœur.

Toi-même , rappelant ma force défaillante ,

Et mon ame déjà sur mes lèvres errante ,

Par tes conseils flatteurs tiî m'as su ranimer :

248 PIJEDRE.

Tu m'as fait entrevoir que je pourois l'aimer.

OENONE

* Hélas ! (le vos malheurs innocente ou coupable , De quoi peur vous sauver n'élois-je point capable? Mais si jamais l'oJFfense irrita vos esprits , « * Pouvez-vous d'un sUperbc oublier les mépris?

Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinfe Vous laissoit à ses pieds peu's'en faut prosterîlëe! * Que son farouche orgueil le rendoit odieift ! Que Phèdre en ce moment n'avoit-elle mes yeux î

phIÉdre.* ^

Cffinone , il peut quitter cet orgueil qui te blesse ; Nourri dans les forêts , il en a la rudesse.

Hippoly te , endurci par de sauvages lois , Entend parler d'amour pour la première fois:

Peut-être sa surprise a causé son silence ; #

Et nos plaintes peut-être ont trop de violence.

OEN^ONE.

Songez qu'uqe barbare en son sein l'a formé.

PHÈDRE

Quoique Scythe et barbare , elle a pourtant%imé.

OENONE

Il a pour tout le sexe une haine fatale.

PHEDRE

Je ne me verrai point préférer de rivale.

Enfin , tous tes conseils ne sont plijs de saison : Sers ma fureur, OEnone , et non point ma raisoiv

-, . ACTE Uï. 249

Il oppose à l'anietlr un cœur inaccessible; Cherchons pour l'attaquer quelque ehdroit plus sensible : Les ^artfies d'un empire ont paru le toucher ; iCthènes l'attiroit, il n'a pu s'en cache^ Béjft de ses vaisseaux la pointe ëtoit tournée , . Et la voile flottoit aux vents abandonnée.

Va l'qiiver de ma part ce jeune ambitieux , OEnone ; fais briller la couronne à ses yeflx : Qu'il mette sur son front le sacré diadème ; 9

Je ne veux que Thcyneur de l'ailac^er m<A-méme. # Gédoi^-lui ce pouvoir que je ne puis garâS^.

11 instruira mon fils dans l'art 4^ coftiûander ; t. Peut-être il voudra bien lui ten^ lieu de père : Je mets sous son pouvoir et le fils et la mère. Pour le fléchir enfin tente tout les moyens : Tes discours trouveront plus d'accès que les miens ; Presse , pleure , gémis ; peins-lui Phèdre mourante ; Ne rougis point de prendre une voix suppliadte : Je t'avouerai de tout ; je dTespère qu'en toi. Vt : j'attends ton retour pour disposer de moi.

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