‹ Œuvres poétiquesChapitre 165 sur 168 · ACTE V. i · texte numérisé non relu

ACTE V. i

Pousse an monstre, et d'un dard lancé d'une main sàre, Il lui fait dans le flanc une large blessure. De rage et de douleur le monstre bondissant Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant , Se roule , et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu , de sang , et de fumée. La frayeur les emporte ; et , sourds à cette fois , Ils ne^ connoissent plus ni le frein ni la yqîx ; En efforts impuissants leur maître se consume ; Ils rougissent le mors d'une sanglante écume. On dit qu'on a vu même , en ce désordre affreux , Un dieu qui d'aiguillons pressoit leur flanc poudreux. A travers les rochers la peur les précipite; L'essieu crie et se rompt : l'Intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé ; Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur : cette image cruelle Sera pour moi de pleurs une source éternelle. J'ai vu , seigneur, j'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris. Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ; Ils courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie. De nos cris douloureux la plaine retentit.

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit :

Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques Où des rois ses aïeux sont les froides reliques. J'y cours en soupirant, et sa garde me suit :

aB6 PHÈDR^.

De son généreux sang la trace nous condoit; Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes Portent de ses ckeveux les dépouilles sanglantes. J'arrive , je l'appelle ; et, me tendant la main , Il ouvre un œil mourant, <{u'il referme soudain : - « Le ciel, di^il , m'arrache une innocente vie. « Prends soin après ma mort de la triste Aricie. M Cher ami , si mon père un jour désabusé « Plaint le malheur d'un fils faussement accusé , « Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive, « Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ; « Qu'il lui rende... » A ce mot, ce héros expiré N'a laissé dans mes brsfs qu'un corps défiguré : Triste objet où des dieux triomphe la colère , Et que méconnoîtroit l'œil même de son- père.

THÉSÉE

O mon fils ! cher espoir que je me suis ravi ! Inexorables dieux , qui m'avez trop servi !

A quels mortels regrets ma vie est réservée !

THÉRAMÊNE.

La timide Aricie est alors arrivée :

Elle venoit, seigoeur, fuyant votre courroux ,

A la face des dieux l'accepter pour époux.

Elle approche ; elle voit Therbe rouge et fumante ;

Elle voit ( quel objet pour les yeux d'une amante ! )

Hippolyte étendu , sans forme et sans couleur.

Elle veut quelque temps douter de son malheur ;

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