ACTE IV
Vous dépendez ici d'une main violente.
Que le sang le plus cher rarement épouvante; Et je n'ose vous dire à quelle cruauté Mithridate jaloux s'est souvent emporté.
Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace ; Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce: Daignez , au nom des dieux , daignez en profiter ; Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter. Moins vous l'aimez , et plus tâchez de lui complaire ; Feignez , efforcez-vous : songez qu'il est mon père. Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.
MONIME
Ah ! je vous ai perdu !
XIPHARÈS
Généreuse Monime , Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit; C'est lui qui m'« ravi l'amitié de mon père, Qui le fit mon rival , qui révolta ma mère.
Et vient de susciter, dans ce moment affreux , Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
MONIME
Hé quoi ! cet ennemi vous l'ignorez encore ?
XIPHARÈS
Ponr surcroît de douleur, madame , je l'ignore.
70 MITHRIDATE
Heureux si je poavois , avant qae m'immoler, Percer le traître cœur qui m*a pu déceler !
MONIHE.
Hé bien ! seigneur, il faut vous le kàre connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi , ce traître ; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait : et c'est moi que vous devez ptmir.
XIPHARÈS
Vous!
MONIME
Ah ! si vous saviez , prince , avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse !
Quelle amitié sincère il affectoit pour vous ! Content, s'il vous voyoit devenir mon époux!
Qui n auroitcru. . .? Mais non , mon amour plus timide Devoit moins vous livrer à sa bonté perfide.
J^s dieux qui m'inspiroient , et que j'ai mal suivis, M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer ; j'ai dû dans tout le reste... Que sais-je enfin? j'ai dû vous être*moins funeste; J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés , Et je m'en punirai , si vous me pardonnez.
XIPHARÈS
Quoi , madame ! c'est vous , c'est l'amour qui m'expose ; Mon malheur est parti d'une si belle cause; Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux ; '* vous vous excusez de m'avoir fait heureux !