‹ Œuvres poétiquesChapitre 50 sur 168 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Mais , le dirai-je? 6 ciel ! rassarés par Pharnace ,

Et la honte en leurs cœurs réveillant leur audace ,

Us reprennent courage , ils attaquent le roi ,

Qa un resté de soldats défendoit avec moi.

Qui ponrroit exprimer par quels faits incroyables ,

Quels coups accompagnés de regards effroyables ,

Son bras , se signalant pour la dernière fois ,

A de ce grand héros terminé les exploits ?

Enfin , las et couvert de sang et de poussière ,

Il s'étoit fait de morts une noble bairière :

Un autre bataillon s'est avancé vers nous :

Les Romains pour le joindre ont suspendu leurs coups.

Ils vouloient tous ensemble accabler Mithridate.

Mais lui: « C'en est assez, m'a-t-ildit, cher Arbate;

« Le sang et la fureur m'emportent trop avant.

« Ne livrons pas sur-tout Mithridate vivant. »

Aussitôt dans son sein il plonge son épée.

Mais la mort fuit encor sa grande ame trompée.

Ce héros dans mes bras est tombé tout sanglant,

Foible , et qui s'irritoit contre un trépas si lent;

Et , se plaignant à moi de ce reste de vie.

Il soulevoit encor sa main appesantie ;

Et , marquant à mon bras la place de son cœur,

Sembloit d'un coup plus sûr implorer la faveur.

Tandis que , possédé de ma douleur extrême ,

Je songe bien plutôt à me percer moi-même ,

De grands cris ont soudain attiré mes regards:

J'ai vu, qai l'auroit cru? j'ai yu de tontes parts Vaincns et renversés les Romains et Phamace, Fuyant vers leurs vaisseaux, abandonner la place; Et le vainqueur, vers nous s'avançant de plus près , A mes yeux éperdus a montré Xipharès.

MONIMB.

Juste ciel*

ARBATe.

Xipharès , toujours resté fidèle , Et qu'au fort du combat une troupe rebelle.

Par ordre de son frère , avoil enveloppé , Mais qui , d'entre leurs bras à la fin échappé , Força les plus mutins , et regagnant le reste , Heureux et plein de joie, en ce moment funeste , A travers mille morts , ardent , victorieux , S*étoit fait vers son père un chemin glorieux. Jugez de quelle horreur cette joie est suivie. Son bras aux pieds du roi l'alloit jeter sans vie; Mais on court , on s'oppose à son emportement. Le roi m'a regardé dans ce triste moment , Et m'a dit , d'une voix qu'il poussoit avec peine : « S'il en est temps encor, cours , et sauve la reine. » Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharès : J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'étois , ma frayeur et mon zèle M'ont donné pour courir une force nouvelle ; Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux

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