‹ Œuvres poétiquesChapitre 60 sur 168 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui tous doive étonner?

{à Ulysse.) Juste ciel ! gauroit-il mon faneste artifice?

ULYSSE

Seigneur, Agamemnon s'étonne avec justice.

Songez-vous aux malheurs qui nous menacent tous ? O ciel ! pour un hymen quel temps choisissec-vous ? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours feitnée •Trouble toute la Grèce et consume l'armée ; Tandis que , pour fléchir l'inclémence des dieux , ' Il faut du sang peut-être, et du plus précieux, Achille seul , Achille à son amoiu- s'applique ! Voudroit-il insulter à la crainte publique , Et que le chef des Grecs , irritant les destins , Préparât d'un hymen la pompe et les festins?

Ah ! seigneur, est-ce ainsi que votre ame attendrie Plaint le malheur des Grecs , et chérit la patrie?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effeu feront foi Qui la chérit le plus , ou d'Ulysse ou de moi : Jusque-là je vous laisse étaler votre séle ; Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle. Remplissez les autels d'offrandes et de sang , Des victimes vous-même interrogez le flanc f Du silence des vents demandez-leur la cause ;

ïï8 IPHIGÉNIE.

Mais moi , qui de ce soin sur Galchas me repose , Souffrez, seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauroient s'irriter. Transporté d'une ardenr qui ne peut être oisive , Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive : J'aurois trop de regret si quelque autre ^errier Au rivage troyen descendoit le premier.

O ciel ! pourquoi faut-il que ta secrète envie Ferifie à de tels héros le chemin de l'Asie?

N'aurai-je vu' briller cette noble chaleur Que pour m'en retourner avec plus de douleur ?

ULYSSE

iàieni. ! qu'est<<:e que j'entends ?

ACHILLE

' ■ Seigneur, qu'osez-vous dire ?

AGAMEMNON

Qu il faut , princes , qu'il faut que chacim se retire ;

Que , d'un crédule espoir trop long-temps abusés ,

Nous attendons les vents qui nous sont refusés.

Le ciel protège Troie ; et par trop de présages

Son courroux nous défend d'en chercher les passages . .

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux?

, AGAMEMNON

Vous-iméme consultez ce qu'il prédit de vous» Que sert de se flatter? On sait qu'à votre tête

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