‹ Œuvres poétiquesChapitre 66 sur 168 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

AGAMEMNON

Juste ciel ! c'est ainsi qu'assurant ta vengeance Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence ! Encor si je pouvois , libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes , Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins !

ULYSSE

Je suis père , seigneur, et foible comme un autre ; Mon coeur se met sans peine en la place du vôtre ; Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer,

136 IPHIGÉNIE

Loin de blSmer vos pleurs , je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime ; Les dieux ont à Calchas amené leur victime :

Il le sait , il l'attend ; et , s'il la voit tarder, . Lui-même à hante voix viendra la demander.

Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache im intérêt si tendre ; Pleurez ce sang , pleurez; ou plutôt , sans pâlir. Considérez l'honneur qui doit en rejaillir :

Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames , Et la perfide Troie abandonnée aux flammes , t Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées, Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

AGAMEMNON

Seigneur, de mes efforts je connois l'impuissance : Je cède , et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas , Allez. Mais cependant faites taire Calchas; Et, m'aidant à cacher ce funeste mystère.

Laissez-moi de l'autel écarter une mère.

FIN DU PREMIER ACTE

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