‹ Œuvres poétiquesChapitre 77 sur 168 · ACTE 11. i4i · texte numérisé non relu

ACTE 11. i4i

Je vois ce que jamais je n'ai voula penser :

Achille... Vous brûlez que je ne sois partie.

BRIPHILE.

Moi ! TOUS me soupçonnez de cette perfidie !

Moi, j'aimerois , madame, un vainqueur furieux , Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux. Qui , la flamme à la main , et de meurtres avide , Mit en cendres Lesbos...

IPHIGÉNIE

Oui , vous Taimez , perfide; Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez , Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés , Ces morts , cette Lesbos , ces cendres , cette flamme , Sont les traits dont l'amour Ta gravé dans votre ame, Et, loin d'en détester le cniel souvenir.

Vous vous plaisez encore à m'en entretenir.

Déjà plus d'une fois , dans vos plaintes forcées , J'ai dû voir et j'ai vu le fond de vos pensées ; Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j'avois écarté.

Vous l'aimez. Que faisois-jei Et quelle erreur fatale M'a fait entre mes bras recevoir ma rivale !

Crédule , je l'aimois : mon cœur même aujourd'hui De son parjure amant lui promettoit l'appuL Voilà donc le triomphe où j'étois amenée !

Moi-même à votre char je me suis enchaînée.

Je vous pardonne , hélas ! des vœux intéressés ,

« raTissez : I

î qa'oa me dresse , I

u fond de la Grèce '

i43 IPHIGÉNIE.

Et la perte d'un cœur que vous me i

Mais qae , sans m'avertir da piège c

Vous me laissiez chercher jasqu au f

L'ingrat qui ne m'attend que ponr m'abandonner.

Perfide , cet affront se peut-il pardonner?

ÉRIPHILE

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre. Madame : on ne m'a pas instruite à les entendre ; Et les dieux, contre moi dès long-temps indignés, A mon oreille encor les aToient épargnés. Mais il faut des amants excuser l'injustice.

Et de quoi vouliez-vous que je vous avertisse? Avez-vous pu penseï' qu'au sang d'Agamemnon Achille préférât une fille sans nom , Qui de tout son destin ce qu'elle a pu comprendre, C'est qu'elle sort d'un sang qu'il brûle de répandre?

IPHIGÉNIE

Vous triomphez, cruelle, et bravez ma douleur.

Je n'avois pas encor senti tout mon malheur :

Et vous ne comparez votre exil et ma gloire ,

Que pour mieux relever votre injuste victoire.

Toutefois vos transports sont trop précipités :

Ce même Agamemnon à qui vous insultez ,

Il commande à la Grèce, il est mon père , il m'aime.

Il ressent mes douleurs beaucoup plus que moi-même.

Mes larmes par avance avoient su le toucher :

J'ai surpris ses soupirs qu'il me voulott cacher.

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