A MA-DAME MARGUERITE DE LORRAINE
DUCHESSE DE JOYEUSE, JACilUES DE ROMIEU DESIRE SALUT.
A-Dame, l'occasion pourquoy j'ay pris la hardiesse de vous adresser et offrir ceste petite œuvre poétique , qui m'a esté (par ci par là) envoyée par ma sœur Marie de Romieu, n'a esté pour autre fin que pour vous rendre asseuré tesmoignage de la bonne volonté et singulière dévotion que j'ay et dois à vostre service, veu que par ci devant nos devanciers et ancestres ont esté tousjours tresaffectionnez et très -humbles serviteurs à tous ceux de l'ancienne famille et tres-illustre maison de Joyeuse, comme capitalle et chef de toute nostre grand' Province de Languedoc et terre Vivaroise (heureuses en la fécondité des tiges et races non moins grandes que tousjours accompagnées de valleur, sang magnanime et généreux), avec l'ornement de laquelle vous estes maintenant par un
destiné et sacré sainct mariage jointe d'un indissoluble lien. A vous donc, Ma-dame, je me suis dispencé d'offrir ce petit labeur, à fin que ma sœur et moy fussions mis de nouveau au nombre de voz tres-humbles servantes et serviteurs. Et, bien qu'il soit indigne (pour sa petitesse et comme premier essay aux Muses) de votre grandeur, si est-ce toutefois que j'espère de trouver pardon au comble de voz benignitez et courtoisies. Recevez donc, Ma-dame, ceste petite offre que je vous dédie en son nom, jusques à temps que ma sœur mesme vienne en ceste Cour vous faire la révérence et consacrer à vos pieds quelque chose de mieux solide et plus meur argument, comme j'ay entendu qu'ell'a faict. Et par ce moyen invoqueray celuy qui vous a si sainctement conduite aux divines loix du bon nopcier Hymenée vous y maintenir une centeine d'ans, avec l'aise et contentement de vos mérites, et vous voir d'icy à neuf mois (avec joye et plaisir singulier de toute la France) enceinte d'un beau fruit humainement divin, comme vous estes humainement toute divine. De Paris, en mon estude, le penultime de septembre 1581.