EPISTRE A MON FRERE
Monsieur et bien aimé Frère, je receus ;un merveilleux contantement de voz I lettres ces jours passez, non moins agréables que pleines d'un style douxcoulant accompagné de belles sentences dignes de vous. Mais d'ailleurs je fus grandement estonnée et comme ravie d'admiration ayant leu une certaine invective avec quelques satyres qu'aviez faict à rencontre de nostre sexe fœminin envoyée à Monsieur nostre oncle Desaubers, homme recommandé pour un des premiers, comme sçavez, de nostre ville, tant en grade de dignité que de singulière doctrine. Et ce qui me tourmentoit le plus^ c'estoit que j'ignorois la cause qui vous avoit peu esmouvoir à tonner ainsi contre les femmes. Quant à moy, estant du nombre de ce noble et divin sexe, j'ay bien voulu vous monstrer en cela que je n'es-
tois du tout despourveuë de Part de poésie, comme celle qui se plaist quelque fois avec une incredible délectation après la lecture d'icelle. Prenez donc en bonne part, mon Frère, ce mien brief discours que je vous envoyé, composé assez à la haste, n'ayant pas le loisir, à cause de nostre mesnage , de vacquer (comme vous dédié pour servir aux Muses) à chose si belle et divine que les vers. Ce pendant je vous prieray de me tenir tousjours en voz bonnes grâces, comme vous estes au plus profond des miennes. De Viviers^ ce jour de la my Aoust 1 581.
Vostre bien humble et obéissante seur à vous servir.
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