LA VIE
VAVQVëLIN DES-YVETEAVX
LES(Euures esparses de Vauquelin Des-Yueteaux meritoient d'estre recueillies, bien qu'il ne soit guère conneu auiourd'buy que comme l'vn des caractères les plus singuliers de son temps.
C'est à ce titre que M. Tallemant des Réaux a escript pour luy vne de ses Historiettes. Dans la fascheuse renommée que luy ont faicte ses amours pastorales et ses bizarreries , son génie poeticque a esté plus meconneu qu'il n'auroit deu l'estre.
Le seul nom de M. De-Malherbe reste le modèle de l'escriuain réformateur de la langue, tandis qu'autour de lui bril loient quelques autheurs , dont les escrits protestoient aussy bien que les siens contre les pointes , l'afféterie , le style trop pretieux et enflé des escoliers de Ronsard.
Des-Yueteaux estoit de ce nombre.
Nicolas Vauquelin, s^ des Yueteaux, naquit en 1567 (1), au
(1) Diverses bioRraphies, se fondant probablement sur l'épitaphe de Des-Yveteaux, qui lui donne 90 ans en 1649, époque de sa mort^ assignent à sa naissance la date de 1S59 ; c'est à tort. Dans une Idillie de sor. père , on lit les vers suivants :
« La lune auoit marqué les mois " Mlle et cinq cents soixante fois , n Cinq jours dedans celui qu'on nomme •■ Du nom de Jule emore à Rome ,
chasteau de la Fresnaye-au-Sauuage, près Falaize. Il estoit l'aisné des quatre filz de Jean Vauquelin, s-^ de la Fresnaye , de Sassy, de Boëssey, desYueteaux, des Aunez et d'Arry (1). Sa mère s'appeloit Anne de Bourgueuille-
Son père, Lieutenant général , puis Président au bailliage etprésidial de Caën, estoit luy mesme poëte. Il a laissé un Art Poëticque, en trois liures, des Satyres, des Epigrammes. des làillies, etc. (2) , où se trouuent nombre de vers remarquables et fort bien penses.
Nicolas Vauquelin n'auoit encore que 14 ou 15 ans, lorsque .'.on père lui adressa vne de ses Satyres, où il luy donne les plus sages aduis.
Le ieune homme semble auoir d'abord mis à profit ces conseils ; car il estudia les lois sous son père, et lui succéda en sa charge de Lieutenant général au bailliage de Caën (3).
» Quand de Pliilanon et Pliilis I) Furent les désirs accomplis. »
[Idillieli, liv. 1er, p. 515).
De la Fresnaye n'aurait pas pris la peine de fixer avec tant de soin une date inia;;inaire ; il faisoil là une allusion à son mariage.
M. J. Piclion, dans ses savantes Notices sur Vauquelin père et fils (I»aris,Techener, 1846, in-80), a fixé la naissance de Des-Yveteaux à 1567 ou 1568, d'après les faclums relatifs à se> procès, qui lui donnent, l'un 77 ans, et l'autre 78 en 1645. On doit supposer qu'il prenait ses années cnire la date précise du premier et du deuxième factum de 1645, et croire qu'il est né en 1567.
(1) Les autres fils de la Fresnaye sont ainsi nommés dans ses OEuvres : Charles Vauquelin, abbé commaiidataire de St Pierre sur Dyve, en Normandie; Guillaume Vauquelin, sr de la Fresnaye, lieutenant général au bailliage et présidial deCaen; et Jean Jacques Vauquelin, seigneur de Sacy.
Dom Bonavenlure d'Argonne, chartreux, qui se caOe sous le pseudonyme de Vigneul-Marville (Mélanges d'Histoire et de Liilérature, 4e édit., Paris 17-25, 1er vol., page 177 et suiv.) dit que Guillaume Vauquelin était frère aîné de Nicolas Des-Yveleaux Mais n'est-il pas plus naturel de croire que Vauquelin de la Fresnaye a nommé ses fils selon l'ordre de primogéniture?
(2) Les diverses poésies du sr de la Fresnaie Vauquelin 'Caen, par Ch. Macé, 1605, 8") comprennent l'Art poétique, 5 livres; Satyres, 5livres ; ldillies,2 livres; Epigrammes , 1 livre; Epitaphes, 1 livre; divers Sonnets, 1 livre. On a encore de lui les deux premiers livres des Foresleries {Poitiers, 1555, in 80).
(.") La Biographie universelle de Michaux (article Des Yveteaux) affirme, contrairement au dire de Tallemant des Réaux , que Des Yveteaux était dans les Ordres, et n'avait j.imais été dans la magistrature. N'aura-t-on pas confondu avec son frère Guillaume?
L'auteur de ll^olice a suivi le récit de Tallemant desRéaux, qui connaissait personnellement Des-Yveteaux, et qui est très-explicite sur ce point.
Mais, ayant esté cité au Parlement de Rouen, pour rendre raison de quelque irrégularité, exhorté d'ailleurs par le Maresclial d'Eslrées de venir à la Cour, et de ne point passer sa vie à donner des sentences , il résigna sa charge , après cinq ans d'exercice, et se rendit à Paris, laissant son frère puîné , Guillaume Vauquelin, siéger à sa place. Il auoit des manières, de l'esprit; ses vers lui acquirent l'estime de Philippe Des- Portes et du Cardinal Du-Perron, qui pour lors auoient le pas sur tous les beaux-esprits de la Cour.
A leur recommandation et à celle du Mareschal d'Estrées , le Roy Henri IV le fist précepteur du filz qu'il auoit eu de M"'* la Duchesse de Beaufort, Ms'le Duc César de Vendosme, pour qui il escriuit son Discours de l'Institution d'un Prince. Il fust ensuyte nommé précepteur de Ms-' le Dauphin, et eust, jusqu'à la mort du Roy, toute la vogue qu'on scauroit auoir.
Mais, durant la régence, sa place luy fust ostée , bien qu'il eust sçeu se faire aimer de son eleue , et peut estre à cause de cela mesme. Vue plaincte, que le Clergé fist contre luy à cette époque , n'y fust pas non plus e.strangère.
La Royne-mere auoit du reste tousiours esté mal-contente de veoir Des-Yueteaux en cest office; et, quand il s'estoit présenté deuant elle pour la remercier : « Si j'auois esté » creue, luy auoit-elle dit, vous n'auriez iamais esté le pre- » cepteur de M. le Dauphin. »
On luy donna, en le congédiant, vne pension de 2000 escus, avec les abbayes du Val et de la Trappe, ce dont il s'accommodoit fort bien. Mais les persécutions ne s'arrestèrent pas là : Ms' le cardinal le força de remettre ses deux bénéfices, sous accusation d'immoralité. Des-Yueteaux n'esloit pas le plus fort : il céda sans se faire prier, et la mort de son père luy ayant d'ailleurs laissé quelque bien, il acquit, dans la rue des Marais, au fauxbourg Sainct-Germain, vne maison audelà de laquelle il n'y auoit rien de basti alors. On l'appeloit, pour cesle raison, le dernier des hommes. Il disposa ceste maison le plus extrauagamment du monde; il fist tapisser les chambres de basanne dorée et gauffrée; il orna les murailles de festons, de chiffres et de lacs d'amour en paille (pour laquelle il auoit vne singulière affection); et, comme il estoit pour lors espris d'vne dame Du-Pin, il niist à son plancher des pommes de pin dorées, en guise de culs-de-lampe.
Le grand iardin qu'il y ioignit, et auquel on alloit par vne vousle sous terre, estoit à peu près fait de même (1). 11 se mist à mener la dedans ^Tie vie voluptueuse , mais cachée : c'estoit, disoiton,vne espèce de Grand-Seigneur dans son sérail.
Il paroist néanmoins que ceste mauuoise réputation n'effroyoit poinct les dames de la Cour, qui alloient par diuertissement visiter le logis et son maistre , et luy mesme se plaisoit à conduire partout les personnes qui se présentoient, surtout les dames , auxquelles il auoit tousiours à dire quelque galanterie.
M^eD'Hautefort, qui auoit esté aimée de Louis XIII, y estant venue, il luy dict presque sérieusement : — « Jladame» » voulez-vous faire parler de vous? Après avoir maltraicté des » Rois, aimez un petit bonhommet comme moy. »
Une dame D'Harambure ayant, dans vne visite de ce genre, refusé des figues quil luy ofifroit, il en prit occasion de luy escrire vne fort longue lettre, dans laquelle il luy disoit, entre autres choses passionnées : « Encore que vous n'aimiez » point les figues, elles ne laissent pas d'estre friandes; de » mesme mon amour, quoique vous n'en fassiez point de cas , » n'est pas pourtant mesprisable. »
Au bas il y auoit : « Renuoyez-moy ceste lettre, s'il vous » plaict; car ie n'en ai point de double. »
Si la pièce respondoit à l'eschantillon , ce deuoit estre vne curieuse epistre.
Vn iour, en l'esté de 1628 (Des-Yueteau\ auoit pour lors 61 ans), Ivne des portes de son iardin , qui donne rue du Colombier (2) , estoit ouverte. Vne femme , grosse d'enfant , assez lolie de figure, mais fort triste , y regarde. Le bonhomme l'iauite à entrer, la promène, entre en conversation auec elle, et apprend qu'elle est fille d'vn homme qui jouoit de la harpe dans les hostelleries d'Estampes, et femme d'vn nommé Du- Puy, qui l'auoit espousée par amour (3;. Son mary estoit malade dans la rue des Marais. Cette femme auoit l'air fort
(t) Saint-Amand fait allusion à cette voûte où il y avait probablemenl un écho singulier, à ce jardin feuillu et aux chants de Mlle Du-Puv, dans un sonnet qu'il adresse à Des-Yueleaux [page 329 de ses OEuvres." Paris, Est. Loyson, 1661, in 12).
(2) Aujourd'hui rue Jacob.
(3) Le nom de famille de la Du-Puy etoit Jeanne Félix.
doux : Des-Yueteaux en fut touché; il luy offre tout ce qu'il auoit ; il les assiste (car Du-Puy estoit fort pauvre) , et quand elle accoucha, il en eust tout le soin imaginable. Elle y retourne; et peu à peu, l'amour s'en meslant, elle captive sa confiance, le soigne dans vue longue maladie; enfin, elle s'establit chez luy auec son mary. Croyez pourtant qu'elle achetoit bien son bonheur : il falloit sçauoir du bonhomme, tous les matins, comment elle se coëfferoit, à la Grecque , à l'Espagnole, à la Romaine, à la Française, etc., quel habit elle prendroit; si elle seroit royne, nymphe ou bergère (1).
Luy mesme il s'habilloit en Pastor Fido , et la houlette à la main, la panetière au costé, le chapeau de paille doublé de satin rose sur la leste, il conduisoit, avec sa belle, le long des allées de son jardin, des troupeaux imaginaires. Quand la Du-Puy jouoit de la harpe , des rossignols, galamment dressés à cela, venoient se pasmer sur l'instrument (2).
Geste amourette, dont les circonstances, commentées et exagérées par la malignité, amusèrent longtemps la cour et la ville, dura iusqu'à la mort de Des-Yueteaux.
Certes, de pareilles extrauagances dénoteroient vn cerueau dérangé, si toustes fois la pluspart de ces gentillesses ne sont pas supposées; car Tallemant des Réaux, parlant ceste fois de visu, est forcé de conuenir que, quand il a fréquenté Des- Yueteaux, il s'estoit accoustumé à s'habiller comme les autres ; et Daniel Huet, dans ses Origines de Caën (3), affirme auoir sceu, par des gens de grand mérite et de grande qualité, qui auoient personnellement conneu Des-Yueteaux , que tout se seroit borné à un chapeau de paille, couuert de satin noir, et à des souliers de mesme estoffe, qu'il portoit dans les chaleurs de l'esté.
Quoy qu'il en soit, au milieu de ces folies , l'amour de Des- Yueteaux pour la musique et les pastorales, ses soins et son affection (peu platonique, à la vérité) pour ceste femme qu'il auoit tirée de la misère, dénotent vn fonds de bonté et de générosité naturelles.
(1) Tallemant des Réaux.
(2) Vigneul de Marville, Mélanges de LUtéralure (1725, t. 1er, p. 177 et tuivanles).
(3) Les Origines de la ville de Caen et des lieux circonvoisins. (A Rouen» Maurry, 1702 , page 529 et suivantes.)
Vn seul traict acheuera de prouuerque, si nostre poète estoit vn épicurien fantasque, et trop arny des douceurs de la vie , il n'estoit nullement égoïste.
Vn Prince de la Maison de Lorraine, le comte de Brionne, s'estant retiré à Paris après la prinse de Nancy, Des-Yueteaux vouloit le loger chez luy, et luy disoit pour raison : « 3Ion- » sieur, vous auez si bien reçeu , dans le temps , les François > en Lorraine, qu'il faut bien vous rendre la pareille auiour- » d'huy. »
Les dernières années de Des-Yueteaux furent attristées par vn procès qne luy suscita l'vn de ses neueux , Hercule Vauquelin, ialoux de l'empire que laDu-Puy auoit pris sur luy, et par vn meurtre commis dans sa maison.
Le bonhomme, pour faire enrager son neveu Hercule, auoit marié la fille de Jeanne Du-Puy auec vn autre de ses neueux, fils de Jean-Jacques Vauquelin, s'' de Sacy. Hercule, furieux, suborne vn spadassin, le sieur De-Lezinière, propre frère de la Du-Puy, lequel attendit vn iour Sacy, dans la rue de Seine , à la sortie d'vn ieu de paume, et l'auroit tué sans quelques gentils hommes qui se trouvoient là. L'affaire fust arrangée. Mais à quelques iours de là (le 10 mars 1645) , Lezinière entre dans la maison sous prétexte d'auoir quelque argent de sa sœur, qui ne se soucioit guères de sa famille. Sacy accourt au bruit. Lezinière prend vn pistolet sous son justaucorps, tire sur Sacy et le manque. Vne lutte s'engage ; vn laquais de Sacy, croyant son maistre en danger, frappe Lezinière à coups d'espée et le tue. Le bailly du fauxbourg, peut-estre gagné par Hercule Vauquelin, arreste la Du-Puy, la condamne à estre pendue et Sacy a être roué. Depuis ils en furent absous; mais ce ne fust pas sans donner à Des-Yueteaux beaucoup de tourment et de soucy.
Néanmoins, il portoit encore fort bien ses quatre-vingts ans (1648, , et lassoit quelquefois ses visiteurs à force de les promener dans son iardin. C'estoit vn petit homme sec, à yeux de cochon, dit Tallemant des Réaux, qui le conneut alors. Il a tousiours eu l'esprit présent, et à sa mode, il disoit encore de fort iolies choses.
Vnan deuant qu'il mourust, Ninon, qui alloit quelquefois iouer du luth chez luy, luy ayant demandé , vn iour de teste, s'il auoit esté à la messe : « Il y auroit, respondit-il, jilus de
» honte à mon âge démentir qiien'auoir point esté à l;i messe. » le n'y ay point esté auionrd'hny. »
Kilo liiy donna vn ruban iauno, qn'il porta, ie ne scay combien (le temps , à son chapeau.
Sa seule incommodité estoit vne maladie de vessie: ce fust ce qui le tua. Lors de la Fronde , ayant quitté Paris en mesme temps que la Cour, et s'estant retiré à Vareddes, près Germigny-i'Euesque, dans vne propriété qu'il auoit là, et son mal l'incommodant, il fallut auoir secours d'vn chirurgien de village, qui le blessa, et la gangrène s'y mist. Il se résolut constamment à la mort, et fist. dit Tallemant des Réaux; , tout ce qu'on a accoustumé de faire .
Ces derniers mots d'vn huguenot, qui ne failloit iamaisà l'occasion d aiouster vn trait picquant aux pourtraicts qu'il a tracés d'vn crayon sy original et sy caustique, contredisent de tout poinct le dire de ceux qui prétendent que Des-Yueteaux se seroit faict U3uer vne sarabande à son lictde mort (r.
Vne heure deuant que de mourir, il se promena par la chambre et pria la Du-Puy de luy fermer les yeux et la bouche, et de luy mettre vn mouchoir sur le visage dès qu'il commenceroit à agoniser, afin qu'on ne vist point les grimaces qu'il feroit.
Il mourust le 16 mars Uî49, et fust enseueli dans l'église de Vareddes , où on lit l'épitaphe suyuante, qu'on dit avoir esté composée par M. l'abbé le Bouthillier de Rancé, réformateur de la Trappe (-2) :
(1) C'est Sainl-Evremont qui a raconté l'histoire de la sarabande, et VIgneul de Marville la rapporte d'après lui. (T. 1er, p. (gi.)
(2) M. l'abbi- Coquer.lle, curé de Vareddes, à qui des renseignements ont été demandés sur l'épitaphe de Vauquelin Des-Yveteaux , a écrit le H mai 1835 :
« C'est dans l'église même et non dans le cimetière de la paroisse, n'en déplaise aux chroniqueurs, que V. Des-Yveteaux aurait été inhumé. Nos vieillards se rappellent avoir vu jusqu'en 93, à un pilier de l'église, son épitaphe sur marbre noir. Ce marbre s'est conservé longtemps encore chez un menuisier, lequel s'en servait , infandum! h broyer son mastic. Il parait qu'il a été brisé .'epuis, et je n'en ai pu avoir un seul débris.
» Le souvenir de Ues-Yveleaux consiste en quelques travées de bâtiments dépendant, à ce qu'il parait, d'une ferme qu'il possédait à Vareddes, et dont le chapitre de iM. D. de Meaux aurait hérité. A l'ental.lement de ces bâtiments, on remarque des débris d'ornements en plâtre, parmi lesquels on voit encore distinctement la lettre U encadrée de feuilles de chôn« et plusieurs Y renversés, o
« Passant, ie n'ay jamais arreslé persuiirie pendant ma vie ; ■» ie n'ay garde de le faire après ma mort. Mais si quelque » occasion t'amène en ceste église, tu auras loysir de lire que » Nicolas de Vavqvelin S. des Yveteavx y a voulu estre * enterré , ayant clioisy ce lieu pour m'eslongner du bruit » et pour euiter la multitude, comme ie faisois tousiours » dans le monde, ayant tenu ma vie cachée et ma conscience » nette, sans ostentation, et conserué ma liberté entière sans » dissolution. le croy ne te deuoir celer que i'ay esté aymé » de Henky le Grand, IV« du nom, comme tu verras par ces s vers, car c'est cliose qui doit passer en admiration que » le moindre de tous les hommes (I) ait esté estimé du plus ^ grand Prince de la terre, ayant esté choisy par luy pour » l'instruction de ses enfants ; et puisque tu as eu patience , » ie te veux apprendre en vn moment tout ce que i'ai appris » de certain en xc ans , et ce que peut-estre tu sçais bien , » qui est que l'amour de Dieu et l'obseruance de ses loys et » de son Eglise, ce sont les seuls vrais fondements de la fé- » licite de ce monde et de l'autre.
» Il décéda le ix iour de mars .Al. DC. XLIX. » Priez Dieu pour son âme. »
Dileclus tenero niiper formator AcIiiUi, Sospite adhuc flongum quem flebit GalliaJ rege , Àscendi lacrymana, ferulœque obnoxia ridi Sceptra repente meœ : sed tempestatibus aclus Invidiœ. sensi latrantia protinus ora, Gliscentesqne dolos et operti vulnera teli. Namque tribus lustris, spectatum in proie minore Majori quem rex dederat, regina probarat, Con^positb fecere reum , quia liber aperto Tramitte decurrens , antiquis moribus utor^ Ex animoque colo superos, et displicet omnis In vultu, in quœstu, pie tas quœ retia tendit.
(1) «Est-ce un ami qui parle ainsi, et ue croirail-on pas que ceUe phrase est de Des-Yveteaux? » (J. l'ichon. Notice sur Des-\veleaux, p. 65.) L'opinion de M. Pichon paraît d'autant plus fondée, que les vers latins faisant partie de l'cpilaphe sont de Des-Yveleaux , qui les a publiés eu icr k la suite d'un des factums relatifs à son procf"-
Eirfo fulenlem sola virtule , nec ullo Fœdere nUentem, dudiim défendit alumni Régis amor, quœque adversam rumonbus atirem Occlusit regina pareils, majorque senatus . Augustos veriti mânes, vetuere moveri, Quem pater admorat nato -. sed denique victrix Invidia illœmm malefida sustulit aida.
Sic mihi iibertas (tanti est injuria) venit.
Tel fust ce Des-Yueteaux , dont il a esté si souuojit et si diuersement parlé. Puisse-t-on estre pour luy moins seuere après sa mort que pendant sm vie I II est d'ailleurs vn traict •lue nous auons reserué pour finir et qui laissera le lecteur en vne opinion fauorable.
M. de Bueil, S-- de Racan, a raconté que Des-Yueteaux. alors précepteur de 31?'- de Vendosme, parloit souuent à Henry IV de Malherbe et offroit en toutes rencontres à S. M. de lé faire venir de Prouence, où il estoit pour lors habitué, mais il n'en reçeut point le commandement. Cette insistance dura bien quatre ans, jusqu'à ce que Malherbe estant venu à Paris , pour ses affaires particulières, en 1605 , Des-Yueteaux prist son temps pour en auertir le Roy et, sur l'ordre de S. M., l'alla aussitost quérir (1).
Arrestons nous icy et pensons que si Des-Yueteaux nauoil point d'autre titre à la mémoire, ce luy seroit encore vn notable honneur d'auojr sceu admirer .'t mettre dans tout son iour le grand Malherbe.
H) Les œuvres de F. de Mailierbe avec les observations de M. de Ménage, etc. (Paris, Barbou, 1723, 3 vol. in-12), t. Il, p 5-) et t III p. 14. . - •