‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 129 sur 173 · Décade philosophique, 30 nivôse an III · texte numérisé non relu

Décade philosophique, 30 nivôse an III

2. La jeune captive était une demoiselle Franquetot de Coigny, qui avait épousé le duc de Fleury en i784 et qui, incarcérée à Saint- Lazare avec M. de Montrond, devint, après divorce, M""» de Montrond. Montrond et la citoyenne Franquetot (ex-duchesse de Fleury) furent effacés de la liste des prétendus conspirateurs moyennant une somme de cent louis en or. (Voy. la notice sur le procès d'André Chénier en tête des Œuvres en prose.)

Je plie et relève ma tète.

S'il est des jours amers, il en est de si douxl Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts?

Quelle mer n'a point de tempête?

L'illusion féconde habite dans mon sein. D'une prison sur moi les murs pèsent en vain,

J'ai les ailes de l'espérance :

Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel. Plus %ive, plus heureuse, aux campagnes du ciel

Philomèle chante et s'élance.

Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors, Et tranquille je veille, et ma veille aux remords

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux

Ranime presque de la joie.

Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin

J'ai passé les premiers à peine.

Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé

La coupe en mes mains encor pleine.

Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; Et comme le soleil, de saison en saison.

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin. Je n'ai vu luire encor que les feux du matin

Je veux achever ma journée.

0 mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-loi; Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi,

Le pâle désespoir dévore.

Pour moi Paies encore a des asiles verts, Les amours des baisers, les Muses des concerts;

Je ne veux point mourir encore.

Ainsi, triste et captif, ma dyre toutefois S'éveillait, écoulant ces plaintes, celle voix.

Ces vœux d'une jeune captive; El secouant le faixde mes jours languissants. Aux douces lois des vers je pliais les accents

De sa bouche aimable et naïve.

Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, Feront à quelque amant des loisirs studieux

Chercher quelle fut celte belle :

La grâce décorait son front et ses discours. Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours

Ceux qui les passeront près d'elle.

ïambes

ïambes

Œ Sa laugue est un fer chaud. Dans ses veines brûlées

Serpentent des fleuves de fiel. »

— J'ai, douze ans, en secret, dans les doctes vallées,

Cueilli le poétique miel.

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière.

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma muse naquit haineuse et meurtrière.

Frustré d'un amoureux espoir, Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur; Moi, ce n'est point au col d'un perfide Lycambe

Que j'apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injures.

La patrie allume ma voix ; La paix seule aguerrit mes pieuses morsures;

Et mes fureurs servent les lois.

Contre les noirs Pithons et les hydres fangeuses

Le feu, le fer arment mes mains; Extirper sans pitié les bêtes venimeuses.

C'est donner la vie aux humains.

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