Édilion de G. de Chénier
258 IAJI13ES
J'ai lu qu'un écu^er noble et fier sur la selle,
Bien armé d'un double éperon.
D'abord ôtait la bride à son coursier farouche;
J'ai lu qu'un sage renommé, Avant de s'endormir, dans le fond de sa couche
Plaçait un tison allumé; J'ai lu que, pour franchir des routes difficiles,
Un Automédon pétulant Enlevait les écrous des quatre orbes agiles
Qui roulaient sous son char brillant; J'ai lu qu'un Actéon, à son tour, sur l'arène,
Assouvit la rage et la faim De ses chiens, par lui seul, pour bien servir sa haine.
Accoutumés au sang humain.
L'Automédon meurtri devint un Hippolyte,
Le sage
... l'écuyer à pied descendit au Cocyte.
Le nocher.
Un sot enfant jouait avec des grains de poudre
Un docte à grands projets rassembla des vipères,
Et leur prêchait fraternité.
Mais, déchiré bientôt par ce peuple de frères.
Il dit : — œ Je l'ai bien mérité.
Un seul de ces serpents qui se cache sous l'herbe
Est terrible; et moi
Je les réunis tous. Je joins superbe
Et l'audace aux mauvais penchants. »
J'ai lu maints autres faits, tous fort bons à redire;
ïambes 299
Et tous ces beaux faits que j'ai lus, Barnave, Chapelier, Duport les devaient lire : • Ceux-ci ^ ne lisent pas non plus.
On vil ; on vit infâme. Eh bien ? il fallut l'être ;
L'infâme, après tout, mange et dort.
Ici, même en ces parcs où la mort nous fait paître.
Où la hache nous tire au sort, Beaux poulets sont écrits; maris, amants sont dupes.
Caquetage, intrigues de sots.
On y chante; on y joue ; on y lève des jupes;
On y fait chansons et bons mots ; L'un pousse et fait bondir sur les toits, sur les vitres,
Un ballon tout gonflé de vent, Comme sont les discours des sept cents ^ plats bélîtres,
Don» Barère est le plus savant ^.
L'autre court; l'autre saute; et braillent, boivent, rient,
Politiqueurs et raisonneurs; Et sur les gonds de fer soudain les portes crient ;
Des juges tigres nos seigneurs
1. Ceux-ci, c'est-à-dire ceux qui ont la faveur du peuple en g« moment.