‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 18 sur 173 · LES INITIÉS · texte numérisé non relu

LES INITIÉS

Un poète comique de cette nation! paya, dit-on, de sa tête le courage qu'il avait eu de traduire en plein théâtre les turpitudes que de nombreuses assemblées de frères et amis cachaient sous un appareil d'initiations et de cérémonies saintes 2. L'auteur du poème qu'on va lire pourra bien subir le même sort, pour avoir aussi, non pas dévoilé (qui ne les ignore?), mais peint de fidèles couleurs les sanglantes orgies d'initiés plus nombreux, plus puissants, plus odieux, et qui, jugeant de l'espèce humaine par eux, la méprisent au point de ne pas même daigner s'envelopper de mystère. Ainsi il fournira un nouveau trait au parallèle des deux Républiques, lorsque sa tête en tombant amusera la férocité idiote d'un peuple, si avide de ces combats entre des bourreaux et un innocent, que sa curiosité est à peine satisfaite par le zèle d'un tribunal patriote qui le repaît au moins d'un assassinat par jour ; et les antiquaires observeront avec plaisir que les anciens ont servi en tout de guide [aux modernes et ne leur ont que bien rarement permis d'être inventeurs, même en atrocités et en violences 3.

l- Grecque.

2. II désifc'ne Eupolis et sa comédie des Baptes, dirigée contre Alcibiade et ses compagnons de débauche. Voyez 0. Muller. Hist. de la lut. grecque, II, 437; Juvénal, II. (B. de F.)

3. Ce fragment est extrait des Œuvres en prose d'André Chénier, publiées en 1S40.

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