‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 5 sur 173 · Edition · texte numérisé non relu

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18 ÈPITRES

II a, dans sa paisible et sainte solitude.

Du loisir, du sommeil, et les bois et l'étude,

Le banquet des amis, et quelquefois, les soirs,

Le baiser jeune et frais d'une blanche aux yeux noirs.

II ne f nt point qu'il dompte un ascendant suiirême,

Opprime son génie et s'éteigne soi-même.

Pour user sans honneur et sa plume et son temps

A des travaux obscurs tristement importants.

II n'a point, pour pousser sa barque vagabonde,

A se précipite- dans les flots du grand monde;

Il n'a point à souffrir vingt discours odieux

De raisonneurs méchants encor plus qu'ennuyeux.

Tels qu'en de longs détours de disputes frivoles

Hurlent de vingt partis les prétentions folles,

Protres et gens de cour, ambitieux tyrans.

Nobles et magistrats, superbes ignorants

Tous vieux usurpateurs et voraces corsaires,

Et dignes héritiers de l'esprit de nos pères.

Il n'entend point tonner le chef-d'œuvre ampoulé

D'un sourcilleux rimeur au fauteuil installé.

Il ne doit point toujours déguiser ce qu'il pense,

Imposer à son âme un éternel silence.

Trahir la vérité pour avoir le repos.

Et feindre d'être un sot pour vivre avec les sots.

ÉPI TRES i9

EPITRE A M. BAILLT

Cn meusonge vieillit; il devient ennuyeux. Il prend une autre forme et reparait aux yeux. Pensant le fuir, trompés à sa ruse infidèle, Nous courons l'embrasser sous sa forme nouvelle. Nous quittons un prestige, une vaine fureur Non pour la vérité, mais pour une autre erreur.

J'aime à voir les humains, ces êtres glorieux Nés pour lever la tète et regarder les cieux. Dans la fange à plaisir courbant ce front superbe. Marcher sur quatre pieds, et braire, et brouter l'herbe*.

C'est pour l'épître à M. Bailly. Après avoir parlé trèsbrièvement de l'Astrologie.... Magnétisme.... Somnambulisme....

Exposer dans ce petit poème ^ adressé à M. Bailly, que les poètes de nos jours n'ont aucunes teintures d'astrono-

i. Ed. de G. de Chcnier.

2. L'auteur a barré ces dix vers de deux traits en croix et écrit en travers : < Il faut mettre ailleurs tout cela. » (G. de Ch.)

3. Ce mot a fait croire à M. G. de Chénier qu'il s'agissait, dans ce passage, d'un poème à part sur l'Astronomie, mais on peut penser, comme M. Becq de Fouquières, que le poète désigne ainsi l'épilre iiu'il voulait adresser à l'auteur de l'Histoire de l'astronomie, des Lettres sur l'Atlantide de Platon, etc.

mie, d'histoire naturelle, de sciences; que, dès qu'ils savent assembler quelques rimes, ils se croient poètes... que les anciens étaient plus savants... Puis faire en une vingtaine de vers l'histoire de la poésie... Les premiers poètes étaient francs, libres, généreux; ne vantaient que les belles actions; et comme, dans cette égalité des hommes, il n'y avait personne à flatter, ils ne flattèrent personne....

La noble nudité d'une âme vraie et pure.

Ensuite, ils devinrent lâches, m , flatteurs. Les délices

des vers couvrirent les plus grandes infamies... car il est très-vrai que les arts ne s'accordent pas avec des mœurs austères.

Ensuite faire un petit précis de l'histoire de l'astronomie au moins moderne (car l'histoire de son invention sera faite in A^). Vanter l'étude de l'astronomie en disant : — Que voyons-nous autour de nous? des bassesses, des atrocités. Nous jetons-nous dans l'histoire? L'histoire est sanglante de crimes. A peine dans un amas d'horreurs trouve-t-on deux ou trois actions vertueuses. C'est ainsi que... (belle comparaison.) Heureux donc mille fois le sage qui, s'élevant au-dessus de la fange des passions humaines, se loge au sommet des montagnes, vit avec sa femme, ses enfants, quelques amis, et avec ses livres et ses télescopes ; n'étudie que l'histoire du ciel, qui est si douce et si pure, jusqu'à ce que, accablé de vieillesse, assis sur son lit et regardant les cieux, il exhale et rejoigne à Tàme universelle cette portion qui lui en était échue en partage et que son corps emprisonnait.

Puis, finissant... après avoir parlé avec admiration des grands hommes de l'antiquité, dire : Eh bien donc que je travaille aussi!... Allons!... Pendant que, pétrifié d'admiration pour ces grands hommes, je m'arrête à les considérer, le temps ne s'arrête point... Il chemine toujours... mes belles

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