‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 52 sur 173 · GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE

Il faut, dans cet ouvrage, soit quand le poète parlera, soit par la bouche des personnages, soit dans les discours prophétiques des êtres surnaturels, décrire, de côte en côte, absolument toute la géographie du globe aujourd'hui connue.

Amer. Fewyp. [yscùypuftx)...

Ensuite se présente tel pays couronné de telle et telle chose (les fruits et les fleurs qu'il produit).

Après les Pyrénées... vient la France... entre le Rhin, l'Océan, les Pyrénées et la mer Méditerranée et les Alpes, gît cette belle contrée... Puisse-t-elle parvenir au plus haut degré de gloire et de puissance... Puisse la main du despotisme se relâcher un peu et lui permettre d'être aussi heureuse que je le souhaite et que la nature avait voulu

1. Le canevas de ce poème, sauf deux fragmeuts parus dans l'édition de 1819, a été publié pour la première fois par M. G. de Chénier.

qu'elle le fut... Dans le temps dont je parle ici elle était encore brute... mais aujourd'hui ses fleuves nombreux ont des ponts... vins délicieux... superbes villes, bois, montagnes, coteaux, vallons, plaines fertiles, elle a tout... de vastes chemins la partagent... ils sont bordés d'arbres... noyers, mûriers... et l'on y voyage à l'ombre... (Ensuite la décrire plus particulièrement... et les lieux oii ses fleuves prennent leur source et le pays qu'ils arrosent...)

Que toa œil, voyageur, de peuples ea déserts, Parcoure l'ancien monde et traverse les mers : Rome antique partout, Rome, Rome immortelle. Vit et respire, et tout semble vivre par elle. De l'Atlas au Liban, de TEuphrate au Bétls, Du Tage au Rbin glacé, de l'Elbe au Tanais, Et des flots de l'Euxin à ceux de l'Hyrcanie, Partout elle a gravé le sceau de son génie. Partout de longs chemins, des temples, des cités, Des ponts, des aqueducs en arcades voûtés, Des théâtres, des forts assis sur des collines. Des bains, de grands palais ou de grandes ruines , Gardent empreinte encore une puissante main, Et cette Rome auguste et le grand nom romain. Et d'un peuple ignorant les débiles courages. Étonnés et confus de si vastes ouvrages, Aiment mieux assurer que de ces monuments Le bras seul des démons jeta les fondements.

Finir rà '/êwyjo... en disant... Un grand nombre de ces pays... je les ai visités moi-même... décrire en quels lieux j'ai été... j'ai marché à pied un bâton à la main; j'ai pris des chevaux de poste... je me suis confié à la mer et aux voiles des vaisseaux pour aller ici et là... me plaignant que la vie humaine est trop courte pour pouvoir... cultiver

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tous ses amis,., el en même temps tout apprendre, tout lire :

Tout voir, aller partout, tout savoir et tout dire.

Hi.sToini-:.

Il faut tâcher d'inventer quelque chose dans le goût du bouclier d'Achille et d'Énée*, pour y représenter les points cardinaux de l'histoire du monde, les empires naissants et détruits depuis les origines du nord jusqu'à l'empire romain.

Puis mettre dans la bouche de quelqu'un un tableau rapide et vigoureux de l'histoire moderne à dater de la destruction de l'empire romain. Les invasions des barbares du Nord, la faiblesse de l'empire grec. La puissance et les cruautés des barbares. La destruction des sciences. Le gouvernement féodal. L'esclavage. La naissance du mahométisme. L'empire des califes. L'invasion d'Espagne par les Maures. L'Angleterre et son avenir. Les croisades. Les villes hanséatiques. Gènes, Venise, Florence. L'irruption des Turcs. La découverte du passage aux Indes. La chute de l'empire grec (l'histoire de l'Eglise a été mêlée dans tout cela). Les réformations de plusieurs sectes et puis de Luther. Les révolutions politiques et religieuses dans le nord, etc.

Puis, en prédictions différentes, tout ce qui s'est passé depuis l'action du poème jusqu'à nos jours. — Puis éparpiller dans le poème, aux occasions qui naîtront en foule, des traits historiques sur l'invention des choses attribuée à telle ou telle ville, sur les usages de tel ou tel peuple, etc.

Dans ce poème où je veux mettre le tableau frappant et rapide de toute l'histoire du monde, je n'oublierai pas les

1. Homère, lliuil. liv. XVIII, v. 478 et suiv. — Virj;. Énéid. liv. VIII, V. 62ii el suiv.

révolutions du Nord si liées avec celles de la religion au xvi" siècle. Principalement celle de Suède. Le caractère de Gustave. Sa jeunesse. Ses dangers. Sa misère. Ses victoires. La couronne devenue héréditaire dans la maison de ce grand homme. Et Christiern IL Sa férocité. Les massacres de Stockholm. Son expulsion de Danemarck. Sa fuite en Hollande où Charles-Quint promet des secours à ce scélérat. Pour lier cela à l'ouvrage, on peut supposer sans invraisemblance (ceci est la première idée qui me vient, à laquelle je ne tiens nullement) qu'un vieux officier allemand, ayant été témoin oculaire de ces révolutions dans le Nord, a ensuite servi dans les troupes de Charles V, et est actuellement en Amérique.

Chacun baissait un front esclave,

Mais Nunes, mais mon fils : « Insolent Scandinave...

Comme les personnages d'Homère entremêlent dans leurs discours des récits de choses qui leur sont arrivées dans leur jeune âge, ainsi, on peut mettre dans la bouche de quelques personnages du poème des allusions un peu détaillées de quelques révolutions intéressantes; mais pas assez importantes pour leur donner un article à part. Comme la conjuration de Fiesque à Gènes, etc.

L'homme qui racontera la Saint-Barthélémy peut être un protestant réfugié en Amérique pour y vivre tranquille et en sauvage. Une espèce de Timon le misanthrope, se réjouissant du mal qui arrive aux chrétiens. Devenu déiste, philosophe paisible, cela pourra tempérer l'horreur que ce sujet sanguinaire produirait infailhblement. Le peindre aimant le soir à s'asseoir au haut des rochers regardant la mer. Surtout en temps de tempête.

Le même protestant qui contera les massacres de la Saint-Barthélémy doit, en accablant la ville de Paris d'imprécations, lui souhaiter la famine et tous ses fléaux, ce qïi arriva.

Le roi Charles IX, mourant d'une hémoi'ragie par tous

les pores, semblait rendre tout le sang français dont il s'était rassasié. Ainsi une béte féroce, après avoir dévoré un troupeau tout entier, tuée par une flèche, le sang des moutons et des agneaux lui sort par la blessure, par la gueule, par les narines, et leurs membres déchirés sont encore dans son estomac.

Parmi les exemples d'hommes vertueux qui se refusèrent aux horreurs de la Saint-Barthélémy, il faut se souvenir de placer ce bourreau de je ne sais quelle ville refusant au gouverneur de tuer des protestants parce qu'il n'agissait que juridiquement :

a Et mon bras n'obéit qu'aux ordres de la loi. »

Ciel, toi seul connais combien d'insultes, combien de railleries furent faites sur ces corps morts.

Parler de la mort de don Carlos; de l'auto-da-fé dont Philippe fut témoin et de sa réponse horrible à un malheureux qui lui demandait grâce*. Ne pas oubUer la révolution de Hollande en prédiction ou autrement. Blasonner comme il faut le duc d'Albe.

La bataille de Lépante et l'expédition de don Sébastien en Afi'ique.

Nos querelles avec l'Angleterre.

Du troisième Edouard l'ambition perûde.

Les talents de son fils. L'imprudence de nos rois Philippe et Jean, la désunion des Français... mirent la France à deux doigts de sa perte... Charles V... Naissance... La fille de la Bavière, profitant de la démence de son époux Charles VI, trahit la France... fit couronner Henri V à Vincennes.

1. « Je le ferais subir (ce supplice) k mon ûls, s'il était hérétique. >

Henri V

Grand roi, vaillant guerrier, d'un père usurpateur Dès son adolescence illustre imitateur.

N'étant que prince encore, aux périls, au carnage De nocturnes bandits formèrent son courage. Voilà quels chevaliers, l'eCTroi des grands chemins. Confièrent l'épée à ses royales mains.

A leur tète longtemps il fit payer sa gloire Au passant chargé d'or qui durant l'ombre noire De Windsor à la hâte osait tenter les bois. Roi, maintenant, il vient par les mêmes exploits Signaler contre nous son noble apprentissage Du métier de brigand si cher à son jeune âge. Les Anglais à ses goûts toujours accoutumés, Gens de sang, de débauche et de proie affamés, Aimaient à voir chez nous le maître de leur troue. Le pistolet en main, demander la couronne; Et chérissaient un prince incapable d'effroi. D'un antre de voleurs sorti pour être roi.

"Vincennes ! bois auguste où le grand saint Louis Nous rendait la justice au pied d'un chêne assis. Pensais-tu que jamais de ce roi plein de gloire, La moitié de la France outrageant la mémoire, Sous tes antiques murs qui furent son palais. Vînt couronner un front qui n'était point français? Saint-Denis! lieu sacré! tes voûtes sépulcrales Tressaillirent. L'on vit fuir les ombres royales. Tremblantes qu'à leur cendre un étranger nouveau Mêlant sa cendre impie usurpât leur tombeau. Guillaume, heureux vassal des rois de cette terre,

^Vi POÈMES

Fier et brave Normand maître de l'Angleterre,

Tu ne prévoyais point qu'un jour un de ses rois

Dicterait aux Français de sacrilèges lois.

0 crime! ô noir complot! la fille de Bavière

Sur le troue français aux Français étrangère,

Du sein de ses plaisirs qu'elle nous fit payer,

Nomme l'usurpateur son fils, son héritier!

D'un malheureux époux la fatale démence

Mit dans ses viles mains le timon de la France ;

Elle vend ses sujets, elle proscrit son fils,

Elle donne sa fille aux brigands ennemis;

Mère, épouse, régente, et reine parricide,

Tout l'État est la dot de cet hymen perfide.

C'est alors, eu elTet, que vaincus, enchaînés.

Captifs de l'insulaire, à sa suite traînés.

Les anges de la France, arrachés à nos villes.

Passèrent l'océan, et de leurs pieds débiles

Touchant le sol anglais, dans leurs pâles douleurs

Tournèrent vers nos bords leurs yeux noyés de pleurs.

La Tamise asservit à ses lois insolentes

De nos fleuves français les nymplies gémissantes ;

Londre, apportant des fers, vint de notre'Paris

Fouler d'un pied sanglant les augustes débris ;

Et le lis transplanté sous un ciel tyrannique

Eut regret d'embellir l'écussou britannique.

Ensuite la délivrance des Français, etc..

Et je méprise un roi quand un roi s'avilit.

L'histoire de Kentucke à l'ouest de la Virginie, publiée tout à l'heure par Jean Filson, et où se trouvent les aven-

tures du colonel Boon, est très-intéressante. C'est le plus beau pays de TAmérique, arrosé de superbes et nombreuses rivières. Il faudra le peindre en désignant les lieux par leurs productions, comme je peindrai toute la géographie du globe. C'est ainsi que fait Homère. On trouve dans cette histoire de Kentucke un fait curieux : c'est une colonie de Gallois qui s'est trouvée dans FAmérique septentrionale. On présume que ce sont des Gallois que l'histoire rapporte avoir quitté leur pays au xii^ siècle. Il faudra examiner tout cela...

Parler prophétiquement des treize Etats unis... Quelles sont ces treize femmes... vêtues de telle manière... avec un tel visage... dansantes et se tenant par la main...

Parlerai-je de la Suède, d'Hilsingland*, etc.. je dirai là où sont les Runes 2. De la Chine? je dirai oii est la fameuse muraille. Je désignerai tel autre pays en ajoutant oii tel fleuve se promène, a de tels arbres ou bien arrose telles et telles moissons... Il faudra donc que je surmonte ma paresse à écrire et que je ne fatigue plus ma mémoire, et que je marque sur le papier les peuples, les productions, le sol, le climat, la religion, la culture, les animaux et toute l'histoire naturelle; les mœurs, les usages, l'histoire, la topographie de tous les pays du globe.

Un cacique se tue sur un lit près duquel est le portrait de Philippe II. En se poignardant, il prend une poignée de son sang et la jetant contre ce portrait :

« Tiens, remplis-toi, barbare, voilà du sang... » Il meurt.

Le chancelier de L'Hôpital empêcha, malgré les Guise, la cour et l'Espagne, que le tribunal de l'inquisition fut introduit en France, et c'est pour cela qu'il acquiesça à l'édit de Romorantin, plus sévère pour les protestants qu'il n'eût voulu.

1. Ou Helsingland, ancienne province de la Suéde, d'où parliroat les colons qui civilisèrent la Finlande.

Caractères de l'écriture des anciens Scandinaves

Il était créature du cardinal de Lorraine et de fîatherine et même de la duchesse de Montpensier ; car, prudent comme il l'était, il parait que les Guise en l'élevant espéraient avoir un instrument de leur ambition, et que les ennemis des Guise espéraient de même se servir de lui pour les perdre.

H était petit-fils d'im juif.

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