‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 54 sur 173 · L'auteur de V Araucaria · texte numérisé non relu

L'auteur de V Araucaria

4. «^yjaioç dans Homère, Odijss liv. I, v. 325, 327, liv. XVII, V. 263, et liv. XXU, v. 331

dant qu'ils sont à table, ils le prient de chaater. Il chante les nouveaux astres qui cnt conduit les Européens et montré un nouveau monde. Pléiades, hyades. Il invoque les muses qui habitent tels et tels lieux... de l'Amérique. « Oui, s'écrie-t-il, venez... » Il faudrait là quelque chose de dévot.

Active, indépendante, à ses forces livrée, La nature sublime, en ces augustes lieux, Ne connaît point de l'art les fers injurieux ; Et l'àme qui s'embrase à cet ardent modèle Devient indépendante et sublime comme elle.

Puis il dit... il dit... quand j'aurai son poème, je verrai s'il y a quelque chose à traduire...

Le poète Alphonse, à la fin d'un repas nocturne en plein air, prié de chanter, chantera un morceau astronomique. Quelles étoiles conduisirent Christophe Colomb.

0 nuit... ô ciel... ô mer...

0 enthousiasme, enfant de la nuit.

Muse, muse nocturne, apporte-moi ma hre! Viens sur ton char noir... vêtue...

Que pour bandeau royal sur ton front lumineux Des étoiles sans nombre étincellent les feux.

Accours, reine du ciel, éternelle Uranie, Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion Marchent, ou sur les feux du superbe Orion,

Soit qu'en un vol léger emportée

Tu parcoures au loin cette voie argentée ; Soleils amoncelés dans le céleste azur

Où le peuple a cru voir des traces d'un lait pur.

Lune, paisible sœur •

De ses rayons brûlants pâle dépositaire

Écoute quand je vais chanter, etc

Salut, ô belle nuit, étiucelante et sombre. Consacrée au repos. 0 silence de l'ombre, Qui n entends que la voix de mes vers et les cris De la rive aréneuse où se brise Téihys. Muse, muse nocturne, apporte-moi ma ivre. Comme un fier météore, en ton brûlant délire, Lance-toi dans l'espace; et pour franchir les airs, Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs. Les bonds de la comète aux longs cheveux de ilamme. Mes vers impatients, élancés de mon âme, Veulent parler aux dieux, et volent où reluit \ L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit. J Accours, grande nature, ô mère du génie; Accours, reine du monde, éternelle Uranie, Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion Ou sur les triples feux du superbe Orion Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée. Tu suives les détours de la voie argentée,

1. C'est le morceau dont on vient de lire l'esquisse. Les mots grecs sigaiDent, selon M. Becq de Fouquières : . A mettre dans la partie de \'aermès, qui traite de l'astronamie ou plus généralement de la cosmologie, chant troisième ou quatrième. . On aurait là précisément une indication de ce quatrième chant de l'/yez-ww auquel André Chénier avait peut-être songé, et qui serait devenu le poème de \' Amérique.

Soleils amoncelés daas le céleste azur, Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur, Descends; non, porte-moi sur ta roule brûlante. Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente. Déjà ce corps pesant se détache de moi. Adieu, lambeau de chair, je ne suis plus à toi. Terre, fuis sous mes pas. L'éther oij le ciel nage M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage. Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur Entre le jour et moi l'impénétrable mur. Plus de nuit, et mon œil et se perd et se mêle Dans les torrents profonds de lumière éternelle. Me voici sur les feux que le langage humain Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin. Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase. Ici l'Aigle et le Cygne, et la Lyre et Pégase. Et voici que plus loin le Serpent tortueux Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux. Féconde immensité, les esprits magnanimes Aiment à se plonger dans tes vivants abimes, Abîmes de clartés, où, libre de ses fers. L'homme siège au conseil qui créa l'univers; Où, l'âme remontant à sa grande origine. Sent qu'elle est une part de l'essence divme.

Lucain dans le panégyrique de Pison * et Paterculus racontent que la colonie de Chalcis en Eubée venant fonder Gumes en Italie, sous la conduite d'Hippocle et de Mégasthène, fut conduite par une colombe.

Piiilostrate dit que les Muses, sous la forme d'abeilles, conduisirent en lonie une colonie d'Athéniens.

Le Paneijijriquc Uc l'Loii n'est pas de Lucaia

Dans rhymne à Délos, Gallimaque représente Mars et Iris sur des sommets de montagne faisant trembler la terre et défendant de recevoir Latone. Ces images sont grandes et homériques. Tout ce qui se passera en Amérique et que je raconterai moi-même sera rempli de tableaux bomeiiques, de ce ton-là. Les guerres et combats passes en Asie ou ailleurs seront racontés par des personnages et n'auront point de ces sortes de figures.

Il faut qu^ j'invente entièrement une sorte de mythologie probable et poétique avec laquelle je puisse remplacer les tableaux gracieux des anciens, ces Néréides accompagnant le na'dre d'une femme, etc..

Il y a des choses pleines de génie et dignes de l'antiquité dans le poème de Sannazar sur l'enfantement de la Vierge. n revêt le Tout-Puissant d'une robe que la nature lui a tissue, oii elle a représenté les mondes, soleils, etc.. 11 peint le fleuve Jourdain appuyé sur une urne oii sont ciselés divers événements analogues au sujet... Il faut donner au Marannon' une iirne pareille.

0 nymphes de Mondego... et toi, belle ombre de la belle Inès, qui erres toujours dans les feuilles de ce bocage mélîincolique aux bords de cette fontaine... venez m'inspirer...

0 postérité! souverain juge!... Tu ne crois point ce que tu lis. Ta accuses les auteurs d'avoir calomnié leurs contemporains. Tu lis avec effroi que des hommes blancs vont acheter des hommes noirs et les plongent vivants dans les mines d'Amérique. — C'est vrai. — Tu lis qu'ils dépendent du plus vain caprice d'un maître imbécile, féroce et doué d'une âme de vil esclave. — C'est vrai. — Que pour la plus légère faute ils sont déchirés de coups de fouet... que... que les femmes se distinguent par leur cruauté à commander et à regarder ces horribles spectacles... — C'est vrai; rien n'est plus vrai; c'est la vérité même... — 0 barbares Européens, vous faites tant d'institutions inu-

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