‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 145 sur 232 · Voy. la note 1 de la page · texte numérisé non relu

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Et, lorsque loin de toi j'endure le tourment D'une insomnie amère, aux bras d'un autre amant Pour toi, de cette nuit qui s'échappe trop vite, Une douce insomnie embellissait la fuite!

Dieu d'oubli, viens fermer mes yeux; ô dieu de paix, Sommeil, viens, fallût-il les fermer pour jamais. Un autre dans ses bras ! ô douloureux outrage ! Un autre ! ô honte ! ô mort ! ô désespoir ! ô rage ! Malheureux insensé ! pourquoi, pourquoi les dieux A juger la beauté formèrent-ils mes yeux ? Pourquoi cette âme faible et si molle aux blessures De ces regards féconds en douces impostures ? Une amante moins belle aime mieux, et du moins. Humble et timide, à plaire elle est ])leine de soins ; Elle est tendre ; elle a peur de pleurer votre absence. Fidèle, peu d'amants attaquent sa constance ; Et son égale humeur, sa facile gaîté.

L'habitude, à son front tiennent lieu de beauté. Mais celle qui partout fait conquête nouvelle, Celle qu'on ne voit point sans dire : œ 0 qu'elle est belle ! » Insulte, en son triomphe, aux soupirs de l'amour. Souveraine au milieu d'une tremblante cour. Dans son léger caprice inégale et soudaine. Tendre et douceaujourd'hui, demain froideet hautaine. Si quelqu'un se dérobe à ses enchantements. Qu'est-ce enfin qu'un de rnoi us dans ce peu[ile d'amants? On brigue ses regards, elle s'aime et s'admire. Et ne connaît d'amour que celui qu'elle inspire. Et puis pour qui l'adore, inquiétudes, pleurs. Soupçons et jalousie et nocturnes terreurs,

Ouaud il tremble, de loin, qu'un séducteur habile

Vienne et la sollicite et la trouve docile.

Mais que pouvais-je, hélas! Et dois-je rue blâmer?

0 D'...z..., je t'ai vue, il fallait bien t'aimer.

Il fallait bien, D'...z.... que ma muse enflammée

Chantât pour caresser ma belle bien-aimée ;

Elle pleure à tes pieds, les yeux pleins de langueur :

Puisse-t-elle à mes feux intéresser ton cœur !

Au retour d'un festin, seule, ô dieux! sur ta couche Si cet heureux papier s'approchait de ta bouclie ! Enfermé dans la soie, ô si ta belle main Daignait le retrouver, le presser sur ton sein ! Je le saurai; l'amour volera me le dire. Dans l'âme d'un poète un dieu même res|)ire. Et ton cœur ne poun-a me faire un si grand bien Sans qu'un transport subit avertisse le mien. Fais-le nailre, ô D'...z..., alors toutes mes peines S'adoucissent. Alors dans mes paisibles veines, Mon sang coule en flots purs et de lait et de miel, Et mon âme se croit habitante du ciel.

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