LVIII
Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible? Que servit à Junou cet Argus si terrible, Ce front, de jalousie armé de toutes parts, Où veillaient à la fois cent farouches regards? Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force, Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce Ne pourraient au dragon ravi.' l'or de ses bois. Et du triple Cerbère assoupir les abois ; Ou t'aime, garde-toi d'abandonner la place. Il faut oser. L'amour favorise l'audace. Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins, Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes; Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes ; Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger ; Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger. Et tandis que par toi leur prudence égarée Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée, Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper. Tel, car ainsi que loi c'est l'amour qui le guide,
l. ÉJition G. de Chénier.
Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide, Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sur, Parmi les flots salés garde un flot doux et pur, Invisible, d'Enna va chercher le rivage; Et l'araère Téthys ignore son passage ^