‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 38 sur 232 · Voy. llomùre, chaut II, rers 594-COO · texte numérisé non relu

Voy. llomùre, chaut II, rers 594-COO

Et du pain à son chien entre ses pieds gisant, Tout hors d'haleine encore, humide et languissant, Qui, malgré les rameurs, se lançant à la nage, L'avait loin du vaisseau rejoint sur le rivage.

(t Le sort, dit le vieillard, n'est pas toujours de fer. Je vous salue, enfants venus de Jupiter; Heureux sont les parenls qui tels vous firent naître! Mais venez, que mes mains cherchent à vous connaître; Je crois avoir des yeux. Vous êtes beaux tous trois. Vos visages sont doux, car douce est votre voix. Qu'aimable est la vertu que la grâce environne! Croissez, comme j'ai vu ce palmier de Latone, Alors qu'ayant des yeux je traversai les tlols; Car jadis, abordant à la sainte Délos, Je vis près d'Apollon, à son autel de pierre, Un palmier, don du ciel, merveille de la terre. Vous croîtrez, comme lui, grands, féconds, révérés. Puisque les malheureux sont par vous honorés. Le plus âgé de vous aura vu treize années ; A peine, mes enfants, vos mères étaient nées. Que j'étais presque vieux. Assieds-toi près de moi, Toi, le plus grand de tous; je me confie à toi. Prends soin du vieil aveugle. — 0 sage magnanime! Comment, et d'où vieus-tu? car l'onde maritime Mugit de toutes parts sur nos bords orageux.

— Des marchands de Cymé m'avaient pris avec eux.

J'allais voir, m'éloignant des rives de Carie,

Si la Grèce pour moi n'aurait point de patrie.

Et des dieux moins jaloux, et de moins tristes jours;

Car jusques à la mort nous espérons toujours.

Mais pauvre et n'ayant rien pour paj^er mon passage. Ils m'ont, je ne sais où, jeté sur le rivage.

— Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chanté? Quelques sons de ta voix auraient tout acheté.

— Enfants! du rossignol la voix pure et légère N'a jamais apaisé le vautour sanguinaire ;

Et les riches, grossiers, avares, insolents. N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents. Guidé par ce bâton, sur l'arène glissante, Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante, J'allais, et j'écoutais le bêlement lointain De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain. Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles Ont encor résonné sous mes vieux doigts débiles. Je voulais des grands dieux implorer la bon lé. Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalité.

Lorsque d'énormes chiens à la voix formidable Sont venus m'assaillir; et j'étais misérable, Si vous (car c'était vous), avant qu'ils m'eussent ]»ris. N'eussiez armé pour moi les pierres et les cris.

— Mon père, il est donc vrai : tout est devenu pire? Car jadis, aux accents d'une éloquente lyre.

Les tigres et les loups, vaincus, humiliés.

D'un chanteur comme toi vinrent baiser les pieds.

— Les barbares! J'étais assis près de la poupe. Aveugle vagabond, dit l'insolente troupe. Chante : si ton esprit n'est point comme tes yeux, Amuse notre ennui; tu rendras grâce aux dieux...

J'ai fait taire mon cœur qui voulait les couioudre; Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre. Ils n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main J'ai retenu le dieu courroucé dans mon sein. Cynié, puisque tes fils dédiiignent Mnémosyne, Puisqu'ils ont fait outrage à la muse divine, Que leur vie et leur mort s'éteignent dans roiibli ; Que ton nom dans la nuit demeure enseveli !

— Viens, suis-nous à la ville; elle est toute voisine, Et chérit les amis de la muse divine.

Un siège aux clous d'argent te place à nos festins; Et là les mets choisis, le miel et les bons vins, Sous la colonne où pend une lyre d'ivoire, Te feront de tes maux oublier la mémoire. Et si, dans le chemin, rhapsode ingénieux, Tu veux nous accorder tes chants dignes des deux. Nous dirons qu'Apollon, pour charmer les oreilles, T'a lui-même dicté de si douces merveilles.

— Oui.jele veux; marchons. Mais où m'entraînez-vous? Enfants du vieil aveugle, en quel lieu sommes-nous?

— Syros est l'île heureuse où nous vivons, mon père.

— Salut, belle Syros, deux fois hospitalière ! Car sur ses bords heureux je suis déjà venu; Amis, je la connais. Vos pères m'ont connu :

Ils croissaient comme vous, mes yeux s'ouvraient encore Au soleil, au printemps, aux roses de l'aurore; J'étais jeune et vaillant. Aux danses des guerriers, A la course, aux combats, j'ai paru des premiers.

J'ai vu CoriiUhc, Aigos, et Crète et les cent villes, Et du fleuve Égyptus les riVages fertiles; Mais la terre et la mer, et l'âge et les malheurs, Out épuisé ce corps fatigué de douleurs. La voix me reste. Ainsi la cigale innocente, Sur un arbuste assise, et se console et chante. Commençons par les dieux : Souverain Jupiter; Soleil qui vois, entends, connais tout; et toi, mer; Fleuves, terre, et noirs dieux de vengeances trop lentes. Salut! Venez à moi de l'Olympe habitantes, Muses! vous savez tout, vous déesses; et nous, Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous. »

II poursuit; et déjà les antiques ombrages Mollement en cadence inclinaient leurs feuillages; Et pâtres oubliant leur troupeau délaissé. Et voyageurs quittant leur chemin commencé, Couraient. Il les entend, près de son jeune guide, L'un sur l'autre pressés, tendre une oreille avide; Et nymphes et sylvains sortaient pour l'admirer, Et l'écoutaient en foule, et n'osaient respirer; Car en de longs détours de chansons vagabondes Il enchaînait de tout les semences fécondes, Les principes du feu, les eaux, la terre et l'air, Les fleuves descendus du sein de Jupiter, Les oracles, les arts, les cités fraternelles. Et depuis le chaos les amours immortelles; D'abord le roi divin, et l'Olympe, et les cieux. Et le monde ébranlés d'un signe de ses yeux, Et les dieux partagés en une immense guerre. Et le sang plus qu'humain venant rougir la tcire.

Et les rois assemblés, et sous les pieds guerriers Une nuit de poussière, et les chars meurtriers, Et les héros armés, brillant dans les campagnes Comme un vaste incendie aux cimes des montagnes, Les coursiers hérissant leur crinière à longs flots, Et d'une voix humaine excitant les héros; De là, portant ses pas dans les paisibles villes. Les lois, les orateurs, les récoltes fertiles ; Mais bientôt de soldats les remparts entourés, Les victimes tombant dans les parvis sacrés, Et les assauts mortels aux épouses plaintives, Et les mères en deuil, et les filles captives; Puis aussi les moissons joyeuses, les troupeaux Bêlants ou mugissants, les rustiques pipeaux. Les chansons, les festins, les vendanges bruyantes Et la flûte et la lyre, et les notes dansantes. Puis, déchaînant les vents à soulever les mers, Il perdait les nochers dans les gouffres amers. De là, dans le sein frais d'une roche azurée. En foule il appelait les filles de Nérée, Qui bientôt, à ses cris s'élevant sur les eaux. Aux rivages troyens parcouraient les vaisseaux; Puis il ouvrait du Styx la rive criminelle, Et puis les demi-dieux et les champs d'asphodèle, Et la foule des morts; vieillards seuls et souffranls. Jeunes gens emportés aux yeux de leurs parents. Enfants dont au berceau la vie est terminée, Vierges dont le trépas suspendit l'hyménée. Mais, ô bois, ô ruisseaux, ô monts, ô durs cailloux, Quels doux frémissements vous agitèrent tous, Quand bientôt à Lemnos, sur i'euclume divine,

Il forgeait cette traïue irrésistible et fine Autant que d'Arachiié les pièges inconnus, Et dans ce fer mobile emprisonnait Vénus! Et quand il revêtit d'une pierre soudaine La fière Niobé, cette mère thébaine ; Et quand il répétait en accents de douleurs De la triste Aédon l'imprudence et les pleurs, Qui, d'un fils méconnu marâtre involontaire. Vola, doux rossignol, sous le bois solitaire; Ensuite, avec le vin, il versait aux héros Le puissant népenthès, oubli de tous les maux ; Il cueillait le moly, fleur qui rend l'homme sage; Du paisible lotos il mêlait le breuvage: Les mortels oubliaient, par ce philtre charmés, El la douce patrie et les parents aimés. Enfin, rOssa, l'Olympe et les bois du Pénée Voyaient ensanglanter les banquets d'hyménce, Quand Thésée, au milieu de la joie et du vin, La nuit où son atiii reçut à son festin Le peuple monstrueux des enfants de la nue, Fut contraint d'arracher l'épouse demi-nue Au bras ivre et nerveux du sauvage Eurytus. Soudain, le glaive en main, l'ardent Pirithoùs : oc Attends; il faut ici que mon afl'ront s'expie, Traître! » Mais, avant lui, sur le centaure impie Dryas a fait tomber, avec tous ses rameaux, Un long arbre de fer hérissé de flambeaux. L'insolent quadrupède en vain s'écrie; il tombe, El son pied bat le sol qui doit être sa tombe. Sous l'cfTort de Nessus, la table du repas Roule, écrase Cymèle, Évagre, Périphas.

Pirithoûs égorge Anlimaque, et Pétrée,

Et Cyllare aux pieds blancs, et le noir Macarée,

Qui de trois fiers lions, dépouillés par sa main,

Couvrait ses quatre flancs, armait son double sein.

Courbé, levant un roc choisi pour leur vengeance.

Tout à coup, sous l'airain d'un vase antique, immense,

L'imprudent Bianor, par Hercule surpris.

Sent de sa tète énorme éclater les débris.

Hercule et sa massue entassent en trophée

Clanis, Démoléon, Lycothas, et Riphée

Qui portait sur ses crins, de taches colorés,

L'héréditaire éclat des nuages dorés.

Mais d'un double combat Eurynome est avide.

Car ses pieds, agités en un cercle rapide.

Battent à coups pressés l'armure de Nestor;

Le quadrupède Hélops fuit; l'agile Crantor,

Le bras levé, l'atteint; Eurynome l'arrête.

D'un érable noueux il va fendre sa tète;

Lorsque le fils d'Egée, invincible, sanglant.

L'aperçoit, à l'autel prend un chêne brûlant,

Sur sa croupe indomptée, avec un cri terrible,

S'élance, va saisir sa chevelure horrible.

L'entraîne, et quand sa bouche, ouverte avec efl'ort.

Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort.

L'autel est dépouillé. Tous vont s'armer de flamme,

Et le bois porte au loin des hurlements de femme,

L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris.

Et les vases brisés, et l'injure, et les cris.

Ainsi le grand vieillard, en images hardies, Déployait le tissu des saintes mélodies.

Les trois enfants, émus à son auguste aspect, Admiraient, d'un regard de joie et de respect, De sa bouche abonder les paroles divines. Comme en hiver la neige aux sommets des collines. Et, partout accourus, dansant sur son chemin, ,

Hommes, femmes, enfants, les rameaux à la main. Et vierges et guerriers, jeunes fleurs de la ville. Chantaient: «Viens dans nos murs, viens habiter notre ile ; Viens, prophète éloquent, aveugle harmonieux. Convive du nectar, disciple aimé des dieux; Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospère Le jour où nous avons reçu le grand Homère. »

VARIANTE PROBABLE DE l' AVEUGLE *

Ulysse, rentré dans son palais après avoir tendu l'arc et fait passer une flèche au travers des douze piliers de fer troués, qui ont été alignés dans la cour, supporte d'abord les insultes de chacun des prétendants à la main de son épouse, puis se fait connaître.

Se tait, baisse les yeux, et sous un front paisible, Lui garde dans son cœur sa réponse terrible.

Sourit; mais d'un sourire amer et meurtrier.

1 . Édilion Gabriel de Cliénier. Ces vers sont la traduction des quarante-un preiniers vers du xxii* chant ilo l'Odi/xsée. M. Becij de Fou- (luicres suppost! (ju'ils ont clé faits pour occuper d'abord la place où l'on trouve le fraguicnl : £iifin l'Ossa, l'Oli/m/ic, de

Il se dépouille alors, prêt à parler eu maître,

De ces lambeaux trompeurs qui l'ont fait méconaaîtrc ;

S'élance sur le seuil, l'arc en main; à ses pieds

Verse au carquois fatal tous les traits confiés ;

Et là : a Nous achevons un jeu lent et pénible,

Princes, tentons un but plus neuf, plus accessible,

Et si les dieux encor me gardent leur faveur... »

Et la flèche aussitôt, docile à l'arc vengeur,

Va sur Antinous se fixer d'elle-même.

Le fier Antinous, dans cet instant suprême,

Tenait en main sa coupe, ouvrage précieux,

Où pétillait dans l'or un vin délicieux.

La crainte, le trépas sont loin de sa pensée.

Et qu'un seul homme, aux yeux d'une troupe empressée,

Plus que vingt bras armés quand son bras serait fort.

Pût oser l'attaquer et lui porter la mort.

Sur ses lèvres déjà la coupe reposée

Du nectar écumant lui versait la rosée,

Quand le fer, qu'à grand bruit fait voler l'arc nerveux,

Vient lui percer la gorge et sort dans ses cheveux.

Sa tète se renverse et l'entraîne et succombe.

La coupe de sa main fuit. Il expire. Il tombe.

Sa bouche, tous ses traits en longs et noirs torrents

Jaillissent. Sous ses pieds agités et mourants,

Table, vases, banquet, tout tombe, tout s'écroule

Tout est souillé de sang. De leurs sièges en foule

Ils s'élancent soudain. Confus, tumultueux,

Ils errent. Leurs regards sur les murs somptueux

Cherchent, fouillent partout; et rien à leur vengeance

Ne présente une épée ou le fer d'une lance.

Ils entourent Ulysse, et d*un œil de courroux ;

Malheureux étranger, si peu sûr de tes coups, Tremble, tu paieras cher ton erreur homicide; Ta main ne sera plus imprudente et perfide ; Du premier de nos Grecs elle tranche les jours; Mais, malheureux, ton corps va nourrir les vautours. > Insensés ! d'une erreur ils le croyaient coupable ; Ils ne présumaient pas que ce coup formidable, Pour eux d'un même sort était l'avant-coureur. Ulysse, sur eux tous roulant avec fureur Un regard enflammé d'une sanglante joie : a Vous ne m'attendiez plus des campagnes de Troie, Lâches, qui, loin de moi, dévorant ma maison. De tous mes serviteurs payant la trahison, Osiez porter vos vœux au lit de mon épouse, Sans redouter des dieux la vengeance jalouse, Ou qu'aucun bras mortel osât me secourir? Tremblez, lâches, tremblez : vous allez tous mourir. »

El portent à mon lit une envie adultère.

nv J.A LIBERTÉ 7

UN CUEVUILU, UN BEKGEU

LE CHKVniER.

Berger, ([uel es-tu donc? ([ui t'agite? et quels dieux De noirs cheveux cpars eiivcloj)pciit les yeux?

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