‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 56 sur 232 · LA JEUNE LOCRIENNE · texte numérisé non relu

LA JEUNE LOCRIENNE

a Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour; a Lève-toi, pars, adieu; qu'il n'entre, et que ta vue a Ne cause un grand malheur, et je serais perdue! a Tiens, regarde, adieu, pars : ne vois-tu pas le jour?» Nous aimions sa naïve et riante folie, Quand soudain, se levant, un sage d'Italie, Maigre, pâle, pensif, qui n'avait point parlé. Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé Du muet de Samos qu'admire Métaponte, Dit : <£ Locriens perdus, n'avez-vous pas de honte? Des moeurs saintes jadis furent votre trésor. Vos vierges, aujourd'hui riches de pourpre et d'or, Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères. Hélas! qu'avez-vous fait des maximes austères De ce berger sacré que Minerve autrefois Daignait former en songe h vous donner des lois? » Disant ces mots, il sort... Elle était interdite. Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite;

1. Notice de Saiiite-Dcuve, 1839. Le titre n'est pas de la main de l'auleur.

BUCOLIOUES 87

Nous l'avons consolée, et ses ris ingénus, Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus. Un jeune Thuriea, aussi beau qu'elle est belle (Son nom m'est inconnu), sortit presque avec elle : Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier Le grave Pythagore et son grave écolier.

Il faut en finir une ' ainsi :

Voilà ce que chantait aux naïades procliainos Ma muse jeune et fraîche, amante des fontaines, Assise au fond d'un antre aux nymphes consacré, D'acanthe et d'aubépine et de lierre entouré. L'Amour, qui l'écoutait caché dans le feuillage, Sortit, la salua sirène du bocage.

Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés D'hyacinthe et de myrte en couronne tressés : œ Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille a Autant que le cytise à la mielleuse abeille. »

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