‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 69 sur 232 · Revue de Paris, t^i'J · texte numérisé non relu

Revue de Paris, t^i'J

ressent... « On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis, ta cousine?... — Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons ari'ondi en berceau ces buissons de roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous y troubler, car il est trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m'a faite avec du buis : elle l'appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles de rose dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi, j'en ai fait une pour elle... — Eh bien! chante-nous ta chanson, et nous te donnerons des raisins, des figues mielleuses... — Donnezles-moi d'abord, et puis je vais chanter... »

Il tend ses deux mains... on lui donne... et puis, d'une voix claire et douce il se met à chanter :

oc Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes; Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. Hier je me suis mis auprès de mou chevreau ; Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine Faire arriver sa tête au niveau de la mienne. D'une coque de noix j'ai fait un abri sûr Pour un beau scarabée étincelant d'azur; Il couche sur la laine, et je te le destine. Ce matin j'ai trouvé parmi l'algue marine Une vaste coquille aux brillantes couleurs; Nous l'emplii'ons de terre, il y viendra des fleurs. Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, Lancer sur notre étang des écotces d'yeuse. Le chien de la maison est si doux ! chaque soir Mollement sur son dos je veux te faire asseoir; Et, marchant devant toi jusques à notre asile Je guiderai les pas de ce coursier docile. »

Il s'en va bien baisé, biea caressé... Les jeunes

beautés le suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de myrte et de roses un temple de verdure autour d'un petit autel, pour leur statue de Vénus. Elles rient. Ils lèvent la tête, les voient et leur disent de s'en aller. On les embrasse... et, en s'en allant, la jeune Myro dit : « 0 heureux âge!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin que j'avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en

une heure... C'est là que je vivais avec ; il m'appelait

déjà sa femme, et je l'appelais mon époux,, . Nous n'étions pas plus hauts que telle plante.,. Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s'élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Anyté... Mon bien-aimé m'avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J'étais en pleurs... La belle Anyté passa, sa lyre à la main : « Qu'as-tu? me demanda-t-elle. — Ma cigale et ma sauterelle sont mortes.., — Ahl me dit-elle, nous devons tous mourir... » (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre :

a 0 sauterelle, Ji toi, rossignol des fougères, A toi, verte cigale, amante des bruyères, Myro de cette tombe éleva les honneurs. Et sa joue enfantine est humide de pleurs; Car l'avare Achéron, les Sœurs impitoyables Ont ravi de ses jeu.x ces compagnes aimables <. »

(. ICpiirramm)) <)'Anyt<S dans l'AntliulOjjio, vit, 190.

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