EPITHALAME
AUX NOSSES DE TRESMAGNANIME PRINCE EM.
PHILIBERT DE SAVOIE ET DE TRESVERTUEUSE PRINCESSE MARGUERITE DE FRANCE, DU- CHESSE DE BERRI, SUR LES TRIUMPHES QUI ÉTOIENT PRETS A FAIRE, SANS LA MORT DU ROI SURVENUE.
Le beau jour est venu, où l'heur du ciel abonde.
Que Marguerite, sear du plus grand roi du monde,
Sera jointe, d'un neud divinement étraint.
Par l'amour mutuel du mariage saint.
Au prince autant vaillant entre ceux de l'Europe
Que Mars pourroit choisir au milieu de sa trope.
Ce jour fait solemncl soit à la France cher, Ains à tout l'univers, et puisse démarcher Entre tous le plus beau et le plus favorable.
Ijô EPITHALAME AUX NOSSES.
Et par les siècles longs à jamais mémorable! Qu'il face tout son heur à tous peuples savoir; Et, puisque maintenant le bon Dieu nous fait voir, Ce grand Emanuel, dont la seule présence, Etonnant notre tems, maintenant à la France Par ses hautes vertus donne plus d'ornement Et de publique joie, et de contentement. Que ne fait sur le dos des fertiles valées, Après le trouble grand des tempesîes coulées, Le désiré soleil, qui d'un lustre nouveau Va le monde dorant, et plus gai, et plus beau : Car c'est lui dont le Ciel nous avoit fait promesse, L'aiant seul destiné d'avoir cette princesse.
Quand il n'auroit en soi tant d'illustres honneurs. Etant sorti du sang des puissans empereurs Et vieux princes Saxons (^descendance certene Du grand Tirynthien, fils de la belle Alcmene'), Son cucur haut et vaillant, et la seule vertu Dont son divin esprit largement est vêtu. Et mesme ce beau front, de soi tout vénérable. Entre princes et rois le rendrait admirable.
Il n'a tant seulement en guerre acquis le los D'accoutrer bien ses bras et son robuste dos D'un dur horrible fer (se montrant à outrance Par tant d'âpres combats redoubtable à la lance),
Mais, îousjours d'un bon œil aux affaires veillant. Il se montre prudent tout ainsi que vaillant, Et partout le voit-on autant de gloire acquerre Durant le tens de paix qu'aux troubles de la guerre Rendant de ses vertus tout le monde amoureux. Nonce donques, ôjour, ô jour sur tous heureux, Qu'ores la France voit sa chère Marguerite Recevoir les honneurs de son divin mérite.
Vraiment à juste droit elle ne pourrait voir Un prince plus orné de prouesse et savoir, Et vinssent des Césars : aussi n'a veu nul âge Princesse qui reluise en bonté d'avantage, Ni ne verra jamais, bien que le ciel tournant. Par ses belles vertus, nous aille ramenant L'antique siècle d'or : car telle il l'a pourtraite Sur la vive bonté, qui toute l'a parfaite.
Les Déesses et Dieux, pour la rendre tesmcing De leur pouvoir treshault, i mirent tout leur soing : Jupiter lui donna celte façon roiale, Junon mit sur son chef la couronne ducale, D'écarboucles ardans Vulcan l'alla couvrant, Qiie Tethis rechercha aux rives du Levant; Python feit son parler, la riante Cyprine • L'orna de tous les dons de la beauté diviw Et adjouta encor' une grâce à ses y^ux,
358 EPITHALAME AUX NOSSES
Qui dérobbe les cuenrs aux hommes et aux Dieux.
Les neuf Muses, ses seurs, toutes à sa naissance. Laissant leur mont Olympe, accoururent en France L'allaiter au berceau, dansant à Venviron, Et, se faisant plus grande, en son vierge giron, Pallas ouvrit le livre, et par expérience Luifeit en peu de tens cognoistre la science; Puis lui meit en la main, d'un doux soing diligent, L'âpre dé ivoirin et l'éguille d'argent. Le fil d'or, et la gaze, et soie cramosie. Dont elle feroit honte aux nymphes de l'Asie, Trompant du tens oisif les appasts doucereux. Nonce donques, ojour, 0 jour sur tous heureux, Qjie ce Duc fortuné d'une si grand' Princesse R.encontre la vertu digne de sa prouesse.
Maintenant peut-on voir, par effet merveilleux. Que ceci ne se fait sans le vouloir des Dieux; Mars, qui par ci-devant, d'une rage indontée, L'Europe a si long tens sans repos tormentée, Faisant plus, et plus fort, horriblement armer Les princes irrités, et par terre et par mer, Ores foible se tait, or' a honteuse face, Sans pris et sans honneur gist vaincu sur la place; Et cela qu'en vingt ans, en leur plus grand pouvoir. Les peuples et les rois jamais n'ont peu avoir,
Deux vierges, par douceur^ or'' nous en font largesse En un si peu de tens ! 0 Dieux éternels, qu'est-ce ! Quel miracle, bons Dieux, nous allés-vous montrant! Cest accord tant heureux, ce mariage grand. N'apporte seulement une joie nouvelle.
Mais à tout l'univers la paix perpétuelle.
Si donq jamais tu eus souci de notre bien, 0 Hymenée, Dieu qui au roc Thespien Après ta mère ensuis l'Aonienne bande, A ce coup, à ce coup, il faut que l'on descende ! Ce n'est pas maintenant que te doivent tenir Les antres d'Helicon, c'est or' qu'il faut venir En ton habit pourpré, car ta mère Uranie Mesme n'i faudra pas, avec sa compagnie. Pren ta torche en ton poing, mais mets premièrement Tes souliers écoltés, aiant gaillardement De beaux riants bouquets les molles jolies ceintes. Et f ai flamber ce soir tes belles torches peintes. Ne tarde plus, vien t'en, d'un gai gosier chantant Un hymne de la feste, et ballant, et sautant. Ores cà, ores là, en ta libre cadance ; Retrepignant des pieds, vien commencer la dance.
Ainsi sois-tu tous jours un Dieu gai et gaillard, Sans te montrer jamais ni lasche ni vieillard; Tousjours un cotton d'or sur ton menton se frizr,
140 EPITHALAME AUX NOSSES
Et la bonne Junon îousjours te favorize.
La Déesse des bleds te poursuive, et aussi
Le bon père Bacchus, qui chasse le souci.
Les longs ris et les jeux, et la douce liesse.
Le petit Cupidon et sa mère Déesse,
Soient tousjours à ta dextre, et tousjours te querant,
Et le monde amoureux, humblet, faille adorant.
0 Hymen, bon Hymen, que tu es admirable! Sans toi un triste amant languiroit misérable, Et de son long espoir ne gouteroit le fruit : Par toi seul il reçoit la désirée nuit; Ministre de tes dons, tu fallenies sa flamme, Et la fille en un soir tu fais devenir femme.
Mais quel Dieu oseroit à toi s'accomparerf' Le grand Jupiter mesme a voulu fhonnorer Et recevoir tes loix; toute l'humaine race Périrait sans avoir le secours de ta grâce, Et sans toi longuement rien ne pourrait durer. Mais quel Dieu oserait à toi s'accomparer?
0 Hymen, bon Hymen, sous tes divins affaires Que Nature a caché de merveilleux mystères! Sans ton piteux secours, et qui eut veu jamais Ce grand heur advenir? Craindrons-nous désormais, Armés de ta faveur, qu'aucun mal nous advienne? L'antique siècle veit la molle Cyprienne
Jointe par amour douce au grand Dieu des soudars; Mais or' tu nous fais voir Minerve avecque Mars. 0 siècle fortuné, o douce destinée, 0 bien heureux Hymen, 6 heureux Hymenée!
Quelle langue pourrait te loiianger à plain, Pour les biens qui si grands nous pleurent de ta main? Par ci-davant semblaient tous les hauts Dieux célestes Contre nous courroucés, et nous étaient molestes. Si non toi, père Hymen, qui tant en nous te plais, Car, essuiant nos yeux, as amené la paix, Faisant guerre à la guerre, en ses plus grands puissances, Et tes torches au choc ont surmonté ses lances.
Puis donq' que pour notre heur la victoire tu as, Maintenant vlen nous voir, et tu triompheras; Vien recevoir l'honneur de ton ample conqueste, Vien, et ne tarde plus, car la pompe s'appreste : Le peuple te criant commence à s'éveiller. Le peuple on voit par tout sans cesse fourmiller; Paris la grand' cité, dés l'aube retournée. De nouvelles beautés bravement s'est ornée : Chascun tout par tout bruit, chascun va redonnant Grand signe d'allégresse, et n'est cil maintenant Qui ne dance de joie et aux rues ne sorte : Par tout le plaisir naît, et la tristesse est marte. L'air est clair et serein, les zéphyr es flattans
142 EPITHALAME AUX NOSSES
Nous baisent en la jolie, et du riche prlntens
Les thesors emalllés largement se répandent
Des grands paniers comblés, quelesnymp fies nous mandent.
Le soleil gai, montant en son brave midi, Ses rais d'or va jettant d'un flambeau attiédi^ Et de luire plus beau de plus en plus s'essaie : Par un commun accord, tout l'univers s'égaie.
La belle nymphe Seine, issant du profond creux De son vieillard palais, ses distillans cheveux Et son beau front roial repousse hors des ondes, Et, appelant à soi ses files vagabondes, A la grande cité va ses longs pas hâtant. Marne, d'un cou panché, la suit, et va portant Sur l'épaule sa cruche, en céleste azur peinte. De trois grands arceaux verds bien proprement enceinte. Avec elle un troupeau de Naïades la suit; Mais elle par sus tout divinement reluit. A son grave marcher, et de beauté et grâce, Ainsi que de grandeur, toutes elle surpasse. Elle choisit enfin un doux Ht pour s'asseoir, Dans une isle fleurie, et là la peult-on veoir En ses grandes beautés, de son long étendue. Couvrant de joncs sa hanche, au reste toute nue. Les belles à l'envi on voit d'elle approcher, Aiant le peigne en main pour au soleil sécher
De ses moites cheveux la longueur qui s^épanche
Sur les muscles polis de sa charneure blanche.
Les autres, qui aux fleurs ja intentlves sont,
De beaux lis argentés lui couronnent le front.
Elle, montrant en soi r éternelle jeunesse.
Pour faire plus d'honneur au jour de sa Princesse,
Toute belle, se va sur sa cruche accoudant.
Sa cruche au ventre large, et d'un bouillon ondanî^
En couchant ce vaisseau, épanche une eau dorée,
Courante loing au sein de Tethis azurée.
Qui, d'un long filon d'or, tiré du trait de l'eau.
Volant ainsi broder son large bleu manteau,
En seroit étonnée, et toute sa séquelle,
S'elle ne savait ja ceste heureuse nouvelle.
Le monde spacieux n'est ample pour cacher Une si grande joie : elle s'en court chercher Mesme jusques au ciel le Tonnant sur sa chaize. Et les Dieux maintenant tous joieux de notre aise. Des pais bien lointains elle a fait déloger Maint peuple paresseux et maint prince étranger, Accourans pour nous voir : l'Espagnol se déplace, Puis en nous saluant bienvegné nous embrasse ; L'Alleman est ici, le Hongre et Thracien, L'Arabe parfumé, et le riche Indien, Et l'Anglais, maintenant non plus notre adversaire.
144 EPITHALAME AUX NOSSES
Saute la mer, et vient pour à nous se retraire. Tous peuples, tant soient-ils des Gaules écartés, Debordans à grands flots, viennent de tous côtés, Et se pressent ici en si grande abondance Que je croi que l'Europe est maintenant en France.
On ne voit que des gens qui s'en viennent et vont : Il semble tout par tout que le chemin se ront Sous une si grand' presse; à troupes ils s'épandent. Serrés en toutes pars, et les nosses attendent. Aux fenestres on voit infinis regardans, Mesmes aux murs foncés, on en voit se pendans Des couverts des maisons, jettans en bas leur veiie Dessus le trouble épés de la tourbe menue.
Chacun attend que soit le triomphe conduit Dans le grand temple ouvert. Mais n'oi-je pas le bruit Des trompes et clairons, qui d'un haut accord sonnent. Qui degoisent leurs voix, qui cornent et claironnent^ Le peuple émeu ne peult or' ferme se tenir. Chacun sappreste à voir. Ha! les voici venir! Une troupe avant fuit, et desja l'on regarde L'ordre en-hallebardé des archers de la garde.
A coups drus redoublés on oit battre et tonner Les tabourins de Suisse, et les fifres sonner : Ils viennent pas à pas, et, d'une ardante presse, On voit longue approcher la roiale noblesse.
Dieux! quelles bravetés! plus rien n'apparoit or' Que roiaux véteimns, pierreries et or.
L'air ard tout à Ventour, tant le triomphe est brave De ces princes marchans cVune majesté grave.
Je te salifie, roi , de Mars victorieux, Et vous, vaillans Hectors, heureux genre des dieux, Que la forte vertu dcsja au ciel assemble Pour la commune paix qui vous a joints ensemble : Je vous saliie tous ; mais toi premièrement, Divin Emanuel, qui es fatalement De notre heur par toi né la puissante coulonne : Reçoi les grands faveurs que la France te donne, Reçoi le doux accueil, et l'honneur mérité Qu'ores le roi te fait, et sa grande cité. Et, doucement époint d'une amour paternelle, Oi un peu, je te pri, ton pais qui t'appelle.
En ce triumphe grand maintenant peult-on voir Des princes plus puissans la fleur et le povoir. Entre lesquels Henri tel se fait apparaître Que, non cognu pour roi, il se feroit cognoitre. Le roi dauphin i est, son chef d'euvre parfait. Par qui l'heur de l'Ecosse en grandeur se refait, Et le duc d'Orléans, l'autre- espoir de la France, Et celui d'Angolesme, un miracle d'enfance.
Mais ne voi-je pas là le grand roi navarrois,
146 EPITHALAME AUX NOSSES
Clair honneur de Bourbon, et, aveccjiies ces rois. Le prince de Condé, qui retient en sa face De ses puissans aienx la vertu et Vaudace? Le duc de Montpensier, plus hardi qu'un lion, Le prince au bon conseil la Roche Surion, Se font voir en la troupe; aussi ce jeune Achille Tout brave, tout dispos, le duc de Longueville.
D'un maintien généreux on voit sage marcher Ce beau duc de Lorraine , où ne peult se cacher Ne sçai quoi de bien grand, qui croit avec son âge, Aiant un cueur chenu sous un jeune visage.
Qui ne laisse aller l'œil pour se mirer à voir Le vaillant de Nemours, faisant gaie mouvoir Tousjours avecques soi une robuste adresse, Qui dedans un tournoi fait bruire sa proiiesse?
Ce connestable grand on voit marcher aussi, Ce volcan de la paix, ce grand Mommorenci, A qui mille lauriers avec Polive appresîe La France, s'honorant d'une si sage teste.
Là le duc de Nevers, prince meur et vaillant. On voit, et Guise aussi, le rude bataillant, Le grand preneur de ville, et Aumale qui tire A la guerre après soi et -la fureur et l'ire, Comme par les forests un grand foudre éclattant. Ces heroes s'en vont au temple, se hâtant
D'un triomphe admirable, ensemble tout le reste Des hauts princes français , origine céleste, Et les forts chevaliers, à qui d'un col ardant Un arcange vaincueur en collier va pendant.
Mais, tout ainsi qu'on voit flamboier la lumière Parmi les autres feus de la flamme guerrière De tel astre de Mars, brillant tout rouge aux deux. Par sus la troupe luit, tout resemblant aux dieux, Ce brave Emanuel, dont la force puissante Va tirant après soi d'une tourbe suivante Un bel ordre choisi de princes amenés.
D'une parure tous bien richement ornés : Les uns, aiants laissé la sept fois roine Espagne, L'accompagnent ici; de la longue Allemagne Les autres sont venus; on cognoit les Flamens, Et les milours anglois, en riches veîemens.
Mais qui dire pourrait d'une pompe si grande Le triomphant honneur.^ En l'admirable bande. On ne voit marcher qu'or et ornemens nouveaux : De loin sont regardés les rouges cardinaux Et les sacrés prélats; une longue noblesse Des princes étrangiers en honneur se caresse. Toute la France, à coup, douce les recueillant, Tousjours de plus en plus se va émerveillant : Mesme Phœbus là haut, qui sa course retarde,
148 EPITHALAME AUX NOSSES
Voianî ces nouveaux dieux, étonné les regarde, Et ses coursiers oiants tant de chevaux hanir, En abaissant le col, çà bas veulent venir.
Ces princes triomphans, que ciel et terre aguettent, Au grand temple s'en vont; divers peuples se jettent Après eux en grand' foule : un monde merveilleux. De loing les regardant, est tiré par les yeux.
En longs hurts se poussant, la presse étrainte coule D'un côté, puis de l'autre, emportée en la foule : Non autrement qu'on voit aux neiges du printens S' accroître par les eaux des fleuves et étangs Le Rosne débordé, qui assemble ses forces, Puis en se dégorgeant en mille et mille entorces, Accable tout à soi, et, rigoreux flottant. Ce qu'il treuve il élieve, et le va emportant Rabatte par les eaux, d'une fuite lointaine Entraînant les forests, et les champs, et la plaine.
Comme jadis on veit d'un cours audacieux La déesse Junon descendre des hauts deux Dans Samos ceinte d'eaux, en sa grandeur hauteine. Se publiant partout estre céleste reine. Brave en un char tout d'or superbement luisant, Que, parmi l'air épés, doux alloit conduisant Ses beaux paons ver-dorés, qui, à la longue cueiie, Semblent l'arc peinturé rebigarrant la nue;
Comme par les vers bois du mont idalien. Ou en Paphe, ou dedans le clos cytherien, La riante Venus, en ses beautés plus belles. Se feit voir dans son char, par blanches colombelles Tiré d'un roide vol, et comme on veit orner Diane de sa trousse, en se faisant traîner, Sur des roiies d'argent, où son plaisir Varreste, Par cerfs longs-encollés à la rameuse teste; Brief, tout ainsi qu'on voit sortir de l'Orient La belle Aurore, claire au visage riant, D'un cramoisi ardant divinement parée.
Qui, aiant épars l'or de sa tresse honorée, Porte un beau chapelet de perles sur le front ; Quand avecques la nuit les esioilles s'en vont Devant son char gemmé, les repoussant en fuite, Par des grands coqs creîés au kault du ciel conduite. Par des coqs hérissés, qui, des ailes battant, S'efforçans du gosier, vont aux mortels chantant Que le jour vient chasser les grands ombres épesses, Tout ainsi vont luisant les divines princesses De ce pompeux triomphe, et toutes en leur rang On les voit : en premier, celles du roial sang, Puis, d'un ordre suivant, celles du sang plus proches. Admirables en or dans leurs superbes coches. Mais sus tant de beautés que si grandes on voit.
1 JO EPITHA LAME AUX NOSSES
Celle princesse épouse entre tout se cognoit. Chacun lui jette Vœil, et tant plus on regarde Son beau maintien rolal, d'autant plus elle darde De grâces et beautés : les regards obstinés. Tous i visans à coup, demeurent étonnés, Car rien d'elle on ne voit qui ne soit admirable.
Une couronne ardante, en pris inestimable, Raionne sur son chef; son roial vêtement, Tout en gemmes et or, reluit superbement.
Un bel ordre la suit de déesses mortelles, Et quand l'air est serein la nuit n'a tant d'étoilles Que l'on voit parsemés leurs riches ornemens D'émeraudes, rubis, perles et diamans.
Une grand' mer de gens, en ondoiante presse. Par hurts se va portant après ceste princesse Jusqu'à ce temple grand, qui, d'un front merveilleux, De deux géantes tours semble toucher les deux.
Là, joint au haut portai d'une longue étandue, Un théâtre est dressé, où elle sera veiie Avec son duc époux, tant qu'en constante foi Le nuptial aneau lui étregne le doi.
Sous les voûtes on voit de l'admirable temple Mille lampes ardoir, et au cueur on contemple Les pères cardinaux, et grands prélats mitres. Et les presîres en blanc, puis les chantres sacrés.
Qui d'un divin accord tous à Dieu grâces rendent. Les fumeux encensoirs et montent et descendent.
Dedans le grand palais le retour attendant, D'un labeur fort hâté s'appreste cependant Le festin somptueux : en braveté roiale Les flans sont tapissés de la superbe sale.
Toute vuide on la voit d'un cours fort spacieux, Grande, longue, admirable, et où les vieux aieux Des bons pères Gaulois et des rois plus antiques Tousjours ont célébré les triomphes publiques, Et qui, ja de long iens comme ores, a été Vénérable et en pris par son antiquité.
Sur pilliers assemblés d'un hautein artifice, A longs arcs étendus se soutient l'édifice. Le plancher est doré de ce beau long manoir. Le bas est à carreaux de marbre blanc et noir. Pavé comme un tablier, et en longue ordonnance Sur les hauts pilliers sont les sacrés rois de France.
Du haut bout de ce lieu, le beau jour apporté Là dedans se rabbat, d'une sombre clarté; Les vitres peintes sont un ouvrage semblable. Puis d'un pur marbre noir la belle longue table Se voit tout le grand l.nge en la salle tenir. Et trois degrés on monte avant que d'i venir.
Un peu plus bas, de front, superbement se dressent
152 EPITHALAME AUX NOSSES
Quatre hauteins buffets, que grands richesses pressent En si pesans thesors qu'ils font les ais ploier, Et tout le lieu ardant de bien loing flamboier. Là, degrés sur degrés, en leurs duisantes places Sont les beaux vases d'or, les hanaps et les tasses. Les larges plats, flaccons, les égueres et nefs. Et les barils d'argent nettement burinés : Il semble tout par tout que la grand'salle rie, Par les riches éclairs de tant d'orfavrerie.
Desja voit-on leans les grands sièges porter Pour le souper roial, qu'on commande hâter ; Ja sur la table on voit l'ouvrée nappe mise, La belle assiette d'or en sa place est assise Avec le pain couvert : tout est bien ordonné. Et ja sent-on en bas, au triomphe amené, Les cris applaudissans que mille peuples donnent. Et l'agréable bruit des trompettes qui sonnent.
Un grand monde de gens, que l'on voit approcher, Dedans la large court ruant vient s'épancher D'un tumulte confus, et l'assemblée pronte Des beaux princes dispos haut au grand palais monte. Toute la riche pompe, en bel ordre venant. Par les larges degrés se hausse, et maintenant Les princesses on voit hors des coches descendre : Mille doux instrumens par tout se font entendre,
Entrant dans la grand' salle, et tout le lieu orné En nouvelles beautés prend le peuple étonné. Chacun s'obstine à voir ces ardanîes richesses^ Attendant le souper, et les belles princesses A l'épouse à Venvi mille œillades refont, Et par tout vont montrant la joie sur le front.
Enfin l'on vient au roi, et auprès de la table, On présente à laver, d'un service honorable : Avec ces princes pronts ensemble à s'inviter. Les princesses on voit blanches se déganter. Véguiere, peu à peu filant l'eau, est vuidée. Le bassin est dessous, la serviette ondée Se jette sur leurs mains; ils se vont tous assoir. Et chacun à l'envi s'efforce de les voir.
Dans des plats bien garnis en difftrente sorte, Les mets les plus exquis d'un bel ordre on apporte : Tout est desja couvert^ couvert abondamment, Et par tout les bons plats sont mis également. Ores les escuiers, comme ces mets se rangent, Selon leurs appetis les servent, et ils mangent; Des corbeilles par fois on apporte les pains, On découpe la chair çà et /à, et des mains Chacun fait son devoir, et chacun en sa place, A force de mâcher, l'importune faim chasse.
Par les pronts échançons le nectar précieux
154 EPITHALAME AUX NOSSES
Dans des grand' couppes d'or se présente à ces dieux : Ils boivent, et le vin, qui en l'or vire et nage. Une ardante clarté leur repousse au visage.
Incontinent tout bas commencent à sonner Les caves violons, qu'on oit refredonner D'un archet bien conduit, en si douces merveilles due leurs divins accords vont gagnant les oreilles : Chacun est écoutant; toutes fois vis à vis Ces princes se parlans sont par fois en devis; Aucuns de bien manger les princesses reprient, Qui avec doux propos doucement leur sourient. L'épous duc, se paissant de mets délicieux, Repait aussi son œil de ce qu'il aime mieux, Et son épouse, avec qui bien s'en est pris garde. Parfois d'un œil jette doucement le regarde.
Desja plus lâchement la troupe on voit manger. Puis, en levant les plats, tout commence à changer En beaux mets apportés, d'un service agréable. Et desja le dessert s'en vient charger la table.
Aux diverses façons on se trompe à choisir Les doux présents bien feints, ne servans qu'' au plaisir, Et en succre marbré, d'une vive stature Meinte image se voit, étonnant la nature. L'euvre dérobe l'œil. Ces princes cependant Sur les mets cnsucrés vont la main étendant.
Goutans diversement de ces douceurs confites. Pais on dessert , on lave^ et ja grâces sont dites.
Cependant le soleil va devallant en bas. Ravi par le grand ciel, bien qu'il tarde ses pas. Et, en cachant de nous sa loin-raiante teste, Le jour va faisant place à la nuit qui s'appreste. Desja voit-on par tout les grands flambeaux ardans Dans la salle alumés, et par tout au dedans Le haut plancher doré double clarté élance Sur le grand bal roial, qui bien rengé commence.
Ainsi comme l'on oit les instrumens toucher. Ces beaux princes dispos s'avancent à marcher : Chacun d'eux par la main va prenant sa princesse, Puis d'un pied doux glissant chacun la terre presse. A part ensemblement or' les voit-on aller, Et d''un long trait après les princesses couler. Tantôt tous d''une part à l'autre ils se remuent. De Vautre on voit tantôt que tous ils se saluent : Ils s'entremeslent, puis ils se vont reprenant A leur estre premier, joieusement tournant D'un ondoie repli, et tousjours à la dance Le pied ensuit le son de la juste cadance.
Mais or' desja voici divers masques entrés. En sumptueux habis bravement accoustrés : Ils marchent, on les voit; leurs vouloirs manifestes
IJÔ EPITHALAME AUX NOSSES
Ils vont rendant par tout, par signes et par gestes; Ils se font admirer des peuples regardans, Et ja mille autres sont aux portes attendans. Enfin vens ils s'' en vont, et soudain recommance Le beau conlournement de la roiale dance.
Mais qui n'admireroit, sous les grands bravetés Des éclairans atours, ces divines beautés? Voies comme en tournant ces déesses reluisent! Voies comme leurs pas toutes elles conduisent, D^un marcher si égal qu'il semble proprement Qiie ce beau tout s'en va par un seul mouvement! Qui ne se mire à voir la mesure que tiennent Les vaillans balladins qui si dextrement viennent?
Princes, ne vaut-il mieux d'oilir ainsi sonner Ces instrumens joieux que de faire tonner Tant d'horribles canons, et voir ces masquarades Que parmi tant d'assauts, que partant d'embuscades. Aller chercher la mort? Qu'on aille abandonnant La guerre pour jamais, et qu'ici maintenant Votre force à Venvi de grands coups la tempeste, Et, en balant, des pieds qu'on lui casse la teste.
Mais quelle grand' clarté ai-je veu ondoier Contre ces vitres-là? Voiés-vous flamboier, Voiés-vous, voiés-vous, plus grand'flamme renaître? Et d'où vient ce grand feu? Page, ouvre la fenestre:
Sans plus nous retarder, si faut-il le savoir.
Hà ! c'est l'astre pieux qui flamme sur le soir. Compagnons, venés voir : c'est l'étoile sereine Qui une claire nuit maintenant nous ameine. Mais voies qu'elle est belle! On diroit que les dieux Tous à notre faveur ont allumé les deux. Jamais je ne la vei flamber de telle sorte. Et croi qu'aux mariés un présage elle apporte. Mais regardés, il semble, en la volant aller. Que comme nous de joie elle veiiille baller.
Dieu te gard, ô flambeau, ô joieuse lumière. Digne de luire au ciel sus toutes la première : Comme aussi je croi bien que première tu fus Qui t'échappas dehors du vieil chaos confus, Et qui crias tes sœurs pour œillader le monde. Divine étoile d'or, ceste lumière blonde, Qui peu à peu montant fait les autres mouvoir. Rend tous émerveillés les peuples à te voir.
Mais je croi que tu n'es l'astre clair qui s'allume Sur le soir, te volant plus grand que de coustume : Tu vas montrant encor' ne sçai quoi de plus beau. Serois-tu bien d'Amour le céleste flambeau Qui vint pour r'embraser l'amoureuse poitrine De ce vaillant héros et sa nymphe divine ? Je le croi, car, venant à ce coup t'enflammer,
1$8 EPITHALAMEAUXNOSSES
Ils sentent ja leurs cueurs à Venvi s'allumer Tous deux d'un mesme feu. Sois l'étoile cognue, Ou le brandon d'Amour, tu es la bien venue. 0 qu'avec grand désir de long tens on fattent! Ton heureux arriver rend le monde content : Par toi le Ciel nous mande une douce nouvelle, Et quelque grand plaisir sous ta clarté se celé.
Ha I je sçai que tu veux, à ton divin marcher : Tu annonces par tout qu'il faut s'aller coucher; Tu ameines la nuit, qui dessous ta conduite Un paresseux repos attraine pour sa suite, Et le mieleux sommeil, qui, se coulant des deux. Pour nous pancher le chef fait malades nos yeux. Or donques c'est assés, il est tens qu'on repose. Les mariés amans demandent autre chose : Qu'on se retire donq', que veut-on plus tarder? Jamais on ne seroit soulé de regarder Le triomphant miracle, et plus fort on s'i mire. Le plaisir non content toujours plus nous i tire.
Mais ne voiés-vous pas maintenant déloger De ce prince attendant le regard messager. Portant un feu d'amour à l'épouse princesse.'' Princes, retirés-vous, et que tout le bal cesse : On baiera demain; c'est assés arresté : Vous pourries faire tort à la postérité.
Sus donq, vuidés d'ici chacun, et que l'on sorte, Car il est tens d'aller : on a ouvert la porte. Et le lit se découvre en roiaux ornemcns. Allés donques, allés, ô bien heureux amans : La pudique Venus, qui voz deux cueurs attise, Et la saincte Junon de sa main vous conduise; Le bien heureux Hymen qui ce triomphe a fait. Vous étregne à jamais d'an saint vouloir parfait; Une agréable paix, une amour mutuelle, Couchant avecques vous, i soit perpétuelle; Vos plaisirs tousjours tels, sans jamais vous faillir. Quand vous envieillirés, ne se puissent vieillir : Au moins quand le printens de la pronte jeunesse Aura tourné le dos aux pas de la vieillesse. Les vôtres puissiés voir en si doux traitemens.
Allés donques, allés, ô bien heureux amans, Et, avecques tout Vhcur que le Ciel vous présente, Recevés le doux fruit de votre longue attente : Recevés-le, et entrés au désiré séjour.
Car je croi que demain il sera trop tôt jour.
Dieux, si votre bonté là haut est coutumiere D'ouvrir votre palais à une humble prière, Si vous avés souci de nous et nos presens, Si vous aimés l'odeur de nos fumeux encens, Et si à votre gré un autel je vous orne,
léoEPITHALAME AUXNOSSESDE PHILIBERT DE SAVOIE
Vous voilant un bélier attiré par la corne,
Dans votre temple saint, ô débonnaires dieux,
Atterrant mes genoux, tendant les bras aux deux,
Entendés-moi tretous. Puis que votre justice
Enfin a ramené notre divin Ulysse,
Je prie, en invoquant votre éternel povoir,
Que dans trois fois trois mois nous bienheuriés de voir
Un petit Telemach, qui tout resemble au père,
Et, pour chanter leurs faits, faites-moi leur Homère.