DE SAINT-VALLIER
NOUS (]ui de cette ville terre Sortons, puis i sommes remis. Avons trois puissans ennemis Cauteleux, qui nous font la guerre :
Le Tens saccageur, et brisant Noz œvres en les déprisant; L'Envie palle, qui empogne La vertu des cueurs triumplians, Et la Mort, mesme aux jeunes ans, Qui de nous gueres ne sélogne.
Sur ces trois la sagesse humaine Pour néant cherche son pouvoir, Si la raison ne vient provoir Aux maux dont cette vie est pleine.
Car le fort Tens, qui tout abbat.
Hardi nous livre le combat,
L'Envie de travers nous gronde.
Et si sommes tous destinés D'estre par la Mort ruinés, Entrant au misérable monde.
Onq' en vain pourtant ne travaille
La vertu, qui nous fet priser.
Et par noz fets éterniser.
En tens de paix ou de bataille :
Car contre eux les tout-voians Dieux
De l'immortalité des deux
Arment leurs favoris poètes.
Et par leurs carmes bien heureux
Les heroes chevalereux,
De la race desquels vous estes.
Or' les saintes Muses et Grâces,
Equippent ja Buttel en point,
La trousse en son flanc, l'arc au poing,
Pour résister à leurs menaces :
Aux armes vont l'industriant ;
Puis la plus belle, en me riant,
Un bouclier garde-corps me donne.
Pour aux hasards m' accompagner.
Sur lequel on voit rechigner
L'horrible chef de la Gorgonne.
J'appresie une lame tranchante Contre le Tens, caut attrapenr; Puis mon grand bouclier donne peur A l'Envie, de deuil crevante.
Ainsi, d'un martial octroi, Ces dames m'ont promis pour toi En leurs grands efforts les détruire; Voi me ci ja armé, ja soit Que ta veau, qui les déçoit.
Se peut revangcr de leur ire.
Aussi belle grandeur ne glisse Au tour des ans, qui 'se resuit.
Indigne en la profonde nuit Qu'un long obli l'ensevelisse.
Il ne faut que thesor si beau S'accable dessous le tombeau.
Ni que ton nom là bas arrive Sans gloire, aux ombres se plegnant Que les beaux vers, le dedeignant.
N'ont fet qu'en noz bouches il vive.
0 si Mars, ami de ma Muse, Et Phœbus, que tant j'ai cherché, M'ouvrant un antre non touché, Ses beaux lauriers ne me refuse,
Quelquefois on m'orra tonner Les grands assauts quon vit donner Quand les deux princes Allobroges, Voisins ennemis de long tens, Firent au sang des combattans Les grands flots de l'Isère rouges.
Lorsque la gent savoisienne En peu de nombre époventa, Assaillit, rompit et dont a Le fort camp du Daupliin de Vienne.
Chantant Berol et son bon heur, Je n'oblieiai point l'honneur Illustrant ta maison antique.
Ni les noms aux astres vollans De tes aicux de M loi ans, Coulonnes de lu république.
Je dirai des lauriers la gloire Qu'ils fesoient en leur sang bagner, Se pcrdans, pour mieux se gagner A Vinviolable mémoire.
Je publierai, par leurs nioiens.
De quel cueur les Savoisiens Conquirent et chasteaux et villes.
Et que plus leur pais leur doit
Que jadis Rome ne devait Aux Sapions ni aux Camilles.