‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 59 sur 94 · POUR IMMORTALISER LA VERTU DE MADAME MARGUERITE · texte numérisé non relu

POUR IMMORTALISER LA VERTU DE MADAME MARGUERITE

ORES que la vermeille Aurore Repigne ses beaux crins dorés, Sur l'Indois sablon qu'elle honore.

Or qu'elle efface et chasse encore Les astres de la nuit tirés,

Reveillès-vous, divine race,

Qui Parnasse Habités, ou les fresches eaux D'Eurote, ou les beaux bords humides

Libetrides, Ou les pindiens arbrisseaux.

ODE XlIII 6l

Ouvrés-moi voz freschetîes prées Peintes des plus gaies couleurs, Et ces corbeilles diaprées Par voz subtiles mains sacrées Faittes rire de mille fleurs.

Que votre docte main façonne

La coronne Promise en honneur immortel A la Princesse Marguerite,

Qjii mérite Que VOUS' lui dressiés un autel.

Coures donq' à Venvi vous rendre, Tandis que l'aube ajournera Sur l'herbe verdelette et tendre; Puis son doux thesor allés prendre, Et tout ce qui de beau sera.

Sus à ce lis, sus à ces roses

Or décloses, Sus à ce bel œillet vermeil; Mais gardés qu'aucune ne bouge

La fleur rouge Teinte de l'infernal sommeil.

Dépêchés, que Von amoncelle Tout ce que le gai printens peut :

Cueilles la violette belle, Et la fleur qui revelle celle Pour qui ce beau butin se cueut.

Par voz mains, des fleurs soefves-nées

Bien ornées, Vos vers préaux soient dépoiiillés.

Tant que leur bigarreure vive.

Si naïve.

Ne les rende ainsi émaillés.

Je voi ja une Nymphe adextre, Qui, pour ses compagnes gagner, Se fet si gentile apparoitre Qu^il semble que l'on voie croître Ses roses dedans son panier.

Une autre derrière la guette,

La finette, Envieuse de ses couleurs.

Tant hâtant sa main larronesse

Que tout verse, Tapissant le beau pré de fleurs.

ODE XIIIl 6j

Ainsi, doucement outragée.

S'efforce de la mettre à bas ;' L'autre fuit sa seur non vangée.

Et, en la course accouragée.

Perd une rose à chacun pas.

Où allez-vous, gaies pucelles.

Doctes, belles?

Ces tant douces noises cessés; Et que vos fleurs les plus exquises

Me soient prises :

Venés, et les entrelacés!

Au nom de la Nymphe roiale, Je pren ces trois fleurons divers, Le lis, la rose matinale, La marguerite virginale.

Ornement de mes petits vers ;

Et veus que sa deiie coronne '

En fleuronne.

Repeinte en cent mille façons.

Or est tens qu'on en face offrande :

Belle bande.

Frappés donq' l'air de voz chansons.

Puis dessus Fherbette féconde Prenés-vous, et allés dansant, Menant des bras une douce onde, Virottant toutes à la ronde Parmi ce beau pré verdissant.

Là donq' que chacune soit preste

Ceste feste.

Et ce beau jour solennisé; Que son nom d'un tens innombrable, ]

Pardurable, Soit par vous immortalisé,

Affin que la mémoire d'elle Publie le Ciel ne pouvoir Enrichir la beauté mortelle D'une ardente vertu plus belle Qu'en Marguerite l'on peut voir.

Muses, qu'un marhrin simulachre

L'on lui sacre, Sur deux pilliers bien haut montés.

Qui vive, et sa grâce excellente

Représente Et le divin de ses beautés.

ODE XIIIl 6$

Mais, a/fin qu'un malin orage N'i coure sa force épreuver, Defendés-le de tout outrage :

Car il faut ces vers contre l'âge De voz propres mains engraver.

Princesse, qui dés ton enfance

En ta France Tes compagnes nous appellas,

AlANT ACQUIS l'heur PAR MERITE D'eSTRE DITTE

Sur TOUTES la docte Pallas,

Nous sacrons cette autre coronne (Outre le laurier mérité Qui ton sage front environne) A ta grand' vertu qui fleuronne, Pour gage de l'éternité.

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