‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 80 sur 94 · A P. DE RONSARD · texte numérisé non relu

A P. DE RONSARD

Vendomois ODE XIII

RoiiSARDj fils d'Apollon, il faut Qu'au ciel ma flamme soi^t portée :

Amour m'ard d'un brandon si chaud, Allumé à l'œil d'Amalthée, Que, sentant mes forces éteindre, Je n'ai plus ma voix pour me pleindre.

Or' sont reverdis trois printens Que cette grand' beauté cruelle Tyrannise mes jeunes ans, Triumphanî de ma perte, telle Qu'un brave roi aiant soumis Sous sa main les murs ennemis.

Que reste-il donq' fors qu'en ses bras

La Parque, à mes maux plus humaine.

Me prenant, m'abime là bas.

Pour me décharger de ma peine.

Et que Caron, ramant sa barque.

Me sauve aux champs où est Pétrarque^

Si tu sceus onq' comme Amour points Par ta Cassandre, je te prie Que l'ohli ne m'cmmeine point :

Donne à ma cendre une élégie, Eî, prenant pitié de mon sort, Complein de ton ami la mort.

Ainsi le trait d'Amour vaincueur.

Par l'œil d'une beauté divine Qui mit le camp devant ton cucur.

N'atteigne à ta sainte poitrine.

Ainsi Venus mal secourahle, Plus qu'à moi te soit favorable f

A JEAN DE PIOCHET

Son cousin ODE XI I I I

LOUANT /e Saturnien âge, Piochet, que vas-tu regretant Le non réparable dommage Du monde, qui vivoit contante

ODE xiin 141

« Lors (dis tu) notre grande aïeule Du soc n'ai'oit le ventre encré :

Car, sans la semondre, elle seule Tout nous prodigoit de son gré.

« Les vignerons à la vendange Jamais érener ne s'alloient. En touttes pars (miracle étrange !) De vin les purs ruisseaux coulaient.

« Jamais la chaleur retournée De l'été ne les basanoit, Et, sans voir grisonner l'année, Tousjours le mois de mai regnoit.

« Encor' le pin, marchant à rames, N'avoit veu les marins dangers, Ni la trompette aux fiers allarmes N'animoit les chevaux légers.

« Encor le fer, nerf de la guerre.

Et l'or, plus nuisant que le fer.

Ne faisaient éventrer la terre Jusques au ténébreux enfer.

« L'exécrable faim d'avarice Qui ne se souk d'assembler,

La discorde source du vice, N'osoit point les cueurs accabler.

« Ni la jeune épouse féale Point ne rompait le neud certein De la blanche foi nuptiale, Pour tromper son mari lointein.

(.(. Car la vertu vivoit au monde, Franche des outrageux excès :

Chacun s''aimoit d'amour profonde; Il n'étoit juge, ni procès.

<( 0 tens heureux, que je m'étonne Te voir tant caressé des deux!

Tu es dit, à raison très bonne, Siècle d'or, siècle précieux. »

Ainsi parlant des premiers hommes, Piochet, où vas-tu l'empêcher Du grand âge d'or? Nous i sommes; Ne cour plus si loin le chercher.

Ores l'or aux peuples commande.

L'or plus que vertu on chérit ; Ores par or l'amitié grande Et la plus ferme foi périt.

ODE XI m 145

L'or f et qu'ores l'avare mère Vend sa fille aux sales amours ; L'or feî que l'enfant de son père Cherche la mort avant ses jours.

L'or fet dans une riche bouche Entrer le venin trahissant ; L'or fet étrangler dans sa couche, Sans cause juste, l'innocent.

Par or s'achettent les offices, Pour détruire un pauvre souffrant.

Et se rendent les bénéfices, Comme meubles, au plus offrant.

Par or les honneurs on échelle; Sans or, tu n'auras jamais bien; Sans or, en ta juste querelle Ton avocat ne dira rien.

Bref, mon Piochet,ror tout maîtrise, Meintenant l'or est adoré ; Chacun veut l'or, chacun le prise :

Voici un vrai siècle doré.

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