‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 86 sur 94 · A ANN E · texte numérisé non relu

A ANN E

CETTE bouchette fresche et vermeillette Me sçait la rose, puis la violette, Ainçois que l'aspre soleil l'ait blemie, Anne m' amie;

Et le pur hàme, le doux miel Attique, Le cynamome, l'encens Panquaique, Et de son arbre la myrrhe tumbée En la Sabée;

Ou des noirs Indes la miellée canne.

Ou bien la sainte secourable manne.

Et si en douceur chose plus plaisante Nature enfante.

Donques se taise la douce Arabie, Donques se taise la superbe Jndie, En toute terre qui drogue odorante Envoie en vente.

ODE XXI II '.65

Car ni civelte, musc, ou ambre encore, Ni moins les roses filles de l'Aurore, Ni odeur suave d'une mer contraire, Peuvent tant plaire

Comme tes lèvres savoreuses, voire Qui peuvent veincre le précieux boire Que Ganimede, ce Troien gars, donne Au Dieu qui tonne.

Sus donques, Anne, je veux qu'on me baise, Ma petite Anne, mon bien et mon aise; Assés n'est forte ta main jeune et tendre, Pour te défendre.

Bouche doucette, bouche coralline.

Trop longue attente ja le cucur me mine : Baise-moi, baise, baisc-moi donq' ores, Encor', cncores!

0 bouche tant douce! Hola, ah! méchente. Tu me mords, ce tour point ne me contente : Fai, fai, mignarde, qu'en plaisir je meure. Tout à cette heure.

Que je resucce un baiser de colombe, Tant que l'humide nectar au cueur tombe :

l66 LIVRE SECOND

Que run de l'autre^ de si longue entente, Pareil bien sente.

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