‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 90 sur 94 · ODE X X V I · texte numérisé non relu

ODE X X V I

OU vas -tu y mon petit œil.

Ma toute gentile amie?

Où fiii-tu, Nymphe jolie?

Vien me faire un doux accueil.

Çà, tôt, que j'aie de toi Un baiser, deux, trois et quatre; Vien, ma mignonne follatre, Ma jeune ardeur, prés de moi.

Comme à son mignon plus doux.

Que la nuit lient en paresse, L'Aurore les lèvres presse Loin de son vieillard époux,

Ren ton amant bienheureux Tépàmant dessus sa bouche :

Ton soupir ja mon cueur touche.

Doucettement langoreux.

Amour, entrant dedans nous.

Quand au cueur sa flamme il vente, D^un baiser ne se contente S'il n'est bien long, ferme et doux.

D'un baiser donq' addouci Pai mon cueur, soûle ma vie, Rallente ma chaude envie...

Ah! mignonne, c'est ainsi.

0 Dieux, que doux me nourrit Ce baiser, douce mignarde.

Douce fille fretillarde.

Mon petit enrage-lit!

Mon tout! Mais laisse ma main, Je veux cueillir cette fraise :

Laisse-la joiier à l'aise Par l'albâtre de ton sein.

Elle poursuit ses ébats :

Pren les tiens, ne la retarde,

ODE XXVll '7S

Ma menonne, je n'ai garde De l'aller mettre plus bas.

Rebeise-moi, mon cueur doux, Encor', encor', de la sorte!...

Ha ! fine, tu fais la morte, Pour me tromper tous les coups.

Là donq' fesons-les si longs due Pun de l'autre l'ame cnûle :

Ainsi bec à bec assemble Venus ses mignards colombs.

JA se levoit la belle aubette, Partant de son nuiteux séjour.

Et ja redisait l'alloiiette Au laboureur qu'il étoit jour,

Quand Tenot, en poil tout farouche, S'abillant auprès du foier, Laisse le foarre de sa couche, Pour monter haut sur un noier.

// s'en i va, et là déchausse Ses sabboîs, puis à l'arbre met La main, pais le pied, et se hausse.

Se grimpant jusques au sommet,

Oùrejrongné en orde moiie.

Branlant sa perche d'un fort bras, De çà et de là, il secoiie Les noix, qui meures vont à bas.

Puis en mettant fin à sa peine, Tirant bien hautement la voix De Vestomach, à gueule pleine, De ce chant fit brammer les bois :

« 0 toi plus que la rose belle, Veux-tu donq' à la mort laisser Ton Tenot, qui l'amour cruelle De son cuear ne peut déchassêf?

c( Je t'ai plus chcre que ma vie, Margot, et tu t'enfuis de moi !

Si n'aurei-je jamais amie {Et vint une Nymphe) que toi.

« Jane me veut; si fet Michelle, A qui ja le dur tetin point ;

ODE xxvm

Mais (ô Dieu /) je te voi si belle Que toute autre ne me plait point.

« Ta es plus gente que la branche D'aubépin, ou le sep pampre; Comme pur lait ta face est blanche, Ton bel œil est verd comme un pré.

« Ta jolie à la pomme migraine Va resemblant; ton poil follet Ferait de prés honte à la leine De notre petit agnelet.

« Mais, ah ! Margot, tu es plus dure Que ma cognée à émancher, Que le bois qui ce bourg emmure.

Et que la coste d'un rocher.

« Dieu gard la gente jovencelle, En qui pitié jamais n'entra :

C'est tout un, je l'aimerei telle.

Tant que l'ame au corps me battra. ?

tyS LIVRE SECOND

AU VENT ZEPHIRE

FLATARD Zephire, mignon de ces rives, Et des bocages aux perruques vives, Et de Diane, par son frère, lasse D^esîre à la chasse;

Jeux et délices des fleurs soupirantes.

Jeux et délices des eaux troltignantes, Et des Napécs, qui par les verds aulnes Fuient les Faunes ;

Laisse ta Flore, puis me' favorise, Ainsi qu'au pasteur révérend d'Amphrise, Qui flutoit ses vers d'une agreste canne Pleine de manne.

Dou-soufflant vental, soûlas de Cephale, Lors qu'imprudamment sa flèche s'avalle Sur sa Procre, helas! que fortune envoie Sa triste proie.

Soit que ton plaisir mollement séjourne Aux feiiilleux tertres dont Menai s'atourne, Soit que sus Ide freschement tu ventes Les eaux brûlantes.

Mai avant, ici tes ailes se hâtent :

Vien voir ces Nymphes qui gaies se battent En ces bords pierreux, et toutes font rage Par le rivage.

Vien, vien voir entre ces follaîres filles Mon Amalthée, qui or' des coquilles, Pas à pas marchant, d'une soefve peine, Cueut sur l'areine.

Ainsi Dione, par son Idalie, Entre ses Grâces plus belle, se plie Sus fleurs diverses, puis leurs fronts enbande D'une gir lande.

Ainsi, aux rives que l'orient dore.

Les bettes Nymphes qui voient l'Aurore Peschent les perles et la pierrerie, Pour l'or nourrie.

Mais quels corsages, quel blanc poli marbre, Et quelles beautés derrière cet arbre,

l8o LIVRE SECOND

Caché je vise! ô (]uelles merveilles Aux Dieux pareilles !

Vien donq à ce coup, ja elles carollent, Vien, et ameine les Amours qui voilent. Armés de brandons, de douces flameches, D'arcs et de flèches.

Fai qu'en enfonçant leurs archets rebelles,

Tous d'un flot sautent assaillir les belles,

Mais sur tout garde que nul ne pardonne

A ma félonne.

Ou, si tel secours en toi ne demeure, Au moins^ las ! affin qu'en dueil je ne meure, Souffle {si tu peux), étein, et évolle Ma flamme molle.

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