SCÈNE XIII
Selon les vieilles mœurs et le sort rigoureux, Ton frère et son ami, tombés dans leur victoire. Ont payé ce sang vil de leur sang généreux, Et du meurtre expié ne gardent que la gloire,
Je les déclare purs! Leurs actes sont les miens; Et je veux qu'honorés des Muses immortelles, Leurs noms chéris, au lieu d'enfanter des querelles. Aident a s'entr'aimer tous les bons citovens.
C'est moi qui d'Erinnys rompant la loi funeste, Enseignai le pardon à ses sœurs en courroux. Devant ce tribunal, équitable entre tous, Qui tira de leurs mains le parricide Oreste.
Or, sous un plus doux nom, par moi, depuis ce jour, Les filles de la Nuit, abdiquant la vengeance, Dans la ville où je règne ont choisi leur séjour. Jurant d'y maintenir une sage clémence.
Car ces lieux me sont chers, et j'y veux des autels ! Je me plais dans l'air pur, dans la pure lumière; J'aime cette Acropole! Et tous les immortels Trouvent, ainsi que moi, l'Attique hospitalière.
J'obtiens de chacun d'eux, pour ma sainte cité, Tous les plus riches dons faits à la race humaine; Je veux qu'à l'avenir, vivant de mon domaine, Les peuples soient nourris par sa fécondité.
Voilà donc mes souhaits pour mon heureuse Athènes : Que le souffle des vents conspire avec les flots
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En faveur de ses nefs et de ses matelots, Apportant les tributs des nations lointaines;
Que les blés et la vigne, autour des oliviers, Germent à pleins sillons sous des soleils propices; Que les troupeaux, orgueil des robustes bouviers, Croissent pour ses festins et pour ses sacrifices;
Que nul souffle empesté ne brûle ses guérets, N'y boive l'eau des puits et le lait des mamelles, N'y tarisse le miel, la sève des forêts, N'y dessèche les flancs des fécondes femelles;
Que les blanches brebis, paissant sur les sommets, Enrichissent d'agneaux les campagnes prospères; Que les venins cachés épargnent à jamais La santé des enfants, la sagesse des pères.
Car j'aime les humains comme un bon jardinier Chérit les fleurs qu'il sème et les arbres qu'il plante ; Je fais durer le juste et sa race vaillante; J'abrite des vents froids le bourgeon printanier.
Eloignez-vous, fléaux qui tuez avant l'heure! Je veux que chaque vierge et son robuste amant Des douceurs de l'hymen jouissent longuement, Et que la volupté féconde leur demeure.
Oui, je t'aime entre tous, ô peuple athénien! Je bannis de tes murs la haine et la discorde ; Je veux que l'on s'entr'aide, et que le citoyen Garde à l'étranger même une miséricorde;