‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 47 sur 103 · LA CIGALE · texte numérisé non relu

LA CIGALE

L'air pèse et brûle ; il n'est dans l'herbe et les épis Bruit d'ailes ni murmures ;

Même les froids lézards se cachent assoupis Au fond des gerbes mûres.

La feuille au loin se tait dans l'immobilité,

Pas un oiseau ne vole; La terre a vu tarir dans les bras de l'été

Sa sève et sa parole.

De la plaine embrasée où sont les habitants?

La vie est-elle encore?...

Oui, la nature veille, et, joyeux, je t'entends,

O cigale sonore !

Ton cri sort des sillons brûlants et crevassés, De l'orme aux branches sèches,

Parmi les chauds rayons qu'un ciel rouge a lancés Aigus comme des flèches.

C'est toi qu'un doux vieillard, des voluptés épris,

Disait aux dieux pareille; Et l'homme de nos jours te ferme avec mépris

Son cœur et son oreille !

£n cercle les héros t'écoutaient autrefois Comme un hymne dorique.

Qui donc s'est transformé de l'homme ou de ta voix, O chanteuse homérique?

Non, tu n'as rien changé, nature, à tes accents,

Ta musique est la même; Mais, pour trouver la clef de tes accords puissants.

Il faut d'abord qu'on t'aime.

Poète, je le sais : nul n'est vil à mes yeux Des mille aspects de l'être;

Tout cri révèle une âme, et mon cœur sérieux L'accueille et s'en pénètre.

Viens, cigale ma sœur, et chante près de moi ;

Nul homme sacrilège N'oserait, où je suis, porter la main sur toi;

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