HARMODIUS, A1USTOG1TON, LE CHŒUR
Il A KM OUI US.
Voili ces vils chanteurs qu'Hipparque sait élire Pour corrompre le peuple en corrompant la lyre ; Voilà ces histrions, trop écoutés, hélas! Dont il marche entouré dans ta ville, ô Pallas !
ARISTOGITOX.
Héritiers d'un tyran, les fils de Pisistrate
Se divisent entre eux sa tâche scélérate;
Pour fonder leur pouvoir, ils veulent, à la fois,
Tuer les vieilles mœurs avec les vieilles lois;
Et, comme ils ont détruit tant d'hommes héroïques,
Détruire les vertus qui font les républiques;
Il y faut de l'audace et de la trahison :
Hippias est le fer, Hipparque est le poison.
LE CHŒUR
O déplorable ville, où, des fleurs sur la tête,
Les citoyens hagards rêvent de noirs combats; Où la discorde en feu couve au sein d'une fête! Mer pleine de soleil et grosse de tempête, Monde où tout rit là-haut, où tout gronde là-bas!
Qui peut rendre à ton cœur la paix de ton visage r Ta lèvre exhale au loin des chants mélodieux, Et tes flancs sont troublés par la haine sauvage ; Pareils aux volcans sourds, aux fleuves sans rivages, Quand luttait le chaos contre les premiers dieux,
Pendant les longs discords d'Uranus et de Gée, Avant que régnât Zeus, le vainqueur des Titans, Qu'il eût contraint Phœbus à sa course obligée, Et de sa forte main, du foudre encor chargée, Eut affermi la terre et les cieux hésitants.
O déplorable ville, où nul n'est à sa place,
Où les lois sont une arme au lieu d'être un lien,
Où les plus élevés ont l'àme la plus basse,
Où le chef s'associe avec la populace
Pour mettre sous le joug les pâles gens de bien ;
Où les plus généreux sont pousiés vers le crime; Où ceux qu'un juste chef unirait tous à lui, Tous les hommes d'un sang illustre et magnanime, S'ils veulent secouer le joug qui les opprime, Ébranlent tout l'Etat dont ils seraient l'appui!
O déplorable ville, où la lyre infidèle
Divise au lieu d'unir et corrompt les humains;
Où le sage est conduit à se défendre d'elle;
32 J IIARMODIUS.
Où l'art n'a plus de lois et de chaste modèle; Et d'où s'enfuit la Muse en se tordant les mains! Laisseras-tu, Pallas, la Ménade insensée Inspirer son vertige à tes adorateurs?
Ah ! la terreur saisit et glace ma pensée ! Reviendras-tu jamais, ô sagesse offensée, De la sainte Acropole habiter les hauteurs?
ARISTOGITON'
Ces terreurs, ô vieillard, sont peut-être d'un sage; Mais plus un mot de plainte et de mauvais présage : La sœur d'Harmodius, Ismène, vient à nous. N'effrayons pas la vierge au regard chaste et doux : C'est un sourire ami que Pallas nous adresse. Telle au divin Ulysse, en sa noire détresse, Quand l'écume des flots souillait encor ses flancs, Parut Nausicaé, grande et fière aux bras blancs; Artémis est moins svelte, Hélène était moins belle, Quand les vieillards troyens se levaient devant elle.
LE CHŒUR
La noble canéphore hésite en son chemin, Sa corbeille de fleurs oscille sous sa main.
S Ct NT VI. 525
SCÈJ^E VI
ISMÉXE,
HARMODIUS, ARISTOGITOX,
LA NOURRICE D'ISMÈXE,
LE CHŒUR
HARMODIU S.
Quoi ! malgré ton devoir de noble Athénienne, Au cortège des dieux tu manques, chère lsmène! Une larme tremblante obscurcit ton regard : Quel malheur, quel caprice a causé ce retard? Va, dans les rangs sacrés, va prendre enfin ta place.
O mon frère, une insulte est faite à notre race. Je n'ose, devant tous, raconter cet affront, Te mettre au cœur la haine et la rougeur au front. Le silence convient aux humbles jeunes filles.