‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 98 sur 103 · scène xii · texte numérisé non relu

scène xii

Vous venez de payer un stérile attentat ;

Et pour longtemps voués, peut-être, aux tyrannies,

Vous avez déchaîné les noires Erynnies.

Croyez-vous qu'Hippias vous pardonne aisément,

Qu'un frère assassiné le rende plus clément?

Tremblez que la vengeance au sang ne l'habitue!

On fait des meurtriers chaque fois que l'on tue.

Toujours le sang qu'on verse est payé par du sang ;

Les fureurs des partis vont toujours grandissant.

Tant que Zeus, clairvoyant, et terrible au coupable.

Habitera, là-haut, son trône inébranlable,

Cette loi régnera, frappera chaque jour,

Qui veut que l'agresseur soit victime à son tour.

Tel est le sort; tel fut l'arrêt des destinées

Sur ces races de rois au meurtre condamnées.

Maintenant que, par vous, sur la pale cité.

Un premier meurtre étend cette fatalité,

Parmi les citoyens comment finira-t-elle,

Cette loi de vengeance et de haine mortelle!

Quel dieu, nous ramenant à des instincts plus doux,

Chassera Némésis, introduite chez nous?

O mort, aveugle mort, pourquoi t'es-tu trompée: Au lieu d'Harmodius, que ne m'as-tu frappée? Il eût versé les pleurs que je verse aujourd'hui, Mais il aurait pu vivre, et moi je meurs sans lui.

LE CHŒUR

Montre-toi digne sœur de celui que tu pleures, Sage Ismène, et survis à ces fatales heures ;

Ne livre pas ton cœur, fait pour rester serein, Aux noirs emportements de ces douleurs sans frein. Ce qui nous vient des dieux, ce que veut la nature, Il faut le recevoir, ma fille, sans murmure.

On peut donc regretter même les mauvais jours ! Hélas! j'avais perdu mes plus saintes amours, Les dieux m'avaient repris ma mère tant aimée ; Dans la triste maison par le deuil enfermée, Des injustes destins maudissant le courroux, Avec toi je pleurais, assise à tes genoux; Entre tes chers baisers, l'orpheline ingénue Au comble des malheurs se disait parvenue. Te serrer dans mes bras, te baigner de mes pleurs, Cela me semblait peu dans nos âpres douleurs I Oh ! combien aujourd'hui je regrette ces larmes 1 O mon frère, avec toi qu'elles auraient de charmes! Et sur ce corps sanglant qui n'entend plus ma voix, Combien me semblent doux les malheurs d'autrefois ! O charme de ses yeux, de sa main fraternelle,... Éteints et disparus dans la nuit éternelle ! Harmodius, mon frère, ô tendre gardien A qui j'obéissais, et qui m'aimais si bien! Toi qui savais donner à ton ingrate Ismène Mille bonheurs qu'alors elle sentait à peine, Sur la terre, ô mon frère, et dans le noir séjour, Tu resteras, sans fin, mon plus ardent amour.

LE CHŒUR

Laisse-moi t'arracher à sa triste dépouille.

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