‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 132 sur 138 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

ZAPATA, LE DOCTEUR PÉDRO-GIRON

Enfin! on te revoit, monsieur le puritain; Que te faut-il? choisis ta part dans le butin : Que viens-tu demander? une ambassade, un titre?

LE DOCTEUR

Je viens traiter, monsieur, un tout autre chapitre : Je n'ai de vos présents nul besoin, grâce à Dieu. Comme vous l'allez voir, je plaisante fort peu. On a fait disparaître un brave homme que j'aime: Où l'a-t-on mis? réponds ! qu'il sorte à l'instant mêm: ! Et qu'il n'y perde pas un seul de ses cheveux... Ou ce sera, mon drôle, affaire entre nous deux.

Z A PAT A

Dieu! quel début tragique et comme il est habile! Je t'ai cru plus d'esprit, mon cher, et moins de bile. Me prends-tu pour un ogre, et de plus pour un sot ? Comment n'as-tu pas su m'entendre à demi-mot? J'ai mis Cardénio pour quelques jours à l'ombre; 11 se serait fait pendre avec sa mine sombre. Tous nos gens ne sont pas si bons enfants que moi : Il est bien qu'on l'oublie et qu'il se tienne coi. Et, plus tard, s'il guérit, comme je le suppose, De vous deux, cher docteur, nous ferons quelque chose.

LE DOCTEUR

Hormis la clé des champs nous ne demandons rien ; Qu'il soit libre, au plus vite ! adieu, porte-toi bien.

ZAPATA, le retenant.

Je comprends, on est fier, on me garde rancune, Et je suis un coquin pour avoir fait fortune; Un ti'aître, un apostat, tous ces noms saugrenus, Qu'aux gens bien arrivés jettent les tard-venus. Je voudrais bien savoir quel cas de ces sornettes Tu ferais à ma place, et criblé de mes dettes? J'étais perdu, — saisie et contrainte par corps, — J'entendais aboyer la meute des recors; Il me fallait choisir, comme ont fait bien des nôtres, Gu d'aller en prison ou d'y mettre les autres. J'avais pendant quinze ans prêché la liberté. J'ai voulu rester libre et n'ai pas hésité. Puis j'adorais, mon cher, une femme charmante :

l'alcade de tampico. 3 + '

Je dois à nos amours cent mille écus de rente. Tout cela te confond, toi qui vis de pain sec! Mais il nous faut, à nous, quelque autre chose avec. Enfin tout s'écroulait, c'était l'instant suprême, Je sauvais la patrie et me sauvais moi-même. Rien qu'en disant amen j'étais grand citoyen. Je réussis... erg'o, j'ai pris le bon moyen. Et. d'ailleurs, maintenant qu'on a conquis ses grades, Tu vois qu'on est utile aux anciens camarades.

LE DOCTEUR

Je vois que l'on secoue, en faisant son chemin, La pudeur d'autrefois et le respect humain.

Z A PAT A

Comment ! toi qui faisais aux préjugés la guerre, Prêcher aux gens d'esprit le respect du vulgaire! Un penseur, un docteur, un jugeur sans appel, Qui lient la fibre humaine au bout de son scalpel ! Tu ne sais pas encor ce qu'au tempsoùnous sommes On peut faire gober à ce troupeau des hommes! J'en apprends ces jours-ci de toutes les façons. Et pourrais à mon tour te donner des leçons. Tiens ! si tu veux savoir ce qu'on peut par l'audace, Ce qu'on fait d'un public avec une grimace, Lorsqu'on parle très haut, qu'on tient un bon emploi, Qu'on a les imprimeurs et le maître pour soi, Ce qu'on fait applaudir, quand on garde la caisse, A d'illustres bourgeois qui craignent une baisse, Viens ce soir à la junte, on y tiendra conseil. Je t'y promets, mon cher, un coup d'œil sans pareil.

Tu trouveras alors ma grandeur légiiime, Et le respect humain perdra dans ton estime.

LE DOCTEUR

Soit! et je consens même à te serrer la main, Pourvu que notre ami soit libre avant demain. Dans mes opinions je suis peu fanatique : J'eus toujours peu de goilt pour la gent politique. Qu'ils soient dorés sur tranche ou vêtus de haillons, j'ai grand'peur de la foule et des gros bataillons. Mais dans cette frayeur que le nombre me cause, Le respect, je l'avoue, entre à bien faible dose. J'applaudis volontiers l'acteur assez matois Pour berner le public dans son propre patois. J'irai donc à la junte, en invoquant les Muses, Et pardonnerai tout, mon cher, si tu m'amuses.

■ms

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