LES ARBRES DU LUXEMBOURG. I
N'y touchez pas! ils sont sacrés, Ces rameaux, ces fleurs qu'on outrage!
Gardons ces arbres vénérés; Nos fils ont droit à leur ombrage.
Il est à nous, le vieux jardin.
Nous l'avons payé de nos veilles.
Frelons, cherchez d'autre butin, Laissez ce parterre aux abeilles !
Pour cet asile humble et caché, Pour ce seul coin d'ombre fleurie.
Que Paris, ce bruyant marché.
Laisse encore à la rêverie,
Pour ce peu de place au soleil Que l'âme a dans la ville entière, Combien de penseurs en éveil Nous rendaient à flots la lumière !
Laissez ce paisible atelier A la jeunesse, à l'espérance; C'est là qu'un démon familier Parle au cœur même de la France.
Respectez le sentier couvert Où se passent leurs tête-à-tctes :
Laissez cette ombre et ce désert A ceux qui seront les prophètes.
Peut-être, en frappant ces rameaux, Croit-on, sous des haches impics,
I^^ POÈMES CIVIQ^UES.
Abattre, avec ces nids d'oiseaux, Le nid des saintes utopies;
Et, comme on fait du rossignol, Veut-on, sous d'inflexibles mailles.
Enlacer l'esprit dans son vol Pour l'étouffer sous des murailles?..
Arbre et fleur tomberaient en vain, L'hôte survivrait au bocage; Rien n'arrête l'oiseau divin :
D'un coup d'aile il brise la cage.
Laissez aux songeurs inspirés Ce large ciel oii l'éclair passe; Que l'aspect des balcons dorés Ne borne pas ce libre espace!
Laissez-nous ces rameaux épais, Ce colloque avec la nature.
Où l'on s'imprègne de la paix, Où la rêverie est plus pure ;
Où, pendant nos rares soleils.
Aux discordes fermant la lice. Le peuple a des fleurs pour conseils Et la lumière pour complice.
Décembre iS6;.