V N AUT R E
Mon cher, à parler net, si je crains des malheurs, C'est moins pour le sénat que pour les sénateurs; Car je suis dans la peau d'un de ces nobles hommes. On en aura toujours six cents, tels que nous sommes : Mais nous, ici présents, conseillers trop diserts, Nous pourrions bien aller peupler quelques déserts, Ou souper, en rentrant, sur un ordre d'Auguste, D'un bouillon généreux préparé chez Locuste.
, LE CONSUL, d'une voix forte.
Votons! n'ergotons pas, seigneur, jusqu'à demain; Ceux qui votent la mort n'ont qu'à lever la main. On se range pour voter.
LE CONSUL
Très bien ! seigneurs, très bien ! les voix sont unanimes. Thraséas subira la peine de ses crimes; C'est juste, et c'était siir. On va lire l'arrêt; Je l'avais rédigé d'avance; il est tout prêt ; « Le sénat, par clémence et faveur singulière,
Accorde à Thraséas de choisir la manière Dont lui plaira finir : la corde, ou le poison, Ou le fer, sans passer avant par la prison. Ledit seigneur, au bain, au lit, devant sa table, Peut faire, à domicile, une mort confortable. Plus, pour indemniser de leurs peines et soins Les deux grands orateurs venus comme témoins, Ayant du Thraséas prouvé la délinquance. Et l'ayant foudroyé de leur haute éloquence. Des biens du condamné, terres et capitaux, Cinq millions seront donnés à Capito ; Eprius Marcelkis aura pareille somme; Le reste est pour César et le peuple de Rome. »