‹ Œuvres poétiquesChapitre 106 sur 124 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

L'exil n'interrompt pas l'hymen de deux pensées Et les fêtes du cœur une fois commencées. Lorsqu'un amour sans tache a fait deux âmes sœurs Rien ne les sèvre plus de ces chastes douceurs. Malgré les océans, les steppes, les montagnes, Elles vont, dans la vie, ainsi que deux compagnes. Comme aux soirs de printemps, où sous les églantiers. Leurs bras s'entrelaçaient, dans les étroits sentiers. Toujours dans quelque étoile, au fond des zones bleues. Échangeant leurs regards à des miliers de lieues. Et choisissant, tous deux, le ciel pour leur miroir, En Dieu toujours présent ils sauront se revoir; Avec les mêmes mots priant aux mêmes heures. Ils s'embrassent en lui, comme dans leurs demeures Et vont s'y répéter, en leurs actes de foi : « Regarde, ami, je souffre et m'embellis pour toi. » Mais Rosa, maisKonrad? où sont ces âmes fortes? De l'amoureux Éden ils ont franchi les portes :

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El, pour suivre un devoir librement accepté, Entre eux et leur bonheur ont mis l'immensité.

Sous un ciel éclairé des lueurs du martyre, Rosa, dans sa ferveur que la souffrance attire, Aux autels opprimés s'enchaîne par un vœu, Et vole, humble colombe, au secours de son Dieu. Elle ouvre, à chaque pas, des prisons aux chaumières, Des mains pleines d'aumône, un cœur plein de prières; De son âme héroïque arme ses faibles sœurs. Ranime à ce foyer la foi des confesseurs; Aux soldats de son peuple offre, intrépide et calme. Un glaive quelquefois et toujours une palme ; Faisant aimer de tous son Dieu persécuté, Jusque chez les bourreaux semant la vérité. Ainsi, vers son calvaire elle a suivi, sans honte, Le doux Crucifié qui sur la croix remonte, Et, d'un cœur resté pur, elle épanche sur lui Ses parfums prodigues pour la rançon d'autrui.

Et Konrad? Fier soldat d'un drapeau qu'il relève. Il sert le même Dieu, mais c'est avec le glaive. Il veut payer encore une dette de sang A son pays vaincu, mais toujours frémissant. Depuis l'adieu cruel, tout prêt, malgré ses larmes, Attendant le signal, et la main sur ses armes, Il erra sur ces monts, dans cet heureux séjour Abri de son exil, consacré par l'amour. Maintenant, sous le casque et l'aigrette flottante, Passant de la bataille aux rêves de la tente. Chef austère, il berçait, dans le repos des soirs. Ses tendres souvenirs avec ses grands espoirs.

Le fourreau d'acier sonne et bat contre sa cuisse; II marche en vous rêvant, forêts, beaux lacs de Suisse ; Assis, sans desserrer l'écharpe de ses flancs. Il fait courir la plume entre ses doigts tremblants; Il pleure, et, tout à coup, s'interrompant d'écrire. Il écoute, il répond de la voix, du sourire. Puis, au lever du jour, debout sur le rempart, Il suit longtemps du cœur un messager qui part.

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