‹ Œuvres poétiquesChapitre 111 sur 124 · SAINTE MARIE · texte numérisé non relu

SAINTE MARIE

A ton cou sanglant je vois son rosaire. Par elle attaché le jour des adieux ; Ta main presse encor la croix séculaire, Ces grains qu'ont usés les doigts des aïeux.

A moi seul, à moi tu peux me le rendre ; Je ne romprai pas ce tendre lien ; A ton cou sanglant je vais le reprendre Et tout rouge encor le remettre au sien.

En lui présentant la croix bien connue. De ta sainte mort j'irai l'avertir ;

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Elle bénira l'heure enfin venue,

Me tendra les mains et voudra partir.

Et moi, l'enlaçant avec mes longs voiles, Lui montrant le ciel, terme des ennuis. Je l'emporterai parmi les étoiles Qui vous souriaient dans vos chastes nuits.

Fiers de nous aider de leurs ailes promptes. Les blonds séraphins, soumis à ma loi, Lui feront franchir l'azur où tu montes Et toucher le but aussitôt que toi.

Soudain, avec un bruit d'aile qui se déploie De zéphyr engouffré sous de longs plis de soie, L'ardente vision part et monte dans l'air Et, dans le sombre azur, s'éteint comme l'éclair.

Déjà, lourd des vapeurs de la nuit qui commence. Le regard du blessé flotte en un vide immense; Son esprit se débat et se perd, un moment, Dans l'ombre ainsi mêlée à l'éblouissement. Il cherche dans le ciel, d'oii tombent ces voix puresi Quelques derniers rayons de ces chastes figures ; Il s'élance; il voudrait suivre dans leur essor Ces âmes qu'il entend, mais de trop loin encor.

A l'horizon, bientôt, comme un feu qui s'allume Rouge et qui s'agrandit en sillonnant la brume Comme si de l'éther une étoile en son vol S'arrachait et glissait effleurant notre sol,

Une forme éclatante, aussitôt reconnue, Apparaît à Konrad et descend de la nue.

C'est l'astre souriant, c'est le premier soleil Qui de son âme en pleurs hâta le doux réveil, La sainte Béatrix, au désert rencontrée, Qui d'un monde inconnu lui découvrit l'entrée, Lui barra le chemin de la forêt des sens. Et tourna vers le ciel ses désirs grandissants.

C'est elle, en sa beauté qui subjugue et qui flatte, Avec son regard d'aigle et sa robe écarlate, La vierge qui nous ouvre, au fond du paradis, Les cercles radieux aux vivants interdits, Celle qui lui versa l'ardeur des grandes choses. Et, le touchant au front de ses mystiques roses, Le força de gravir, par les sentiers étroits, Ces sommets de l'amour couronnés par la croix.

L'allégresse entrevue et longtemps poursuivie Apparaît sur le seuil de la nouvelle vie ; L'ange qui fait choisir entre les deux chemins, Se penchant sur Konrad, saisit ses pâles mains ; Et, comme un fils en pleurs tiré d'un mauvais rêve, Dans la réalité le réveille et l'enlève.

Il monte, il voit là-bas fuir nos sanglants sommets Témoins des noirs combats terminés à jamais; Il respire, et baigné d'une clarté croissante. Se sent vivre, étonné de la douleur absente. Il monte, il monte ; il voit, dans son joyeux essor,

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Tourbillonner sous lui, comme une neige d'or, Tout ruisselants de vie et pressés dans l'espace, Les rapides soleils qu'en son vol il dépasse. En mille sons divers, vibrant sur leurs essieux, De leur musique immense ils remplissent les cieux. Sur ce clavier, docile aux doigts de l'invisible. Plane de Béatrix la voix pure et paisible ; Et l'esprit de Konrad, libre enfin de son corps, S'élève, enveloppé de ces divins accords.

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