‹ Œuvres poétiquesChapitre 123 sur 124 · U N E AM E · texte numérisé non relu

U N E AM E

Tu le sais bien ! il est, sous le chaume et dans l'herbe, Des fleurs et des vertus sans nom chez les humains. Mais qu'à l'égal du chêne et du laurier superbe Dieu chérit dans son cœur et pèse dans ses mains.

Il est, près du foyer, des travaux magnanimes, Des luttes corps à corps avec la passion, D'invisibles combats, des victoires intimes, Assez beaux pour suffire à ton ambition.

Pour la foule, à grand bruit, l'héroïsme étincelle; Mais, dans un humble effort, le cœur pur est constant ; Le flambeau du manoir qui luit dans la chapelle Éclipse devant Dieu ces clartés d'un instant.

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Sans faire au mal du siècle une guerre inféconde, Où de plus fiers que toi subissent le vainqueur, Reste armé de ce glaive impuissant sur le monde Pour frapper sur toi-même et régner sur ton cœur.

Pourquoi rêver d'atteindre à ces gloires banales, Et d'allumer ta lampe à leurs lointains soleils ! Tu portes dans ton cœar ds plus sûres annales. Et tes chers souvenirs sont tes meilleurs conseils.

Il t'est bon d'aspirer, parfois, dans la tourmente, L'esprit de ces grands morts et le vaste horizon ; Mais ma pensée à moi chaque jour t'alimente, Et, comme l'air vital, elle emplit ta maison.

C'est là qu'est ta vertu, ta grandeur, ton asile, I.à, plus fort et livrant des combats glorieux. Tu peux, libre et vainqueur dans un monde servilc. Ennoblir avec toi tes fils et tes aïeux.

Là tu peux, chaque jour montant d'une victoire, Humble comme je fus, sans sortir du réel, Dépasser ces sommets du globe et de l'histoire Que je n'ai pas connus. ... mais qui sont loin du ciel!

Mon front triste étincelle au feu de ta parole Comme les noirs sapins sous ce rayon vermeil. Chère âme d'une sainte, et ta douce auréole A réchaufi'é mon cœur, plus que ce beau soleil.

H s RM AN. 29 s

Non, ce n'est pas un rêve, un fantôme, une flamme Que mon ivresse allume et qu'éteindront les vents ! Esprits qui me parlez vous êtes bien vivants; Je vous vois, je vous sens au toucher de mon âme!

Je dépouille à vos pieds ma faiblesse et mon deuil ; Sur l'échelle d'azur que vous avez gravie Vous me tendez la main.... et j'ai touché le seuil Du monde où vous vivez la véritable vie.

l'esprit des sommets.

Rends-moi mes ailes d'or et marche désormais

Sur la route commune; Et va combattre, armé de l'esprit des sommets,

La foule et la fortune.

Lorsque errant, comme toi, sous l'arceau des sapins.

Où fument les résines, On a mêlé son cœur dans mes temples alpins,

A tant d'âmes divines;

Que les saints et les forts et l'ange des hauteurs

Vous ont parlé sans voiles; Qu'on a de l'infini respiré les senteurs

Et lu dans les étoiles...

296 IDYLLES HÉR0IQ UE8.

On retourne sans crainte au poste du devoir,

Et, d'une main plus forte, On y fait hardiment son œuvre jusqu'au soir,

Vainqueur ou non, qu'importe ! .

H E RM AN.

Oui, vous m'avez armé, sommets d'où je descend ! L'esprit qui parle en vous au combat me ramène, Et du souffle divin j'emporte, en frémissant, Tout ce qu'en peut tenir une poitrine humaine.

J'écoute encore en moi vos chênes murmurer. J'entends bruire encor l'essaim des bons génies; Il fait rendre au désert toutes ses harmonies, Chaque fois qu'il s'y pose et vient nous effleurer.

J'ai là, toujours ouvert, votre livre, où j'épelle ; Aux pages de mon cœur, l'artiste souverain, Le soleil, a fixé sur mon docile airain, A fixé des hauts lieux cette image éternelle.

Avec la saine odeur des pins mélodieux. Avec les chauds rayons et les fraîches haleines. J'emporte les conseils, l'âme des demi-dieux, Je la sens pénétrer et courir dans mes veines.

Du fiel de ma tristesse il ne reste plus rien Dans mon sang réparé par ces divins fluides ; Mon cœur s'est enrichi de ces cœurs intrépides, Leur battement sublime est devenu le mien.

HEKMAN. 297

Le laboureur d'en haut fit en moi ses semailles; Le sol renouvelé cache une ample moisson ; Le maître, en extirpant la pierre et le buisson, Pour me fertiliser déchira mes entrailles.

En vain sur mes sillons, par tous les vents battus, L'hiver déchaînera son lugubre cortège.

Et les froides vapeurs et le doute et la neige.,. Les épis Jailliront et les fortes vertus.

Venez donc m'assaillir avec toutes vos armes, Apres ambitions, plaisirs, lâches frayeurs ! De toute servitude éternels pourvoyeurs.

Usez, pour ma défaite, usez de tous vos charmes.

J'attends et je suis fort; moi, si débile hier.

Je suis prêt à vous vaincre en un combat suprême,

A briser votre joug, à rester pur et fier...

De plus vaillants que moi combattront en moi-même

Par ses grands souvenirs mon cœur est défendu ; Mon cœur est habité comme une citadelle. Les héros que j'implore en mon culte assidu Sauront garder leur temple et leur humble chapelle.

A défaut de ces dieux lointains et triomphants. Toi, l'ange maternel, toi, simple et forte femme. Qui veilles, de là-haut, l'aïeul et les enfants. Tu peux m'aider à vaincre, à toi seule, ô grande âme !

Non, tu n'interdis pas ces sommets à ton fils; Aux maîtres les plus fiers devant moi tu t'y mêles, n. $8

IDYLLES HEROm.UES.

Et ta voix me commande, au pied du crucifix, D'aller chercher partout des armes et des ailes !

Les hauts lieux m'ont ouvert leur magique arsenal, Je m'y suis revêtu de granit et de chêne; Leur souffle en moi s'agite et leur feu s'y déchaîne, Et mon cœur débordant n'attend plus qu'un signal.

Voici, voici l'assaut promis à mon courage! La foudre a terrassé mes sombres tentateurs... Et le dieu que j'aspire autour de ces hauteurs, Le dieu dont je suis plein jaillit dans cet orage.

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