ENTRE DEUX ORAGES
A MON AMI CaUVET
La trombe éclate, il grêle sur mon champ; Adieu mes blés, mes roses que je pleure! La foudre encor va tomber tout à l'heure ; Un tourbillon s'amoncelle au couchant.
Dans tout le ciel se heurtent les nuages; Celui-là passe, un plus sombre le suit... Voilà pourtant qu'un peu d'azur nous luit, Un rayon d'or glisse entre deux orages.
Charmant rayon, tu pourrais décevoir Un cœur plus neuf et plus ardent à vivre.
Moi, je sais bien que l'éclair va te suivre Et qu'il pleuvra... peut-être jusqu'au soir.
Oui, je vois trop ce que le sort prépare. Salut pourtant, sourire mensonger !
Entre deux nuits que ta clarté sépare Je me réchauffe à ton feu passager.
Sans m'abuser, espoir, plus qu'un vain rêve, Caresse un peu mes rosiers défleuris; Rayon menteur, tu n'es rien qu'une trêve, Mais je respire, au moins, quand tu souris.
Luis donc, espoir, montre à l'âme une route Par ce sillon ouvert sur un ciel bleu; Mon cœur te doit, dans la nuit de son doute, Tout ce qu'il sait du bonheur et de Dieu.