A UN MORT
Confiant au succès des généreuses causes,
Et, même en vos douleurs, ferme à nier le mal.
Nulle idole d'un jour n'avait eu votre culte; Vous rêviez pour vos dieux un avenir vainqueur, A la religion que vous portiez au cœur Les hommes et les temps ne jetaient point l'insulte.
Désespérant du bien, plaignant ceux qui naîtront, Sondant les profondeurs de la bassesse humaine. Vous n'avez pas vécu la honte sur le front... Vous-même, ô cœur sans fiel^ auriez connu la haine!
Mais, du chaste séjour où vous êtes monté. Vous n'apercevez plus rien de triste et d'infâme; L^atmosphère d'amour enveloppe votre âme, Et vous garde à jamais votre sérénité.
Restez dans votre azur au sein des harmonies, Assis et souriant sur des rayons vermeils; Plongez du cœur au fond des choses infinies, Et mesurez l'espace où flottent les soleils.
Détournez vos regards des cités où nous sommes; Vos dieux en sont partis^ et leur culte s'y perd... Mais vous viendrez toujours visiter le désert. Et j'y retrouverai votre esprit, loin dçs hommes.
Car c'est là que mon cœur aime à se souvenir; Là j'ai versé pour vous mes plus fécondes larmes: Ami, vous m'y rendez du courage et des armes, Sous ces chênes sacrés qui parlent d'avenir.
9<5 XES SYMPHONIES.
Quand je m'enivrerai de leurs accords sublimes, Quand tout sera musique et parfum sous les cieux, Quand tous les horizons s'étendront à mes yeux, Quand je serai baigné de soleil sur les cimes;
Dans ces jours où le monde est tout de flamme et d'or, Où. l'ardente couleur sur les formes ruisselle, Où toute aile palpite et prend un large essor, Où l'on boit à grand flot la vie universelle.
Si je sens sur mon front un esprit frémissant, Si je respire l'être à plus larges haleines. Si l'amour dans mon âme et le sang dans mes veines Coulent en un accord plus calme et plus puissant ;
Si le rayon d'en haut m'éclaire avec largesse, Si quelque mot d'espoir doucement soupiré Fait entendre à mon cœur la voix de la sagesse... Je saurai que c'est vous et je vous bénirai.