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LE FRUIT DE LA DOULEUR

Promeneur attentif au plus humble arbrisseau, J'évitais en marchant de blesser un rameau. J'avais déjà suivi tous les sentiers des landes Sans briser une tige, une feuille aux lavandes ; Aussi de leurs bouquets intacts et respectés, Nul parfum ne montait dans l'air, à mes côtés.

A travers champs, bientôt, dans ma course plus prompte, Je m'élance, et des fleurs je ne tiens plus de compte; Je marche au plus touffu des arbustes meurtris. Et disperse à grandf pds leurs feuilles en débris. Alors jaillit, alors le vent à longs flots roule Un doux torrent d'odeurs des plantes que je foule; Et plus mon pied rapide, au penchant du coteau, A coups précipités frappe comme un fléau, Plus j'écrase, à pas lourds, feuilles, rameaux et tige, Plus l'essaim des parfums rapidement voltige. Et plus épais, dans l'air que j'entraîne en courant. S'amasse et monte au loin un nuage odorant.

Vous, mon Dieu! parmi nous, quand nos âmes sont miires, Vous cheminez ainsi, malgré nos vains murmures, Faisant votre moisson; et, lorsque vous voulez Respirer les parfums dans nos cœurs recelés, La douleur vous précède; elle vient, sans colère, Ainsi que le coursier foulant le blé sur l'aire, Et brise sous ses pieds, comme moi ces rameaux, N os fleurs et nos fruits miirs, et nos espoirs nouveaux. Vous dirigez. Seigneur, tous les coups qu'elle porte; Les plus durs sont toujours pour l'âme la plus forte. C'est vous, dans la douleur, qui nous êtes présent; Vous ne nous visitez, mon Dieu, qu'en nous brisant.

Mais c'est alors aussi qu'à travers ses blessures, La fleur exhale au loin ses senteurs les plus pures ; Alors, mon Dieu, le cœur brisé par le chagrin Vous livre ses vertus comme l'épi son grain, Et mille odeurs ont fui de ses veines subtiles. Qui dormaient jusque-là dans la plante inutile. Alors, enfin, versant de l'argile ou de l'or Le flot immaculé qui s'y gardait encor. L'homme à vos pieds répand, comme fit Madeleine, Les plus divins parfums dont son âme était pleine.

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