‹ Œuvres poétiquesChapitre 72 sur 124 · LA FENAISON · texte numérisé non relu

LA FENAISON

Vois, par-dessus la haie où chantent les fauvettes, Dans le foin verdoyant aux teintes violettes, Cachés Jusqu'aux genoux et montant de là-bas, Les faucheurs, alignés, marchant du même pas. En cercle, à côté d'eux^ frappent les faux tournantes ; Le fer siffle en rasant les tiges frissonnantes. Et, dans le vert sillon tracé par les râteaux, L'herbe épaisse à leurs pieds se couche en tas égaux.

A l'ombre, au bout du pré, chacun souffle à sa guise; Le travailleur s'assied, ei sa lame s'aiguise, Et l'on entend, parmi les gais refrains, dans l'air, Tinter sous le marteau l'acier sonore et clair. Plus loin, dans le soleil, qui le sèche à merveille, Monte en cône arrondi le foin coupé la veille; Là, vous écoutez rire, autour des peupliers, Les filles de la ferme en rouges tabliers, Et la meule y reçoit de la fourche de frêne Les gerbes de sainfoin que le râteau lui traîne.

Un char, dont l'essieu crie en montant le coteau, Balance au pas des bœufs, son odorant fardeau.

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Aux arbres du chemin, chaque fois qu'il se penche, Laissant fleurs et gazons pendus à chaque branche Un autre, vide encor, s'arrête; et les enfants Assiégeant le timon y grimpent triomphants. Appuyé sur le joug du taureau qui rumine, Un robuste bouvier, jeune et de fière mine, Dont la brune faneuse accuse le repos, Sourit nonchalamment à ses joyeux propos. Bientôt, parmi les cris, la joie universelle, Le gerbier tout entier sur le char s'amoncelle; Tant la gaîté rustique aux lèvres de corail Sait abréger la peine et doubler le travail.

Toi, qui fuis ces labeurs que la sagesse envie. Pourquoi, sans t'arrêter, passer devant la vie, Voyageur poursuivi par ton rêve importun, Et refuser ta part dans le bonheur commun ?

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